jeudi 27 novembre 2014

Pain Station : Cold

Le moment où les choses commencent à devenir horriblement réelles avec et chez Scott Sturgis. Celui où il commence à laisser tomber peu à peu l'expression sous formes traditionnelle de chansons à paroles - paroles où l'on doit le reconnaître particulièrement peu doué et désagréablement plat et téléphoné, si l'on réécoute un premier album par ailleurs particulièrement téléphoné et administrativement geignard, pour les réduire ici à quelque chose de fonctionnellement signifiant, dépouillé, minimal, simplement percutant, tenant du coup déjà de la contondance de Converter, à sa façon - et s'attache à ce qu'il sait le mieux faire : les ambiances délétères très très toxiquement gazeuses, et les breakbeats électroniques très haute technologie : tout ce qu'on sentait déjà poindre sur un Disjointed qui mariait ce beau monde en pleine éclosion à de fortes réminiscences de Leaether Strip, certes rafraîchissantes chez un Américain et jamais à dédaigner lorsqu'elles sont aussi bien comprises du reste, mais tout de même dommageablement oxygénées... Il met enfin en avant ce qu'il est juste un peu le seul à posséder... à part les autres extra-terrestres que sont Kalte Farben, bien entendu. Mais chez lui cela touche à une sorte de voyage au coeur de l'horreur façon The Downward Spiral, dans l'esprit - si ce n'est qu'elle fait passer Trent pour ce qu'il est : un Roger Nelson. Scott, lui, est le sociopathe sans poésie aucune, sans mysticisme, sans charisme sexuel ni luxe ou superbe d'aucune sorte, à l'allure passe-partout, le chauffeur-livreur sapé plus anonyme qu'une muraille, avec juste en dedans son appétit prédateur, brutal, inhumain, sexy comme une dalle en ciment. Le maigre espace laissé, cette fois, à ce fameux penchant new-wave de drama-queen qui ne sera pourtant jamais tout à fait renié, et pour l'occasion sous-traité par Assemblage 23, n'en prend que des accents plus poignants encore, dans sa mièvrerie confondante, éperdue, désespérée. Oui, le début des choses affreusement sérieuses. L'album se terminait très logiquement sur un remix par un Converter qui commençait déjà à concasser les fondations de l'esprit de Sturgis. L'humanité prenait fin ici. Par un matin froid et vil.

mercredi 26 novembre 2014

Baring Teeth : Ghost Chorus Among Old Ruins

Que voulez-vous qu'on vous dise ? Pensez-vous qu'on ait seulement été réécouter le premier être sûr de voir si ils auraient ré-inventé quelque chose dans leur jeu - quand la succulence de ce dernier leur garantissait les doigts dans le nez le droit de nous en resservir au moins une pleine nouvelle platée de pièces ?
Baring Teeth joue toujours du brutal death chaotechnique bien plus chaud, sensuel, charnel, organique qu'il n'est généralement permis dans la branche, parce qu'il choisit au moment d'emprunter ses dissonances deathseplliennes de ne prendre que ce qu'elles ont de vénérien et de paludique, parce qu'il n'évoque du jazzcoretruc que les tenants les plus rugueux et animaux tels ZS et Tyft - parce qu'il joue du death, aussi, tout simplement, au sens où il n'oublie pas la profonde et indispensable dimension érotique et mystique qu'il y a à la chose, raison pour laquelle on a plutôt envie de les rattacher étroitement au free-death de Chaos Echoes, qu'à n'importe quel chercheur en sciences dures rigoriste du cul, de la scène, d'autant qu'ils ajoutent encore au feu d'artifice un sens du swing qu'ils ne partagent guère qu'avec les funambules de 400 The Cat et les électrocutés de Pord grâce surtout à ce batteur aux lourdes cavalcades félines de fausse-patte encore plus redoutables que ses stroboscopies les plus acérées.
Bref, on le voit : un peu plus qu'il n'y a d'ordinaire à votre groupe de death enfant de Gorguts ordinaire. Plutôt le genre qui fait la fierté de son ascendant jusqu'à serrer le cœur.

jeudi 20 novembre 2014

Jessica93 : Rise

Afin qu'on aille pas croire que je fais de l'acharnement : j'ai écouté Rise en espérant sincèrement y trouver mon compte ; attendu que mainte personne recommandable continue de vanter le projet ; et que je ne déteste même pas Jessica93.
Mais il faut reconnaître les faits : il n'est pas un morceau là-dessus qui ne donne envie d'aller promptement écouter le morceau de Cure auquel il a emprunté son idée propre - pour autant qu'il y en ait effectivement plusieurs, ce qui reste à me prouver - et qui la met incomparablement mieux à exécution. Diagnostiquez moi ce qu'il vous plaira d'en déduire, mais permettez-moi de vous rendre la pareille : aimer Jessica93 révèle sûrement une affection et tolérance modérées, mesurées, à la cold-wave et à The Cure. Ce n'est pas, hélas, mon cas, depuis bientôt trente ans : ce n'est pas de la frime, ce sont les faits.
Les voix lointaines, nasillardes et les accents maladroits donnent bien un air paumé à votre musique à coup presque sûr, un parfum saisissant de détresse sans fond c'est moins automatique. Avoir une Citroën Visa ne fait rien à l'affaire. Et donner dans le morceau minimal, décharné, répétitif peut parfois simplement résulter en l'impression d'une équipe bis qui tenterait de finir un album à la réalisation interrompue par un décès, à partir de démos et brouillons qu'on ne comprend que très approximativement, en bouclant vite fait toutes les entames sur quoi on met la main, dans tous les sens du verbe ; ceux qui ont lu la conclusion que le fils de Frank Herbert a tenu à donner à Dune verront de quoi on parle.
Si vous aimez The Soft Moon, ceci dit, et les groupes du petit frère de quelqu'un, il n'y a aucune contre-indication.

vendredi 14 novembre 2014

Soulstorm : Fall of the Rebel Angels

L'acharnement paye, quelquefois. Non celui que je n'ai pas mis à me procurer ou suivre la discographie d'un groupe dont le frisson qu'il me colla, avec son hybride de Godflesh et de Skinny Puppy très très rabique, faisait partie des quelques expériences fondatrices que je fis via la fameuse (je vous assure !) compilation A Fond qui Tue ! - les autres étant Proton Burst, Elend et Fisherman.
Mais celui d'un groupe qui, je le découvre aujourd'hui en bloc, ne s'est pas laissé décourager par l'ingrate réussite d'albums contrefaits, grotesques et mal inspirés, a continué, jusqu'à enfin, comme on dit, décrocher le bon. En 2012, pile entre Winter et Streetcleaner ; avec la texture et l'amabilité du rôti que l'âge a rendu plus fort et virulent même que la moutarde dont on prévoit de le castrer chimiquement, et la pochette farouchement bloquée sur le death metal du siècle de la mythologie, qui impose le respect sinon l'émerveillement. Le groove est mort, tas de vermisseaux, dispersez-vous. De douze balles à têtes creuses dans sa panse pleine d'humeurs polluées.

Horseskull : Horseskull

Alors voilà, c'est facile quand on y pense : Electric Wizard, mais avec ce sens du groove à décorner la mascotte de Monster Magnet par troupeaux chagrinés entiers - celui qui dans l'instant te vous donne la démarche d'orang-outang priapique de Lee Dorrian et fait déambuler dans votre salon en dandinant du cul et cherchant quoi bifler avec le tronc d'arbre qui vous sert de membre ; un son cru et brutal comme seul les petits groupes savent en avoir, et un timbre qui, quand on y pense c'était logique, convoque promptement la vision de Gibby Haines en feu au micro de Cathedral.
Facile.

samedi 8 novembre 2014

Manes : Be All End All

Je ne devrais certainement rien en dire, vu la plus que probable demie écoute seulement que j'y avais accordée, mais ce n'est pas grave, aussi le dis-je : le vieux Manes m'emmerde. J'y ai seulement entendu l'un de ces nombreux groupes metal qui s'entichent de jouer de la pop synthphistiquée - wavey-jazzey, en l'occurrence - et qui ne sonnent que comme les veaux qu'ils sont - ou plutôt, car il n'y a aucun mal à être un veau qui resplendit dans la plénitude de sa vitellonerie, des veaux qui se croient zèbres. Mais passons, on n'est pas là pour parler d'Ulver et autres Mathew McNerney.
On est là pour parler de Manes, qui présentement sonne comme un groupe de pop synthphistiquée cotonneuse, voire dans le genre surclasse les faiseurs de I Monster, et dans la famille pharmaceutique renvoie les derniers Liars à leur désinvolture fatale, en rappelant pour sa part des vagues anciennes autant que désirées : les brumes sadéennes de Discouraged Ones, et le meilleur Bowie à savoir Absente Térébenthine ; ajoutez pour faire bonne mesure quelques effluves d'une essence hip-hop hermaphrodite qui aurait été prélevée chez les plus alcôve - et chambre d'hôpital, toujours, on reste cohérent - des morceaux de Korn. On n'a peut-être pas encore tout à fait la sveltesse et prestance surnaturelles, le teint de marbre antique et la fantasquerie lunaire de Beyond Dawn... mais on les a déjà en vue et ce n'est pas tout à fait rien.

Atriarch vs The House of Capricorn

Oakland's finest contre Southern gothic : bigre, le match pour le titre d'album grouft-chic de l'année s'annonce fournaise.
On me signale que je n'ai pas encore parlé ici de The House of Capricorn, et c'est un tort. Comment vous dire toute l'affection que je voue à ce groupe qui s'enfonce toujours plus dans l'abîme éclatant de clarté... Southern gothic, que dire d'autre en vérité ? Southern car ils n'habitent pas qu'au sud du monde, mais à celui du paradis aussi bien, et en sont les desperados ; gothic car comment s'appelle, autrement, cet art de flamboyer indécemment sur les plaines célestes de l'épopée, flamberge noirâtre indécemment au vent, et pourtant de jamais descendre des hauteurs escarpées d'une morgue à couper les gorges sur le tranchant de son ton acerbe autant qu'austère ? Pour ce qui est de placer le gospel qui manque à la définition de leur art, quant à moi j'y renonce, c'est là que le grand style commence. Où limpide et terrassant ne sont pas contradictoires.
Quant à Atriarch... L'enfant prodige d'Oakland, est-on démangé de dire, ne fût-ce que pour saluer à sa juste valeur groupe qui pareillement révèle ce qu'il y a de corbeau en latence dans le génotype des vieilles carnes de Neurosis ; puis la bestialité vocale triplice desdits y mugit anarchiquement au fil de morceaux où résonnent aussi bien les brames altiers d'Asunder que les déchirants kaddish de The Gault, tandis que plane la silhouette vocale parcheminée de ce cher vieux Gavin Friday - oui, il n'est pas d'Oakland, mais à ce compte-là John McEntee non plus, pourtant c'est bien la majesté bestiale d'Incantation que l'on croit entendre se rire de nous rocailleusement, çà et là... Ni, découvré-je à l'instant sous vos yeux consternés, Atriarch eux-mêmes. J'ai eu la berlue depuis le début à ce qu'il semblerait, ébloui par leur captation de l'esprit de la côte de là-bas dès Forever the End, au point de ne pas réussir une seule fois à lire correctement le nom de Portland, mais ce coup entre tous c'est tout bonnement un baise-l'esprit, que de tenter de se dire qu'ils n'en sont pas, de ce rivage dernier et salé du monde, perchés comme des vautours vénérablement galeux au bord de l'abîme - le revoilou et c'est bien normal, car An Unending Pathway est bel et bien le jumeau séparé à la naissance de Morning Star Rise, tous deux aussi authentiquement surtubesques que faussement simples, tout en drapés d'airain à la roideur archi-classique, et tout piquetés et d'une vertigineuse dentelle de rouille et de ruine lorsqu'on s'y penche de plus près, richement, artistement grignotés par une baroque vermine.
Match il n'y aura donc pas, à dieu ne plaise. Je prends tout, merci.

mercredi 5 novembre 2014

Protestant : In thy Name

Fonfon, descendant d’obscurs immigrés norvégiens dévastés par la consanguinité ; Fonfon, tête chenue, presque aveugle devenue ; Fonfon et son éternel sifflet autour du cou ; Fonfon le vieux nécro-pédophile du bois-joli a flairé une proie ! Et pas n’importe qu’elle proie, un gibier de choix : Kirru-Kirru, l’enfant prodige à la précocité légendaire, Kirru-Kirru l’impatient, sorti lui-même du ventre de sa mère, Kirru-Kirru le sprinteur de la vie dont il crame chaque étape avec un acharnement pyromane.
"J’arracherai le clou de son dos, ou je mourrai !" avait-il lancé, bravache, aux membres du bas-clergé le priant de libérer Chaude-Figue, la sorcière du bois-joli, du curieux mal qui la rongeait, un mal étrange que les frocards aux démangeaisons coupables attribuaient à une pointe métallique coincée entre deux de ses basses vertèbres. Solide comme un œuf, costaud comme un bœuf mais vaniteux comme trois paons, le petit péroreur s’était vu trop beau : sa prédiction se réalisa à la conjonction de coordination près. Au moment qu’il choisit pour se laisser choir d’une branche sur le dos de sa cible - agenouillée au sol cherchant des truffes - un coup de vent le déséquilibra.
Une réception bancale, une morsure précipitée, l’étreinte de la mâchoire qui brièvement se relâche, le clou qui glisse et se plante au travers de l’arrière-gorge : l’accident bête ! 
Dans la désastreuse opération le chirurgien-boucher sectionne également la moelle épinière de Chaude-Figue qui perd ainsi l’usage des membres inférieurs. Le gnome hyperactif est maintenant gonflé comme une outre, un rictus atroce déforme son visage et ses petites jambes gigotent dans le vide tandis qu’il roule lentement sur lui-même, de gauche à droite, de droite à gauche, comme un tonneau embarqué couché, mal calé et au 3/4 rempli. Autour de lui les plantes se dessèchent, les feuilles se fanent, les fleurs tombent, les vers de terre se scindent en deux et les escargots implosent dans leur coquille.
- "Dieu, par pitié, offrez-moi une sépulture décente" implore-t-il mentalement.
- "Un enfant qui s’enfante lui-même, s’enterre tout seul" s’entend-t-il répondre
Pauvre Kirru-Kirru, le monde est méchant, le monde est cruel et les coups de sifflet se rapprochent.