mercredi 17 septembre 2014

The Deathtrip : Deep Drone Master

On peut dire qu'on l'aura attendu. Le retour d'Aldrahn sur autre chose que des démos introuvables et inécoutables. Ce qui fait déjà, si mes comptes sont exacts, un bon paquet de raisons de s'attendre à du spectaculaire - y compris justement le fait que lesdites démos étaient spectaculairement crues, hermétiques et érémitiques. Ça en fait suffisamment d'être déçu de ne pas en trouver, de spectaculaire. Au moins la première fois.
Parce que quand bien même il s'agit de toute évidence de true black norvégien rigoureux et concentré sur l'atmosphère, il s'agit de tout de même pas n'importe quel Norvégien. Aldrahn : l'atmosphère-même aura du mal à se retenir de l'être, spectaculaire ; spectaculairement expressive, plus précisément. Le riffeur, un cochon d'Anglais mais après tout on sait comment Nouveau Gloaming au hasard sonnait plus astralement norvégien que bien des Norvégiens natifs, Host donc pour le nommer n'y est probablement pas pour rien, dans ce tableau saisissant, lupin, âpre, boréal, ce rêve chamanique aux couleurs de western sistersofmercien et de traque tragique dans la toundra enneigée, sous le soleil glacial et la lune graveleuse du Grand Nord du pays de l'esprit - si c'est trop mystique pour vous, vous n'avez qu'à vous figurer Transilvanian Hunger, Void et Unravel habitant la même famélique enveloppe corporelle.
C'en serait presque à se poser des questions journalistiques sur le processus de composition, devant la miraculeuse osmose entre ces riffs et cette voix - dont vous pouvez me croire qu'elle vous fait bien vite oublier la semi-déception obligatoire, et trompeuse, de ne pas trouver ici de décadentes descentes à la 666 Intl. - pareillement efflanquées et bien garnies en longs crocs avides, et qui pareillement vous découpent en exquises tranches de Parme ; c'en serait presque à dire mal gré qu'on en ait des méchancetés flutées au sujet d'Ekpyrosis ou Azrael Rising, dieu sait pourtant s'ils me sont chers, mais dans le genre froid qui broie les poumons c'est le niveau où l'on se situe ici, à cette différence qu'Ekpyrosis scrute le sol depuis l'altitude du rapace ; tandis que The Deathtrip, le nez au ras du sol dans sa course affamée, se grise et se nourrit de l'odeur du sang, comme l'on fait d'un bourgogne.
Eh oui, on était bien sot de croire qu'on pourrait écouter un récital d'Aldrahn, même le plus respectueux des anciennes traditions, et échapper à l'ivresse rouge, à ses vertiges, à ses sauvages et rabelaisiennes embardées, à Das Ich, et à tous les autres tours de cet ogre au charme ravageur qui fait des outrances d'un tango ivre et de la sévérité ritualisée d'un kata de sabre une seule et même cérémonielle choserie. Alors on s'incline bien bas et on savoure en toute servilité heureuse sa joie de voir Monsieur revenu, en bredouillant des formules d'adoration où la saison de norge spiritual peut reprendre, l'astre majeur ayant fait sa réapparition au firmament, gothique as fuck et true as hell, et autres fadaises trébuchantes et grelottantes.

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