mercredi 31 décembre 2014

Mourning Mist : Mourning Mist

Mine de rien ça faisait un bail, qu'on n'en avait pas rencontré, ou ne s'en était pas permis un de peur de l’écœurement - d'album de ce type de black si typé. Sauf que mine de rien, si forcément les violons et leur proéminence donnent de suite envie de raccrocher Mourning Mist au black de dandy forestier fou à la A Forest of Stars, ce n'est certainement pas aussi simple après tout, on en est vite ramené à le constater ; ni davantage de les raccrocher pour se rattraper, autre branche, autre perche qui vous tend le bras, à la variante un peu plus alcoolique, exubérante, bafouillante, à savoir l'école Urfaust du black metal médiéval vagabond, pour la simple raison que Mourning Mist manierait ledit violon de manière un peu plus extravagante, délirante, acrobatique, que les sages et gracieusement mis A Forest of Stars dans leurs beaux manteaux soyeux.
Parce que Mourning Mist sont certes typés mais n'ont de type que le leur propre, ne ressemblent à rien d'autre qu'eux-mêmes, et que c'est ce billet qui pour sa part s'en va aller rejoindre la cohorte de ceux qui ne ressemblent à rien, s'il tente de commencer à recenser toutes les réminiscences folles et enivrantes qui se bousculent ne serait-ce que pendant et pour décrire un seul morceau de Mourning Mist - ne serait-ce que pour rendre compte d'un premier morceau tavernier bousculé de grosses beugleries franchement hardcore à l'ancienne, et auxquelles ce qu'on pourra trouver de plus raccord et de moins farfelu à citer en comparaison sera le crust à cheveu feuillu de Wormwood - ce qui sera pas mal après tout : ainsi on voit comment on reste ici chez les fous des bois, les solitaires lunaires, d'ailleurs l'autre qu'il faudrait absolument tacher à caser dans ce bafouillis s'appelle Lugubrum, oui Monsieur, car par ici on a trop de couteaux dentés à sa ceinture pour se ranger avec les troubadours du black-folk, ici on mélange les barrissements de gorets en proie à la folie lubrique et les gigues et autres dérapages jazz-metal et crises d'hystérie guitaristique volubile, dont l'ivoire se confond admirablement avec la chitine dudit violon, entre fous après tout on se comprend, surtout quand tous les entrechats sont gris, mais il ne faudra pas oublier de témoigner comment dans toute cette furie pleine de branchages dans la barbe et de petits ossements d'oiseaux entre les dents, parmi tous les hululements d'aliéné élevé par les loups qu'on imagine, Mourning Mist se montre capable d'élans folk apocalyptiques d'une distinction qui n'en rend guère qu'au vieux Tony Wakeford soi-même, oui Monsieur, Sol Invictus voire carrément les sinistres premiers Orchestre Noir : d'autant moins parable quand c'est l'exquisément délicate létalité d'un "Lament" de conclusion qui vient vous cueillir avec la douceur d'une lame de rasoir, dans les accents du même violon qui vient de vous chanter les chants de tous les oiseaux biscornus et inquiétants de la forêt des rêves, et ce juste après le final d'un "Rise & Decay" dont la rythmique épique à la lisière de tout ce que le metal peut avoir de bontempi-albator, se voit visitée en guise de point culminant d'une montée qui aura laissés cramés en poussière d'étoile dans le sillage de son réacteur Stargazer, Enslaved et De Magia Veterum - par une lead proprement intersidérale incroyable, qui vous a préalablement découpé de bord à bord. Les amateurs de Calva Y Nada, Stendal Blast, et de leurs plus beaux accès d'enfance perçante s'exposent également à quelques lésions en mettant le pied chez Mourning Mist, oui Monsieur.
Ces va-nu-pieds-là sont les princes des assassins.

lundi 29 décembre 2014

Primordial : Where Greater Men Have Fallen

Pourquoi repiquer à Primordial, lorsqu'on est sûr qu'on connaît son Averill par cœur, et que les riffs épiques tourbillonnants vous épuisent rien que de vous y préparer ? Mais, voyons, parce qu'y a-t-il photo, entre devoir se fader les lunettes trois dé et les scènes qui leur obéissent le petit doigt sur la couture jusque chez Tolkien, et un album qui n'a besoin d'aucune image pour charrier un torrent d'émotions puissantes comme on n'en trouvera pas même en se tapant toute la filmographie de Mel Gibson dans la nuit - et des autrement plus équivoques, pour le coup, et carnivores - un disque capable de vous mettre une pareille amende en vous démontrant comment un batteur à lui seul peut raconter des histoires, et au souffle plus long, s'il vous plaît, qu'un vent qui vous arriverait directement sans obstacles des Hébrides (pas la peine de me signaler qu'ils sont Irlandais), et aussi chargé de grain et d'iode, au point que la basse qui racle le sol avec l'élégance d'une pelle bientôt brandie, en semble presque une extension, une odeur fauve - comme si déjà ne suffisait déjà pas le douloureux rappel qu'un solo de guitare peut vous fiche la chair de poule, le cœur en marmelade et le couteau dans les boyaux ? Parce que depuis Hammerheart on n'avait pas fait aussi beau, mais qu'on le voit aujourd'hui, la gaucherie de primitif n'en est pas condition indispensable.

jeudi 25 décembre 2014

2014




Les morceaux de l'année :


Anatomia "Submersion End"
Young Widows "Kerosene Girl"
Satan's Satyrs "One by One"
Sia "Chandelier"
Il Malpertugio "Sign of an Open Eye"
Got A Girl "Heavenly"
Rainbows Are Free "Snakebitten by Love"
Planningtorock "Steps"
The House of Capricorn "Ashlands"
The House of Capricorn "Ivory Crown"
The Knife "Pass this on (shaken up version)"
The Order of Israfel "On Black Wings a Demon" 
Doctor Smoke "Evil Man" 
Primordial "Babel's Tower"



La pochette de l'année : triple ex-æquo 


Le disque de 2014 pas de 2014 :


Et pour finir l'invité surprise qui se présente à la porte tardivement, ne présente pas toutes les garanties notoires de respectabilité, mais a trop séductrice mine pour qu'on le laisse marner sur le perron alors que minuit approche.



Voilà ; vous pouvez envoyer 2015 à présent, y a un Cowards qui s'ennuie un peu, tout seul, à se faire craquer les jointures d'un air gourmand.

vendredi 12 décembre 2014

Doctor Smoke : The Witching Hour

C'était la version stoner-cartoon de Facelift, que tu cherchais, c'est bien ça ?
Surveille bien derrière ton dos.

jeudi 11 décembre 2014

Killing Joke "Primobile"

Bonjour, je passais juste pour dire que ce morceau a déjà deux ans, et qu'au milieu d'un album et une discographie peu avares en punitions corporelles, c'est toujours la sacré bon sang de RACLÉE. Tentez l'expérience chez vous, ou carrément dehors d'ailleurs, avec le froid de canard c'est parfait, réécoutez-le si comme bibi ça fait une paye que ce n'avait été fait, et si vous n'avez pas la chair de poule dès que s'ébroue le premier riff, ou au plus tard quand commence ce satané coup de pute de pré-refrain, et que vous entendez déjà de votre côté dans votre poitrine résonner le cri qui va venir, comme dirait un ami : "votre vie est triste". Si vous ne connaissez pas encore le morceau, votre vie est triste, mais l'espoir est encore permis.
Voilà : il est bon de rappeler de temps à autre qu'à bientôt un sacré paquet d'années d'existence, Killing Joke continue, à chacun de ses albums, d'allonger la liste très select de ses morceaux grandioses et définitifs, toujours au moins un par disque, "The House that Pain Built" sur le jaune, "The Raven King" sur Absolute Dissent - sur Hosannas c'est plus vache il y en a carrément plusieurs... Ce qui est fait qu'on est bien content d'apprendre que le prochain approche, toujours trop lentement, mais approche.

dimanche 7 décembre 2014

Stargazer : A Merging to the Boundless

Je suis embêté : j'ai deux entames-chocs pour ce billet.
L'une fait : voilà très exactement pour quoi on écoute du metal. Et ce qui est non moins prodigieux, c'est que c'est très exactement la formule définitive et enflammée par laquelle je pourrais aussi bien entamer une chronique du dernier Primordial. Mais au fait, sont-ils si différents, eux et leur assaut sur l'auditeur ? Where Greater Men Have Fallen n'a certainement pas la même esthétique, mais question de s'en prendre plein les yeux, les dents et le palpitant, les deux se tiennent côte à côte comme des frères.
L'autre fait : l'acharnement paye ; non pas celui de Stargazer, qui sont bien au-dessus de ça, peuchère, mais le mien, à écouter chacune de leurs sorties malgré les déceptions répétées, l'incompréhension totale, la répugnance ennuyée... pour une raison pas très mystérieuse : la pochette de The Scream that Tore the Sky ; et le line-up, aussi, qui se cache discrètement derrière. Et grâce à eux, je ne suis pas passé à côté de leur ci-devant album enfin fait pour me plaire, celui qui vient me rendre la monnaie de ma pièce, de ma facétie empoisonnée d'autrefois, en présentant ci-devant peut-être bien le meilleur album que Weapon n'a jamais sorti, celui que je n'aurais même pas songé exiger d'eux.
Ou alors pourrais-je encore commencer par me demander si un groupe autre que néozède ou australien aurait pu sortir pareille... chose, parfaitement attitrée à porter pareille pochette, aux pareilles teintes gluantes, pareillement parfait pour renfermer ces morceaux tissés de vocaux gluants d'euphorie chaoticosmique à en faire verdir le dernier Inquisition lui-même, de gigue maléfique à faire frétiller d'aise Howls of Ebb, de mudmetal xénocculte typiquement des antipodes, d'élans héroïques franchissant allègrement la ligne jaune Maiden, de tricottis de basse au-delà de la pédalerie prog à petites lunettes de pédales, de rafales de blizzard venu à pied par la Norvège plutôt que la Chine, d'accès d'hystérie dignes de Rites of Thy Degringolade ou Warmarch, de tempêtes de postillons lubriques à la Absu, de golfes stellaires où l'on attend narquoisement le débarquement d'Enslaved, de trombes de munificence à la Nile...
On ne le dirait pas à lire ces mots, mais les références euphoriques manquent, pour dire quelque chose de l'étrangeté virevoltante ci-déchaînée. Comme un kata-cantique de sabre exécuté avec une exquise et mortelle expertise par un soudard gobelin. A part Cauldron Black Ram ou Misery's Omen, il y a Stargazer, et voilà - où s'arrête le haut comité de la conspiration ; et Stargazer trouve encore le moyen de s'y hisser, au moins pour cette fois, une tête au-dessus des autres ; la souillure qu'ils portent n'affichant aucun besoin de s'y rehausser dans l'indistinction, le mystère, l'obscurité, sonore et mathématique, comme au hasard Portal - puisqu'elle s'incarne, justement, lunaire, se définit dans cette blafarde et terreuse phosphorescence de sa révélation glorieuse. Sa gibbeuse splendeur. Fichtre.

jeudi 4 décembre 2014

Cut Hands : Festival of the Dead

Ça fait seulement quinze ans que je l'attends. L'album qui prolongera sur à toute sa durée l'abominablement orgasmique transe robovodou du dantesque "Full Moon" de Delta Plan, et remettra le doigt, tout à loisir et à plaisir même, sur ce type de beat autoritaire, et de terror techno sautillante de marabout déchiré aux dissociatifs de contrebande ; ces rythmes qui traduisent Starfish Pool en éprouvante séance de tatouage traditionnel avec un petit burin en corne, ces nappes synthétiques qui vous disloquent le tissu cérébral ainsi qu'on file un collant...
Bref : ceux qui ont déjà entendu "Full Moon" comprendront la nocuité d'un disque qui aurait pu sortir chez Nova Zembla voire KK, et encore mettre presque tous ses collègues à l'amende - mis à part Fetisch Park, il n'y a pas vraiment beaucoup de contenders pour ce genre de clients... Les autres découvriront leur cauchemar. Le disque d'afro-sado techno qui rend fou. Marteau.

lundi 1 décembre 2014

Cowards : Rise to Infamy

Est-ce qu'on est obligé de se fader des comparaisons avec Kickback à chaque disque de Cowards ? Certes non - pas plus que ne l'impose le fait que les deux jouent une mouture de hardcore fortement infestée par le black avec un type de voix qui a probablement été inventé par Arkangel.
Ça s'arrête là. Parce que, d'évidence, Cowards n'a pas cette dimension pop - dites rock, si vous préférez, ou NYHC, c'est pareil - qu'ont Kickback, et l'humeur screamo à bouche-que-veux-tu de leurs derniers disques - ce qui est pour le moins amusant, lorsqu'on met en parallèle les hérédités musicales respectives et revendiquées de Bessac et Henri... C'est normal, aussi : toutes choses étant dites dans cette perspective, qu'on gardera soigneusement à l'esprit, que Kickback est un groupe que j'affectionne autant qu'on peut, et qui a sorti deux redoutables dragueurs un peu bruts de décoffrage d'albums - mas il ne s'agit pas du même batteur, si vous voyez ce que je veux dire ; ni du même chanteur ; pour les cordistes il va falloir qu'ils m'excusent, ils sont bien trop nombreux et je ne suis pas du genre qui sait entendre qui fait quoi, mais... c'est pas les mêmes non plus, pour sûr ; on apprécie, autant que réclame l'honnêteté, ce que fait Damien Toxique Truc, mais on l'admettra volontiers, c'est très reconnaissable, très toujours la même chose, et très outré ; c'est parfait pour Kickback, qui est un truc outré, mais, puisqu'à la fin on va pas passer la nuit à parler foot, ce n'est pas ce qu'est Cowards.
Non ; Cowards est un truc bien plus tortueux, obscur, imprévisible, dense, équivoque, interlope - même sur ce nouvel album précisément qui semble leur chose la plus explicitement, unilatéralement brutale à ce jour, devant quoi l'on commence par regretter l'absence de ce qui en premier lieu avait fait basculer mon point de vue sur eux, à savoir ce vague à l'âme, cette mélancolie d'un type qui prend des détours fantasques dans Paris pour rentrer chez lui à quatre du mat', toutes les dents tout juste pétées et un œil qui se fait la malle - et pourtant l'errance est bien là tapie, prête à vous happer, à vous envelopper, dans les rudes méandres d'un disque qui a les manières amoureuses d'un serpent constricteur, et les caresses d'un dédale de ronces concupiscentes. Satan n'est pas ici, ni aucune autre métaphore : bienvenue chez vous, dans votre propre manoir intérieur et sa riche palette d'ombres, sans le moindre recoin de lumière où souffler un misérable instant, mais avec vous-même dans votre peau de serpent qui y rôdez une machette au poing, le plus dangereux des hôtes sur qui vous risquez de tomber ; toujours plus hanté, en somme, de ces fantômes qui sont, pour ceux qui l'ignoraient, tout sauf des courants d'air impuissants - courants d'air desquels, par ailleurs, ils n'ont en partage que la fulgurance assassine ; pour le reste, ici plus que dans n'importe quelle autre de ses productions, difficile de faire la part du travail de Castes et celle du jeu des Cowards, dans la qualité de terreur qui exsude à pleins ruisseaux de toute la bâtisse sonore : on la parcourt en volant au travers de fenêtres aux montants hérissés de monstrueux crocs de verre brisé, en roulant et ruant avec la furie d'une mêlée de chats de gouttière survoltés au milieu de tapis de tesson de métal aiguisé (bon dieu ces larsens comme des rasoirs, bon dieu cette basse lit de braises, bon dieu ces grattes hérissées de clous... et au milieu de tout ça cette batterie qui loubarde avec grâce... et pète les rotules qui lambinent avec swing) - car en effet si Hoarder dégageait en dépit de tout une aura d'élégance indécrottable même à genoux dans le caniveau, Rise to Infamy n'a d'élégance que celle qu'on ne peut s'empêcher de trouver aux chats alors même qu'on sait pour certain quelle démence meurtrière ils couvent à tout instant ; avouons-le, on y vient en comptant un peu y trouver, très grossièrement et pour changer un peu de comparaison foireuse, un machin purificateur à la Trap Them, où se défouler et s'enivrer... et on en ressort tuméfié, déchiqueté, lacéré, étourdi, estourbi ; avoiné ; abusé ; et si ces Connards ont estampé la majeure partie du blues nocturne qu'il y avait à leur musique, au bout de quelques écoutes pourtant, compulsives, addictives, suppliciées, on sent monter peu à peu de nulle part comme une envie de chanter l'air de "House of the Rising Sun"... New Orleans devenue Paris, et le bouclard une maison de correction. Appelons-la la Maison de Papa Violeur.