jeudi 31 décembre 2015

2015

Un florilège comme chaque année tout dans la facilité et l'absence de finesse, puisque comme chaque année il a été élaboré sur le seul critère de la puissance de l'émotion provoquée. Le poète après tout n'a-t-il pas dit : "We are fucking artists. We're sensitive as shit" ?






Les tubes de l'année :

Creeping "Cold Soil"
The Bottle Doom Lazy Band "Welcome to the Nearest Grave"
Jesus Cry Stalin "Pour quoi ?"
Demon Lung "Mark of Jubilee"
Dopethrone "Scum Fuck Blues"
Steve Von Till "Known but not Named"
Christian Mistress "Eclipse"
Paradise Lost "Beneath Broken Earth"
Torche "Restarter"
Undersmile "Knucklesucker" 



La pochette de l'année :





L'album de 2015 pas de 2015 :





Le morceau de 2015 pas de 2015 :

Type O Negative "Pyretta Blaze"



Une année qui s'est commencée - sur les chapeaux de roue : fin 2014 pour être exact - persuadé - au fer rouge - que ce serait le Cowards qui aurait le titre officieux de vainqueur de ce post, "hands down" ; et achevée en se disant que c'était le Hangman's Chair qui avait toutes les apparences du rôle. Heureusement, le rôle n'existe pas, et puis du coup c'est l'année de la famille, en somme.
De toute façon de grand gagnant de l'année il n'y aura pas, puisque décider qu'il y en ait un, et que ce ne soit pas A Umbra Omega, ou pas Apparitions, serait simplement grotesque. Vous voyez bien qu'on ne va pas s'en sortir.



Puis, à tous seigneurs tout honneur, inaugurons cette année la rubrique "déception de l'année". Pour trois groupes qui ont jadis été particulièrement marquants, et à la singularité digne d'adoration, pour bibi - et qui ont signé cette année des retours respectifs particulièrement inodores et auditivement contractuels. J'ai nommé : Sielwolf, Fetisch Park et November Növelet. Clap ; clap ; clap. Un pour chaque. Merci, les gars ; vraiment, fallait pas.



Et comme tous les ans, il y en a un dont le temps n'a pas eu le temps de dire, si les marques qu'il a apposées sont faites pour donner de belles chéloïdes, ou bien tristement pâlir et s'estomper après quelques mois de purulence. Même si, en l'occurrence, on y croit assez fort.


Sans compter un que j'aurais bien vu quelque part, mais qui suite à un mic-macaroni ne m'a toujours pas été envoyé à ce jour :






Allez : bonne année, enculeurs de mamans.



mercredi 30 décembre 2015

Morgue : Doors of No Return

Très exactement, excusez du peu, ce qu'on savait, de la foi la plus fervente, pouvoir espérer, chaque fois qu'on entendait un nouveau morceau d'eux sur scène, ces dernières années : Morgue, ce groupe de funambules, de lunaires de la sauvagerie, impossible à épingler en place où que ce soit. Death à l'ancienne AOC grand cru adorateur à perpétuité d'Incantation, mormétal paranormal tectoniquement fluide plus moderne que nature... version evil démoniaque de 400 The Cat ?
Aucun doute, ce sont les mêmes danseurs drunken master style, équilibristes du rythme, et Morgue tout comme 400 The Cat qui désormais sont constitués des exacts mêmes membres, surfent sur l'écoulement du temps, qu'ils matérialisent comme une chose qui tient de la langue de lave et de la griserie des sens la plus effrénée. La batterie est à écouter un scandale permanent à elle toute seule, de gourmandise contagieuse, un carnaval martial, virevoltant et barbare à la fois, la basse dans ses ombres a tout (dans le sens de : tout) le vice discret qui sied à l'usage de l'instrument, sans jamais être en reste sur les autres sbires autour d'elle, et les riffs quant à eux... sont ce qu'on sait depuis The Process to Define the Shape of Self-Loathing : une forme d'intelligence extra-terrestre entièrement constituée de rasoirs diversement biseautés, qui montre la cruauté du death et la causticité effervescente du noisecore.
Comme prévu, le son de Morgue se glisse comme un poisson dans l'eau (un requin-tronçonneuse, plus exactement) dans le contexte actuel du metal extrême. On n'attendait certainement pas de Morgue, aussi, qu'ils choisissent, entre Portal et Dazzlingkillmen, non plus qu'entre classicisme peinard, et furieuse modernité : bien sûr que l'on comptait sur eux pour démontrer ce que l'un peut apporter de plus incisif au propos de l'autre - et cela fonctionne également avec Breach et Aosoth, par exemple sur "Hug and a Stab in the Back". Rendre l'occulte direct, et le direct occulte : sans doute est-ce là ce qu'ils veulent dire par l'opiniâtre allégeance grindcore qu'ils revendiquent : il y a effectivement quelque chose qui tient d'un TxFxDx maléfique (ou d'un Deathspell Omega version grindcore punk si on préfère), dans cette urgence d'une voracité sans aucunes bornes, capable de mouliner ni vu ni connu passez muscade des plans dignes d'un rock'n'roll passé au cyclotron carnivore, d'une sarabande en dérapage offensif permanent, qui se mène la bave aux lèvres et vous la fait monter de même - de fureur autant que d'allégresse, tandis qu'elle glisse encore et encore, à la façon d'une tronçonneuse montée en guise de planche de surf, sur tout ce qui lui aiguise l'appétit, frisant par endroits une version, forcément par-delà le survolté, du black crassou et animal de Hell Militia à l'époque de Last Station on the Road to Death - et je ne dis même pas cela à cause de la voix de Meynac'h, que je n'ai pas nettement reconnue, mais de quelques unes de ces redoutables riffailleries qui filent comme des fusées folles et vous chevillent au corps l'envie de relancer le disque avant même qu'il soit achevé (c'est qu'il est également modeste de proportions et concis, celui-là), et de ne pas laisser le train-fantôme jamais s'arrêter ; continuer encore et encore à écarquiller des yeux émerveillés et des tripes palpitantes devant cette surréelle capacité, à conserver, même au milieu des tempêtes de projections d'hémoglobine et des rafales de barbarie proches de la tétanie, cette ondoyante nonchalance, cette funambule élégance pour laquelle on continuera, encore et toujours, à les adorer.
Vivement entendre tout ça avec ses dents, devant une scène.

samedi 19 décembre 2015

KEN Mode : Success

Il est de retour. Le groupe de noise auteur du fabuleux Mennonite. Success porte mieux que bien son nom puisque son existence et elle seule prouve que la collision du noise rock et du noise core - soit Jesus Lizard et les plus talentueux, chlorhydriques et oxygénés moments de Botch - donne du rock'n'roll. De première bourre. Comme ça, naturellement, sans faire jamais autre chose qu'assumer leur identité, leur vigueur de jeunes Canadiens bien dans leur corps sain et nerveux, sans que cela leur interdise jamais d'étinceler de paillettes de choses bien autrement intellectuelles - nommément Self Defense Family et Peter Kernel - ou d'irradier une subtile, sourde mais certaine amertume - et, tout mis bout à bout, sans que l'irruption au milieu de tout ceci du gros Robinson paraisse rien d'autre que parfaitement logique naturelle, ce qui on l' admettra est rarement le cas.
Pas loin de l'égalité avec Mennonite, rien que ça.

jeudi 17 décembre 2015

Cult Leader : Lightless Walk

Voilà tout ce qu'on demande à un disque, et à un disque de hardcore en particulier. La nudité - l'honnêteté. Voilà un groupe de hardcore moderne qui se rappelle qu'il joue du hardcore ; et ne s'interdit donc la salubre connerie d'aucun passage simien tambouriné sur une corde à vide puisque l'autre poing est obligatoirement occupé à la même chose sur la cage thoracique, ou le museau du voisin tout sourire. Et qui ne s'interdit non plus aucune possiblement embarrassante solennité : plus vont les écoutes et plus on est confondu - on l'est pourtant dès la première - par ce qui auraient pu être des passages obligés - le crépuscule desperado dans un album de hardcore moderne - et n'évoque, en fait d'americana apocalyptique, que le Nick Cave réellement funèbre, le Gira de "Failure", ou à la rigueur les bidasses cabossés et l'amer mysticisme de Cobalt.
Car il y a quelque chose chez le Cult Leader de Lightless Walk que les autres n'ont pas, fussent-ils pseudo-Cursed par centaines ou son direct ancêtre le He is Never Coming Back de Gaza, et ses grelottements de fièvre : ce grand froid, qu'on ne trouve guère que chez Early Graves... et Death Engine. Ce qui donne à certains de leurs déluges punitifs un relief black metal terne et sans démonstration, au contraire des mines démoniaques que prend trop souvent la concurrence, une morosité qui les apparente au maladif Eros | Anteros - et l'effet d'une bonne rossée saine et sans façons.

mardi 15 décembre 2015

Temple Below : The Dark Goddess

Il existe des constats objectifs à faire sur un disque quel qu'il soit ; c'est une chose incontestable. Par exemple, ce mini album de Temple Below est BEAUCOUP trop court pour la musique qu'il joue ; à tel point que le morceau de dark ambient qui lui sert de conclusion, tout sauf anecdotique, excellent non seulement pour des métalleux mais dans l'absolu, en devient la cible presqu'obligée du reproche que quasi-systématiquement font les vrais durs du metal aux morceaux ambient dans les disques de metal dur : ne sert à rien, interlude, gâchis de temps, piste qui compte pas. Enfin, ce n'est pas entièrement honnête : du fait même de son excellence, il est lui aussi englobé dans l'ignoble sentiment de frustration et de trop grande oxygénation que suscite le disque, alors qu'il aurait été réellement somptueux pour venir clôturer un disque qui eût convenablement étalé sur une durée suffisante de morceaux sa dégoulinante ambiance de grimaces cannibales occultes.
Car ce qui compte avant tout, et que ne viennent que renforcer les constats objectifs, c'est ce qui se passe sur le plan de l'imaginaire. Celui-ci, chacun a le sien bien entendu. Dans la fondation du mien, une chose cruciale à n'en pas douter a été la première lecture, probablement à la pré-adolescence, du mot : "thug". Et dans le panier de crabes mutants du metal occulte moderne, voire du metal occulte tout court, peu sont les groupes à réussir chez moi à pousser leurs bonds de chien de l'enfer assez haut et tordu pour réussir à faire résonner cette timbale-là. Le premier à l'avoir fait étant Weapon, ceci expliquant sans doute pourquoi ils doivent fatalement être cités chaque fois qu'un autre disque me procure la même fulgurante impression ; les autres groupes qui me renvoient à cette sensation initiale (de danger fait d'autant de maladie tropicale que de maladie religieuse, pour tout vous dire) en sont tous obligés de passer en rendre compte d'abord à Weapon, dans ma fantasmatique - quand bien même la chose chez ceux-ci était particulièrement suggérée voire labile, étant même allée jusqu'à s'effilocher de plus en plus au fur et à mesure de leur œuvre... à mon grand regret ; et pourtant, Weapon est un groupe qui me manque ; bref : tout ça pour vous dire que les autres groupes qui parviennent à me renvoyer au même envoûtement inaugural me donnent chaque fois l'impression de faire du Weapon en un peu mieux - pas beaucoup car faire beaucoup mieux que Weapon n'est pas possible, disons-le une bonne fois pour toute - car en plus explicite, plus horriblement certain, moins de l'ordre du mirage et de l'agacement qu'il génère.
Temple Below, puisqu'il s'agit d'eux - ce sera une autre de leurs sanctions bien méritées pour faire des disques trop court - nous propose quelque chose de tout à fait digne d'un Weapon... qui vous emmènerait pour un petit tour d'un quart d'heure-vingt minutes dans la jungle : je vous demande pardon ? Quelle jungle déguste-t-on avec une portion de vingt minutes ? Celle que nous agite sous le nez comme une misérable petite salope Temple Below mérite, de toute l'évidence de sa matière sonore qu'elle nous laisse commodément palper, des dimensions gargantuesques et fantasmagoriques que je ne vois guère mieux comment qualifier que par : "Aosoth" et "Howls of Ebb" ; alors même que le groupe semble vouloir nous prendre pour des jambons et présenter la surface et les benoîts contours thrashy d'un genre de Slayer qui tâche à gober Morbid Angel. D'ailleurs, à force de ronger cet os de disque à en sucer toute la demi-imaginaire moelle, on s'aperçoit peu à peu que ces salauds-là ont également doté leurs morceaux d'intros mouvementées en bonne et due forme, qui dénotent la même épatante maîtrise dark-wave quasi-évocatrice d'Urfaust et guère d'autres - à en recourir une fois n'est pas coutume au parler des jeunes : ces connauds-là maîtrisent leur dark-wave, un truc de malade ! Quand on pense qu'à côté de ça, on autorise des Ah! Cama Sotz à exercer dans la discipline....
Mais ils la dressent en miniatures. Sérieusement, nous servir des miniatures lorsqu'on possède - et démontre, tant vocalement que dans le discret et grouillant art d'enrober les riffs pullulants de vermine mal intentionnée - la même maîtrise des teintes et de leur viscosité que son illustrateur ? C'est se moquer ! Et l'art non moins délicieux de battre la cadence sur les peaux tendues sur des crânes décalottés, alors, je ne vous en parle même pas, et celui de secouer des maracas qui évoquent les plus diaboliques des grillons-vampires, et celui de arpenter tout le sentier de la guerre en s'inondant de bave et en se jouissant dans la fourrure des pattes, d'utiliser sa queue comme fait le serpent à sonnette... De vraies petites ordures, ces types-là ; de la racaille. Thugs, tu peux le dire.

mardi 8 décembre 2015

DHG : A Umbra Omega

Est-ce qu'on décrit un tel disque ? Tant de mois après sa sortie, tout le monde l'a déjà entendu, ou a du moins lu plusieurs chroniques à son sujet. Toutes utilisaient probablement le mot "progressif", mais pour ma part je n'ai gardé le souvenir d'aucune. Sans doute y était-il associé des considérations diversement péremptoires sur le black metal, son essence, sur ce que doit ou ne doit pas DHG...

Ce qui compte vraiment, et uniquement, c'est qu'Aldrahn y prouve, si besoin était, qu'il est la seule personne capable de chanter sur un truc pareil - soit, très grossièrement, quelque chose d'ultra-récitatif qui ressemblerait presque à du Arcturus - sans que ce soit imbuvable, voire au contraire, de sorte que ce soit intolérablement sexuel ; et derrière lui le seul groupe digne d'accompagner, de rendre possible, de déclencher, de faire resplendir sa vineuse démence. Progressif ? C'est bien possible ; autant que peut l'être un opéra. Grotesque, pathétique, grandiose, c'est certain. On est au bord des larmes à plusieurs reprises, de tension autant que de soulagement. La vivace impression d'être en train de rêver, qu'on se retrouve projeté dans un futur cossu, du genre des classieuses salles d'attente des astronefs de 2001, et qu'à travers l'émerveillement ahuri perce la certitude d'être nu comme un ver, et d'avoir pourtant réussi à ramener avec soi pour unique bagage ses vieilles plaies, celles qui ne font que lentement sur-infecter avec l'âge qui rampe, ses vieilles amertumes, celles qui fermentent et madérisent sans fin, ses impasses désespérées aux odeurs de pisse incrustées... et s'apercevoir qu'après tout cet espace où l'on erre ressemble plutôt à la Lune du Münchhausen de Terry Gilliam ; une descente consciente et inéluctable dans la démence ; l'un de ces rêves horribles et dont on a pourtant horreur à se réveiller, et à regarder se désagréger les bribes de brûlants souvenirs, qui refroidissent avec la tristesse des braises d'un feu éteint. Merci, vraiment.

Du coup, bon, vous comprendrez fort bien que je ne vais pas m'étendre : cet album, une merveille de confusion entre Das Ich et Mayhem, l'impossible album qui parvint à suivre 666 International et à lui faire honneur sans le répéter, et bla et bla et bla - est l'une des choses les plus stellairement élégantes du monde qui se subit de la façon la plus obscène du monde, donc en privé chez les gens qui savent se tenir ; un de ces disques qui vous coûtent et s'écoutent (très) rarement, aussi, et je ne vais pas violenter une fréquence d'écoutes qui sera probablement aussi lente que celle attachée à Enemy of the Sun, et me violenter moi-même, pour ajouter des mots aux mots. Les mots sont aussi percutants que des moucherons morts devant certains disques.

dimanche 6 décembre 2015

Cober Ord : Le Revers du Soleil

La musique rituelle : voilà bien un genre sur lequel il est compliqué de mettre des phrases ; peut-être encore plus lorsqu'elle est réussie.
Le disque de Cober Ord est particulièrement réussi dans l'épatant équilibre qu'il trouve - en forme d'ambiguïté - entre sensationnalisme et documentaire ; dans le sens par exemple où, du point de vue du moins de mes plus que maigres connaissances ethnologiques, on ne sait trop si le fait de commencer un morceau de dix-sept minutes par cinq bonnes minutes de silence, est le fait d'une stricte observance du rite quel qu'il soit, ou plutôt d'un des bons usages de la tension scénaristique. Dans mon cadre de référence, en tous les cas, un tel généreux usage du silence renvoie nécessairement à l'un des disques de death industrial les plus terrifiants qui soit : In Shelter d'Archon Satani, où son oppression met encore davantage en valeur les rares infiltrations de son - ignobles, au demeurant. Et rien que ça n'est pas rien.
Il en va de même - l'ambiguïté, mère de toutes les terreurs irrésolues - quant au fait que les morceaux, malgré ce en quoi eussent fort bien pu dégénérer leurs murmures, gargouillis et ricanements proto-humains, ne tranchent jamais la question - celle qui importe, fondamentalement, dès lors qu'a été prononcé le mot rituel, dès même avant que soit sous-entendu son redoublement dans le fait qu'il s'agit d'une mise en scène fictionnelle (... ou pas, confer encore une fois cette délicieuse dite ambiguïté, qui fait que le disque jamais ne cesse de flotter, peu importe ses feulements de bête, comme en filigrane de la réalité, sans jamais connaître cette forme de flop de s'incarner, en somme, soit du côté Phurpa soit du côté Portal de l'hypothèse) : celle du fantastique, de l'existence ou non de ce que chacun appellera comme il voudra, le divin, le magique, le Mal, les esprits, l'entropie...
Eh ! on dirait qu'en voilà après tout, des phrases... ou plutôt comme qui dirait ce qui s'appelle faire des phrases : quand je vous disais qu'il serait compliqué de dire quelle saveur sur la langue laisse Le Revers du Soleil ; il le sera de toutes les manières encore le disque une fois écouté, alors pour ce qui est de le partager... Enfin, après, vous êtes majeurs et prévenus (combien de fois ai-je prononcé ce mot, déjà, "ambiguïté" ?), vous saurez bien si vous tenez à chercher à savoir, à vous demander du moins, si ces longues minutes de silence en sont vraiment, et à écarquiller vos yeux dans le noir pour voir de quoi il est fait. C'est tout ce que Cober Ord vous propose : aucune réponse ; simplement de regarder au fond du seau, et de vous donner tout le temps qu'il faut, dans un recueillement comme bien peu hormis Henrikk Nordvargr Bjorkk ont su l'orchestrer au quart de poil de courant d'air, pour voir ce que vous avez à voir.

vendredi 4 décembre 2015

Extreme Noise Terror : Extreme Noise Terror

Évoquer Extreme Noise Terror auprès de gens cultivés, c’est toujours s’exposer: on se sent comme Candy levant la tête de son assiette et découvrant, sous les railleries des autres pensionnaires, qu’elle est la seule du réfectoire à manger le gras de côtelette.
Court sur pattes, tête massive, ENT c’est le camarade encombrant, "pas forcément très intégré", celui qui a passé sa scolarité à coller des mickeys sous les tables avant de devenir à moitié clodo. Tu croyais qu'il avait quitté la ville, tu l’avais presque oublié. Tu l’as revu, sa voix désormais titube entre l’ours de cirque (privé d’hibernation) et la goule glaireuse. Il ressasse toujours les mêmes riffs et tire toujours ses conclusions à l’arme automatique car oui, c’est un peu le bordel dans sa tête.
Il n’a pas énormément changé, alors pourquoi en parler sachant qu’au pire, on provoquera l’indifférence, au mieux, on  se fera "liker" par un nigérian égaré sur la toile ? Et bien parce que, s’il aime le gras de côtelette, le nigérian égaré, foi de Phacoch, il va prendre cher !

vendredi 6 novembre 2015

Electric Wizard : Time to Die

Le pouvoir du riff, c'est comme ça qu'on dit, hein ? C'est à la fois la vérité la plus stricte, et l'idiotie la plus abrupte. Un disque tel que Time to Die le prouve à la façon d'une porte en acier en pleine tronche : ce qu'il faut c'est non pas le riff ultime - de toutes les manières le riff le plus ultime de l'univers le deviendra toujours un peu moins à la quinzième fois qu'il est joué d'affilée, alors je ne vous parle pas de la soixante-troisième, hé, on parle de doom, abruti, t'en veux du riff va falloir avoir l'estomac pour en avaler - mais un riff qui tienne la route, un riff si possible déjà entendu ailleurs et à l'efficacité prouvée par maint état d'ébriété, conduite inappropriée et autres viles satisfactions obtenues conformément aux espérances - on parle de rock'n'roll, tout riff ultime a de toutes façons déjà été découvert ; plusieurs fois - et on le fait tourner ; et ce n'est même pas la durée interminable pendant laquelle on va le faire tourner, qui va faire les choses, et je ne sais quel abrutissement et quel engourdissement de tous les sens : l'abrutissement et l'engourdissement sont des réalités, en effet, du plaisir : des symptômes ; qui ne se produisent que pourvu qu'il y ait ce qu'il faut avant.
Et ce qu'il faut c'est toujours la même chose, seule et unique : l'intention, la sincérité, l'urgence, le présent, l'honnêteté, donnez lui le nom que vous préférez. Le vice que suinte chaque toxique note du présent album, mollusque, imbécile et morbide à en suffoquer - et à suffoquer en premier lieu le disque qui en figure à la perfection son exact inverse, avec sa radicalité qui ne se niche que dans les atours liés à sa technique d'enregistrement et de, tousse-tousse, composition (hurlements de rire) : l'album de With the Dead - de ce disque qui tout comme bien peu mais au moins un autre récemment, vous rappelle de la plus obscène des façons que le doom est une putain de musique extrême. Comme a dit quelqu'un : "extreme music for extreme people". Et pour ça nul besoin n'est de jouer à des cadences non mesurables par le cœur humain ou des fréquences non audibles par le tympan humain. Il suffit juste - juste - de savoir jouer avec la morbide mollusquerie ricanante, d'assumer son tempérament avec l'arrogante obscénité d'Electric Wizard. C'en est à se demander, je vous jure, si en vrai Justin Oborn ne serait pas resté meilleurs copains du monde avec Mark Greening, et n'aurait pas simplement mis en scène tout le saint-frusquin à seule fin de donner au disque l'épaisseur de sale ambiance et de vénéneuse mesquinerie qui convenait pour en faire un grand album réussi (la composition, je vous jure, ce qu'il faut entendre comme conneries...).
D'ailleurs on va faire simple et concis : Time to Die est le meilleur album d'Electric Wizard, à égalité avec We Live ! (vous faites ce que vous voulez de spirituel avec les titres). Dopethrone restant leur album d'anarcho-punk. Rompez, doom what thou wilt, et tout ça.

lundi 2 novembre 2015

Pigs : Wronger

Je vais pouvoir cesser d'attendre qu'Unsane arrête de sortir de mauvais albums - deux de suite, ça commence à user la patience, même si j'écouterai le prochain sans barguigner. Cesser de désespérer chaque fois qu'Unsane s'auto-parodie - le premier album de Pigs inclus. Je suis bien conscient - j'ai des oreilles, en sus de ma mauvaise foi humblement assumée - que Pigs alors tentait déjà de proposer autre chose que du Unsane - en ce qui me concerne : du Unsane exfolié de pas mal de son blues - mais alors cela ne sonnait à mon sens que comme cela : une absence.
Ce n'est assurément pas le terme qui conviendra à propos de Wronger. Je suis, ce n'est plus à prouver, fortement réceptif aux pochettes des disques, et celle de You Ruin Everything ne donnait aux riffs et à l'acide voix de Dave Curran que les caractères d'un soleil insupportable et d'une migraine bien plantée entre les deux yeux. Tout cela est fini aussi : Wronger m'évoque New York comme jamais - non, ce n'est pas vrai : comme Occupational Hazard. Pigs retrouve ici la racine du noise-rock le plus urbain et sidérurgique, la lumière blanche du soleil de l'aube entre les pylônes corrodés du métro aérien, Helmet, Godflesh, Swans, Dazzlingkillmen, et le blues certes mais alors celui des journées de turbin qui commencent après une nuit blanche et la bouche acide, ce noise-rock qui paraît être l'extatique mi-chemin parfait entre stoner et industriel, la stridence hagarde érigée en plus haute forme de groove, la transe si vous préférez, sur fond de carrelage mural pisseux de couloir de métro souterrain, bref tout ce qui a fait à une époque qu'Unsane a pu être considéré comme le groupe le plus cru, naturel, viscéral du monde, un équivalent CBGB-compatible de Motörhead, un équivalent particules fines-compatibles de Clutch - mais par-dessus tout un équivalent baseball et burger-compatible de Godflesh, donc encore et toujours la première musique du monde et de la vie. D'ailleurs l'exquise et joviale humilité de Curran peut également se voir en équivalent de l'angélique timidité de Broadrick.
Un disque de noise rock, normalement vous devez vaguement le savoir, ou être au moins à la porte de le savoir, ou être sans le savoir tout prêt pour le savoir, si vous lisez une chronique de Pigs, ça ne se discute pas, et ça ne se lit pas : ça se vit comme un besoin vital. Wronger est un très bon disque de noise-rock, et il rappellera sans se faire prier à quel point la chose est vitale.

lundi 26 octobre 2015

Hangman's Chair : Hope///Dope///Rope

Ça y est, bravo les gars : j'ai de nouveau seize ans. J'ai envie de mourir, j'écoute le même album trois fois dans la journée, et je me sens plus délicieusement exhibitionniste à chaque.
Et en même temps on est toujours en 2015 ce qui n'est pas plus mal : en 2015 je connais Arkangel, entre autres, et puis à 16 ans, en dehors du final de "Hurt" il n'y avait à peu près rien en musique qui me laminait réellement, assez physiquement, pour me fiche la chair de poule - et encore, en ne tirant pas trop sur la corde en me la passant trop souvent. Quelle connerie, "c'était mieux avant" ! Aujourd'hui je suis devenu une vraie sentimentale, et j'ai encore plus la chair de poule à la troisième fois de suite que j'écoute... on ne va pas les citer, parce que au fur et à mesure que je le fréquente ce sont à peu près tous les morceaux, dans Hope///Dope///Rope, qui me filent un brusque coup de froid le long des veines et de l'épine dorsale. Y compris le foutu putain d'instrumental holy terror de conclusion... terrifiant : pas mal, faut avouer, pour un groupe dont la voix est tellement indécente et miroitante de charge émotionnelle, qu'on pourrait craindre qu'elle suscite une quelconque forme d'indulgence ou d'aveuglement au reste... Non, rien n'est ostensible chez Hangman's Chair - pas même le chant, qui n'est que ce qu'il peut, de toutes ses forces éperdues : ni plus, ni moins - et c'est sans faire de bruit, ainsi qu'on va vérifier sur la pointe des pieds le sommeil de bébé, que le moindre détail est douloureusement impeccable, de façon innée, sans jamais chercher à faire ce qui fait bien ou qui va bien ; si on regarde, Hangman's Chair sont bien toujours les mêmes supposés beaufs - les hommes simples, comme dirait la dédicace de certain disque de Cowards... - de Es La Guerilla, qui ont simplement arrêté de parler de la supposée guerre urbaine, ou d'une certaine forme de celle-ci à tout le moins, pour se décider à parler de leurs défaites intimes, et surtout de nous ouvrir leur cœur sur ce qui le fait sincèrement panteler. De nous ouvrir leur poitrail, avec une générosité brusque et un peu mélodramatique de fort de foire, et de nous montrer les émotions sanguinolentes et nourrissantes qu'ils ont en-dedans, pour nous. Si un truc vous résumera impeccablement Hangman's Chair, c'est ce batteur, avec ses frappes aussi souples que lourdes, tout à la fois Vinnie Signorelli gominé de PMU de Rungis (ou Montgeron, directement), et velours riche et patiné par les années bien caché au fond d'une échoppe poussiéreuse et taciturne de Saint Ouen, ne sautant aux yeux que des connaisseurs à l’œil hanté par la soif inextinguible, capables de voir ce que révèle sa couleur mate dans la demi-obscurité complaisante : à lui seul avec la patte de gros matou blessé et au poil épais qu'il met sur des breaks à liquéfier les intestins de maint groupe de beatdown ost-germanique ou cockney, il pourrait résumer le groupe à lui seul, avec sa trogne à s'appeler Francis, au point que je pensais qu'il était le chanteur sur les photos promos, avant de savoir qui était qui dessus ; lui dont le jeu lourd et caressant contient autant de la beau-gosserie du chanteur et de son impudeur belle à tomber digne de Keith Caputo seul, que de la patibulaire menace des riffs les plus enrobés et ras-du-caniveau dont sont capables ses compères guitaristes, en somme le même air de souffrance et de déception de Harvey Keitel alors qu'il vous démonterait méthodiquement les dents...
Parce qu'enfin, je pourrais encore tourner autour du pot de miel longtemps, ce serait vain et je ne me lasserais jamais pour autant, tellement le groupe délie la langue et libère le gosier et le cœur ainsi qu'un bon verre de scotch sur une soif de plusieurs heures, ou une lampée de mauvais blend tout aussi bien d'ailleurs - mais il suffit de se figurer que les mecs sont juste un peu les rois du breakdown de porc - River Runs Red n'est tombé dans l'oreille ni de sourds ni de mous du ciboulot - au milieu d'un morceau emo-déchirant titubant à la lisière du lyrisme suicidaire - River Runs Red n'est... - de porc, mais émouvant aussi - le breakdown, figurez vous bien, enfin... disons, qui fait plus mal que le simple poids brut du parpaing lancé dans le foie en tir tendu ; figurez vous. Du rhythm'n'blues beatdown, quoi.
Bon, bref : vous l'écoutez, c'est tout.






P.S : Quant à toi, mon vieux poteau, là-bas où que tu sois, je ne sais pas si tu as eu l'occasion de connaître certains des auteurs de celui-ci, mais je crois que vous auriez pu bien vous entendre, et pour ma part je ne peux m'empêcher de penser à toi chaque fois que j'entends la voix du psychopathe mystique loin là-bas sur le toît du monde, en introduction de la dernière piste, et de t'imaginer te régaler à soulever des types par le fond de la culotte dans un pit en écoutant les grandioses riffs de celle-ci.

jeudi 15 octobre 2015

Ende : The Rebirth of I

La pureté. Telle est la notion qui se dégage  et se ressent le plus au contact de Rebirth of I. La pureté de l'intention, la même que sur leur vieille démo récemment venue au jour et qui pour sa part creusait plutôt du côté vandalisme rustaud de la chose en question - le true black, que croyiez-vous d'autre ?
La pureté est telle chez Ende qu'elle est la même, à vous fendre comme le gel, qu'ils chantent en français, en anglais ou en norvégien - mais oui : lorsque l'intention est pure, les ridicule est quant à lui notion hors de propos. Ende a le true black chevillé au corps, qui lui engourdit les moelles et la fibre musculaire, et vous avec, de sorte que rien n'y est déplacé ni de trop, chaque chose à sa juste place légitime et à la plénitude de son bouquet - les cris des loups, ceux des corbeaux, les mugissements hantés du vent, dégageant toute leur menace et leur beauté, sauvage, originelle....
On lit souvent  et alternativement le beumeu défini comme une forme de punk rock renouvelé et rajeuni dans sa radicalité, de nihilisme profanateur - et une d'exaltation de la nature, de la pureté, de l'innocence. Ende vous prouve que l'alternative entre les deux écoles, au moins par la grâce de son disque le temps qu'il dure, n'a pas lieu d'être, vous montre l'unité entre les deux fibres où s'enracine le genre, vous montre où elles se peuvent joindre à nouveau, loin des chapelles en forme de niches commerciales où il s'est cloîtré depuis - lui qui fondamentalement à tellement à faire, des unes comme de l'autre, chapelles et enfermement bien cloisonné... Plutôt, en vérité, à la source que dans le passé (le temps après tout est un vicelard dont on sait à quel point il faut se fier à ses ophidiens méandres), qu' Ende semble certes atteindre mais sans effort ni fanatisme, par pente uniquement naturelle de sa forme d'esprit, la source où les solides et volubiles charpentes rythmiques et la richesse d'expression n'excluent jamais l'âpreté des riffs et de leurs abruptes bourrasques, où les ataviques accents médiévaux subtilement compassés n'infirment jamais les aboiements gueux de hardos moderne, ni le Silmarillion les 120 Journées de Salo, ni l'aspect documentaire du genre sa fonction rituelle - toutes choses qui, on le voit en le disant, n'ont après tout jamais rien eu d'irréconciliablement contradictoire, pas davantage que l'acide et l'aigre. La sorcellerie et le perfecto. Le rock de chiens errants et le temps d'antan. Ende vit dans un passé à ciel ouvert (et, pour paraphraser Charles M'Bouss, "n'en fait pas tout un boucan", contrairement à d'autres déjà bien assez bruyants tout seuls avec leur saucisson, et qu'il n'est donc pas utile de nommer ici). Allez les y voir, tantôt.

Enfin, depuis le temps, vous savez lire une pochette aussi bien que moi, non ?

mardi 13 octobre 2015

Killing Joke : Pylon

Très gogoth. Très aerobic-metal. Très déjà entendu et auto-citateur. D'une oreille juste un peu distraite, Pylon passerait même pour un album légèrement naze.
Oui mais, voilà : mélodiquement, Jaz Coleman est en TRÈS grande forme, à la limite du grade "A-Ha" ; et ce sacré bon sang de batteur est prodigieux, à insuffler ainsi une impossible nervosité friponne à des morceaux autrement dangereusement au bord de verser dans le pire de Killing Joke - à savoir : Pandemonium - et à donner des rêves fous de ce que le clown jaune aurait pu être, avec lui à la place de l'autre Grohl, dont il a un vague air du style char d'assaut... simplement en incomparablement plus humain, joueur, grisant, bondissant.
Ce qui suffit certes à évacuer proprement tout le faux air de Rammstein que possédait Pandemonium (je vous jure, quelle horreur que de se décider à la sortie de celui-ci entre tous, à enfin essayer Killing Joke, trompeusement encouragé par le carnage "Exorcism" entendu chez Bernard Lenoir...) ; mais pas, loin de là, les marottes Dongeons & Dragons Tout en Kahrthôn de Coleman. Qui, pour autant que je sois strictement concerné, ne saurait passer s'agissant de donner l'éclairage à des morceaux à la rocailleuse simplicité comme est le ton ici - et à la longueur roborative, faut-il préciser.
Un mélange de Night Time et Hosannas from the Basements of Hell, était-ce bien judicieux ? Un album baptisé Pylon avait-il la moindre chance avec moi ? Une pochette aussi catastrophique lorsque l'on est pas un groupe d'electro-dark-trance allemand de cinquième zone, est-ce seulement pensable - hormis, bien sûr, si l'on est déjà auteur de Pandemonium ? Épuisant, cet album m'épuise. A ne même plus savoir si j'espère que "Euphoria" sorte en single... ou que, connaissant le même destin que "In Cythera" sur MMXII, elle voit ses charmes tapageurs et simplistes rapidement s'éventer, pour laisser d'autre obtenir mes faveurs... mais les candidats paraissent timides : "Autonomous Zone" et "New Jerusalem", en étant magnanime - mais quoi d'autre ? "Big Buzz", si seulement je parvenais à dés-entendre ce que dit le refrain - à savoir : Big Buzz ? Un doute m'habite... Un rap ? sérieux, vous voulez vous mesurez sur ce terrain-là à votre fils le plus brillant ? "Big Buzz" ce sera donc - et rien d'autre : des lignes de synthé comme celle de "Euphoria", j'en ai plein mes étagères, merci, j'écoute de la new wave. Il y a autre chose que cette ligne de synthé sous ce refrain, dans ce morceau ?
On ne fait pas un album avec trois refrains, Monsieur, même des en or comme ceux dont on parle. Pas avec des morceaux aussi... cyberkitsch. Pas chez moi, Monsieur.

dimanche 11 octobre 2015

Hangman's Chair : This Is Not Supposed To Be Positive

Les groupes de metal qui sont restés scotchés au plafond sur Alice in Chains c'est pas ce qui manque. Les groupes en revanche qui ont... bah ! je ne trouve pas la façon de le dire qui ne donne pas l'air d'un concours de biscottos ou de cylindrée, alors allons-y gaiement : le niveau d'Alice in Chains, et de Life of Agony aussi tant qu'à faire - vous avez déjà compris ou comprendrez bien vite en les écoutant, qu'il y a deux groupes qu'on ne peut simplement pas éviter de citer concernant Hangman's Chair, sans que ç'ait rien d'insultant, pour aucun des trois : beaucoup moins fréquent ; pas à trouver sous le pas d'un cheval.
Il ne faut pas craindre de le dire : les mélodies de Hangman's Chair, arrivés à leur ci-devant dernier album, sont plus belles que celles d'Alice in Chains. Ça n'enlève rien aux blessures à vie que sont Dirt et Facelift, avec cette maladie qui leur suinte de partout, ce venin, cette saveur blette et musquée, mais c'est un fait, et c'est peu ou prou valable - on ne va pas non plus passer la nuit sur les détails puisqu' après tout il est question de Hangman's Chair, ici - de même pour Life of Agony, mais c'est un fait : c'est peut-être là justement, encore plus que les fameuses guitares aux accents d'eau croupie, ce que cet album a retenu de la cold wave, lui qui n'est en rien un album cold wave, en tout un album de hardcore doom et un album froid comme la mort qui vient, ou le petit matin, c'est pareil : la beauté ; même pas d'ailleurs une beauté purement cold transplantée chez eux, puisqu'il s'agit encore d'autre chose, et que les à peine soutenables mélodies de Hangman's Chair méritent bien le rose barbe à papa qui leur sert de somptueux paravent. On pourrait imaginer le Pearl Jam du premier album - tiens, au fait, dites, maintenant que j'y pense, de quelle couleur est sa pochette, à ce con-là ? - et tout spécialement ses morceaux les plus troue-le-bide, je pense à "Black" avant tout et souvent pendant l'album des Parisiens, dans une interprétation de tough guy toujours impeccablement mis question brillantine, et toujours dans le coin du regard cette humide étincelle de tragédie, qui ne donne envie que de citer des Jean Gabin, des Depardieu de dix-huit ans, et tous ces bonshommes à l'ancienne auxquels renvoient autant la mouille du batteur que sa frappe de mule avec un chien invraisemblable ; ou bien on pourrait imaginer un Dax Riggs qui aurait réussi sa reconversion - parce que, faites excuse mais tant qu'on est dans la discussion à bâtons rompus, d'homme à homme et sans se ménager, avec les classiques et les illustres vieilles gâchettes, qu'a-t-il réussi de vraiment tuant qui ne reste pas sur l'estomac comme un pudding mais le troue comme l'acide, en dehors d'Acid Bath, le beau gosse : un album de Deadboy qui est potable, et puis ? combien de disques saturés de roucoulades trop surchargées et hystériques pour toucher réellement, au-delà d'un timbre donné par les dieux ? Le chanteur de Hangman's Chair non seulement sait incomparablement mieux en faire juste ce qu'il faut et pas un fiévreux frémissement de plus, mais en plus il s'appuie sur un groupe qui est tout sauf un faire-valoir, et dont la sensibilité extrême lui parle d'égal à égal.
"De la pop", ai-je pu lire à propos du disque ; et quand bien même ? Ne rêve-t-on pas tous, nous autres gens aux goûts aussi exigeants que tourmentés, d'en écouter, d'en trouver de la faite pour soi, exigeante et tourmentée, de la musique aussi riche, caressante et glucidique que la pop ? En voilà ; ce n'est même pas de la pop dark, ou je ne sais quelle connerie : ça s'appelle les nineties. Comme qui dirait qu'en musique aussi, il faudrait envisager le concept de décroisssance soutenable - et ce en quoi il n'y est justement pas question de décroissance de l'émotion ; comme qui dirait qu'on a perdu quelque chose en route, dans le flou du paysage dont le défilement s'accélérait avec l'extrémisation de l'extrême et du mélangisme forcené qui s'auto-digère en temps réel à la façon d'une chaîne d'infos en continu. Et puis, qui a besoin d'étiquettes, que ce soit doom ou pop ? Vous avez déjà vu une étiquette qui convienne véritablement, à The Cure ou Alice in Chains ?
Hangman's Chair sont là, heureusement : ceux-là n'ont très visiblement - si on va les regarder : eux ne viendront jamais faire des saltos pour personne, rien à foutre, très simplement - jamais eu cure de faire ce qu'il fallait, de mettre en avant et en valeur ni leur mauvais ni leur bon goût. Regardez donc leurs dégaines, et écoutez l'extrême sensitivité assumée de leur musique ; et puis aussi écoutez les parler de Vladimir Cosma, et le morceau en question sur le disque. Ils sont qui ils sont et font leur truc, et cela fait juste une bonne vingtaine d'années que celui-ci vit son bonhomme de maturation en eux. Alors, quand on débouche, forcément... ça peut faire tourner des têtes, assez violemment. Qui a besoin d'étiquettes, lorsqu'il y a des chansons aussi indélébiles que "Save Yourself", "Cut Up Kids" ou "Flashback" ? Sérieusement ?

vendredi 9 octobre 2015

Hangman's Chair : (A Lament for...) The Addicts

Un juvénile gang de thugs stoner parigots qui vit sa vie comme un film de Scorsese... dans une totale crédibilité, qui vous force la main comme l'haleine puante de whisky d'épicerie d'un pote vous enrôle irrésistiblement dans une nuit de connerie.
Hangman's Chair, premier disque, avec toutes les gaffes que cela suppose, et déjà profondément à part de la foule.


















P.S : Mon Franck, je crois que tu as connu un de ses auteurs, je ne sais pas si tu as connu le disque, mais il t'aurait plu je pense, et par bien des aspects il te ressemble.

jeudi 8 octobre 2015

Kylesa : Exhausting Fire

Je n'ai pas de problème avec le "metal-post-punk".
J'ai un problème avec Beastmilk, et In Solitude, et consorts puisque hélas consorts il y a ou aura incessamment sous peu en nombre trop grand, lequel problème un musicien des sûrement non moins horribles (on comprendra aussitôt pourquoi j'ai eu la sage précaution de n'en entendre pas la première note) Publicist UK a résumé avec une éloquence sublime dans tout ce qu'elle sous-entend, a fortiori lorsqu'on sait qu'il n'a pour sa part jamais entendu une note des deux autres :"Non, mais sérieusement, quand des gens nous comparent à Beastmilk ou In Solitude, ils veulent dire par là qu'on ressemble à The Cult. Et The Cult sont les meilleurs, donc ça me va !".
Or voyez-vous, The Cult, c'est de la merde en branches. Et accessoirement, ce n'est pas mon rock gothique universel et fédérateur, puisque visiblement il s'agit de ce type d'effet dont il est question. Mon rock gothique universel, c'est Killing Joke et The Cure.
Alors forcément, Kylesa... ça ne posera jamais aucun problème.
Pour le détail, vous voyez ici.

mercredi 7 octobre 2015

Wederganger : Halfvergaan Ontwaakt

... Et le beumeu, c'est aussi cela.
Une voix d'ogre en pourpoint de soie riche, une autre de harpie en robes de sang serties de caillots, toutes deux ruisselantes de l'alcoolisme d'un Urfaust ramené dans les terres de la civilisation par le biais de l'éducation la plus aristocratique - et qui s'en va exercer ses prédations par les salons.
Un conte de fées pour adultes, on expurgé des viols et des rivières d'hémoglobines. Une gravure de Gustave Doré animée et parée des plus profondes couleurs pourpre, bronze et mordor. A vus donner la sensation d'avoir les yeux qui brillent aussi fort que ceux d'un loup-garou.

mardi 6 octobre 2015

(Dolch) : I + II

N'écoutant que ma légendaire inconscience, et ne supportant plus ce suspens,
j'ai réécouté la chose.

Le pire c'est que j'aime, en général, lorsque les métalleux mêlent de la cold ou du goth à leur langage. Ils y mettent une fraîcheur très souvent fort judicieuse et expressive.
Le problème de (Dolch) vient peut-être de ce que, tout comme chez Hexvessel, il n'y a ici aucune trace de metal.

Du coup, fatalement...

#windhand #gothpourhellfest #libérezl'apérovampire #néant #deuxballes

dimanche 4 octobre 2015

(Dolch) : I + II

#menaceruine #tropicofcancer #subrosa #instagaze #gothgaze
#metalgaze #salutçagaze? #gothfog #teutonicwave #derblutharsch #brouillardnihiliste #tulasensmagrisegrisaille? #tasvulapochetteestgrise? #postpunkistkrieg #mêmelabelqu'urfaust #reverbman #ladarkfolkçacraintplusd'enécouter #maisuncouteaunazipourêtresûrçamangepasdepain #puisc'estmoinsunivoquequ'unetotenkopf #martial #europa #ritualistic #cult #occult #toocoolforschool #zolajesus #postzolajesus #whosthatbitchfreyaaswynnanyway? #vousaveztousoubliérudolfhess #vivreavecsontemps #autaquetmoderne #viteuf #uneidéeungroupe #unmorceaugothc'estunemélodiequisonnegothetbasta #onaqu'àdirequ'onesthypnotiques #plusderéverb #gothdeouf #occultedeouf #sondeouf #unpeuderab'deréverb?

#notinmyname #adnauseam #i'msotired #rozzwilliams #oùserezvousdanstroisans?

#c #est #pasfondamentalementmauvais #voire #gentil #et #pasmalparfois #mais #j #y #arrive #plus #et #pourtant #je #suis #goth




Y a pas à dire : ça soulage. Quand on en a trop sur l'estomac, de toutes manières, faut fourrer trois doigts et dégobiller. Maintenant, je vais peut-être réussir à écouter le disque sans accélérer les morceaux. Et à en accepter les éventuelles qualités. "Suspension d'incrédulité", qu'ils disaient.

samedi 3 octobre 2015

Vortex of End : Fvlgvr.Lvx.Terror

Une autre version du black metal ; tout aussi impérieuse que récemment celle de Temple of Baal. Vous me direz, tu m'étonnes  que c'est autre : Temple of Baal, ce groupe qui semble bien parti pour me remettre en selle pour une phase black en règle telle qu'il ne m'en était pas arrivée depuis un moment, c'est du black avec beaucoup de death. Dame ! Et Vortex of End, non ? Le son dur et tranchant de ces riffs est au moins pour autant que la méchanceté de ces obsédantes harmoniques sifflées, dans l'analogie dont je ne peux me défendre entre Fvlgvr.Lvx.Terror et les deux derniers albums de S.A.S. Incantation.
Vortex of End est méchant comme Incantation, voilà l'affaire. Vortex of End est black, à coup sûr, et Vortex of End n'a rien oublié de ce que le black doit à l'ancêtre death - à commencer par Obituary : le respect des parents, c'est important ; d'ailleurs, si vous êtes chauds pour remonter encore plus loin, à la base le death c'est du thrash, et ce mordant malsain douloureux au tympan qu'on entend resplendir chez Incantation et Vortex of End, il vient de Slayer, vous savez, ce groupe dont on entend magnifiquement fleurir l'héritage chez cet autre groupe de black/death français, là...
La malveillance, Vortex of End en nourrit son black à le faire dégueuler. Et le nourrit exclusivement de cela. La cruauté. Fvlgvr.Lvx.Terror est un album de black plus cru et nu que je ne peux m'en rappeler d'autre, comme ça, à brûle-pourpoint. On ne peut, certes, s'empêcher de penser vaguement à la violence maniaque d'Anaal Nathrakh ; Anaal est plus ultra-rapide, c'est évident ; plus heavy metal, aussi. Fvlgvr.Lvx.Terror n'a pas besoin de tout ce decorum, de cette pyrotechnie en 3D, de ces hyperboles. Fvlgvr.Lvx.Terror ce n'est pas du punk non plus, non ; juste du métal, noir comme votre champ visuel après avoir été foudroyé par les rayons du sample introductif, le plus tranchant et dur possible, sans blizzard, sans vikings, sans démons cornus, sans sodomies de vierges-mères imaginaires, juste des guitares mates et coupantes, des rafales d'arcs électriques qui vous carbonisent trop instantanément à la racine pour qu'on voie seulement l'éclair, des stroboscopes noir-fonte sur noir-sous-sol, la seule lumière aux vertus discutables venant des susdites sifflantes ; des lames nues, simplement forgées au plus tranchant possible et c'est marre ; et projetées au rythme du nerveux mitraillage du blast le plus sec et hargneux possible. Et je vous dis ça comme quelqu'un qui en général regarde ailleurs et pense à sa liste de courses ou à son rendez-vous chez le podologue lorsqu'il entend du blast, de la même façon que dans une conversation à trois où soudain les deux autres se mettent à discuter avec flamme du championnat de balle-au-pied ; mais c'est ainsi : la batterie vous déchiquette, la guitare vous cisaille le lobe frontal, le chanteur chante de la seule façon possible de chanter lorsqu'on joue du Slayer (ou du Profanator, plus spécifiquement encore) dans le noir complet en se faisant lancer des couteaux dessus ; et la basse - la basse, elle, vous cure les oreilles à la barre à mine comme rarement ni black ni death n'auront fait sonner basse.
Le seul autre groupe dont Vortex of End me semble ici se rapprocher, par cette façon explicite de monter le dragon à cru, aux lèvres un sourire carnassier sans aucune aménité, c'est Alien Deviant Circus. S'étonne-t-on alors vraiment - moi pas en tous les cas - de les voir sur le label qui publie les maléfices de raw-doom de Meilleur Bourreau de France de Cult of Occult, et le raw-doom de racailles des forêts pleines de tiques de Witchthroat Serpent ? Une autre idée du black, oui : la leur ; hors de toute contingence contemporaine ; une idée poursuivie avec une teigne farouche, une haine vénéneuse, envers et contre tout et insoucieusement de l'imbécile versatilité de ce tout. Ça pique un peu les miches, je ne vous le fais pas dire.

vendredi 2 octobre 2015

Temple of Baal : Verses of Fire

On ne va pas refaire encore et encore la querelle : de toutes les manières entretemps j'ai écouté Blaze of Perdition et à présent je le sais, j'aime ce qui est "dévoué", pas l'orthodoxe - vous avez remarqué ? je n'ai pas mis "donc", au milieu ?
Dans Verses of Fire, il y a de puissants airs de famille (la famille blackdeath parisien large au garrot) avec Arkhon Infaustus, beaucoup d'amour de Slayer - et une chose que ne possèdent ni les seconds ni les premiers : de la classe, ou plutôt, comme sur Mysterium, la dignité du servant plus digne que le maître, ce personnage dont Temple of Baal ressuscite superbement tous les mythèmes demi-oubliés mais bien ancrés dans l'inconscient culturel. Il y a, également, des leads heavy tellement belles que c'en est presque du doom - rappelez-moi, déjà, dans quel autre groupe joue Amduscias ? d'ailleurs quand on y pense, foi et trad doom, qu'y a-t-il que de très logique...  ? - il y a des cris en voix claire à vous donner envie de citer seulement Dirge ou des écrivains français du XIXième siècle, dans ce gabarit d'ulcère prométhéen...
Temple of Baal jouent leur sanguinolente et flamboyante partition luciférienne avec la justesse qu'on prête parfois aux acteurs, avec cette juste mesure, juste pile, qui donne envie de parler de sobre emphase, ce qui après tout dit bien quel point d'équilibre fragile et sur le fil c'est, et comme il est admirable de s'y tenir, à cet endroit qui ne devrait réalistement pas être, surtout lorsqu'on est bâti de façon aussi rustre et virile... Mais c'est que, tout comme sur Mysterium quoique dans des formes différentes d'hallucinations et d'apparitions surnaturelles, l'on sent vivement çà où là que les mecs pourraient tout à fait jouer du Deathspell Omega, ou du Ulcerate, ou du Slayer bien mieux que Slayer, même ; ou en somme encore un paquet d'autres choses (on repense à ces patibulaires apparitions de la basse, sur Mysterium, dont une fois en porte-flingue d'un sample non moins patibulaire, le tout prenant de surprenants relents de dégénérescences hardcore parisien du caniveau, type Eibon, Hangman's Chair...) et sont parfaitement au courant de ce qui se passe autour d'eux aujourd'hui ; et que c'est par choix - par foi, en ce qu'ils font, en le Dragon, ce que vous préférez - qu'ils jouent leur musique, à eux, inlassablement, brillamment, invinciblement. Éblouissant.
Le dialogue de l'Homme et du Dragon, vous pouvez me croire, ça remue, c'est quelque chose ; au moins à la hauteur de l'auto-unanime vote d'approbation totale que m'avait inspiré le groupe et la présence de son meneur sur scène, au moins la seconde fois (la première, qui remonte un peu plus loin si je en divague pas et qu'il y a bien eu première, j'avais préféré Arkhon Infaustus, palais grossier que j'étais). Bref : les différences d'avec Mysterium, voulez-vous savoir ? Il y en a. Suffisamment, si la question est celle que je subodore et espère : oui, vous voulez posséder les deux. Vous aurez bien assez de temps devant vous, lorsque vous les aurez, de les noter ces différences, les évidentes, les plus traîtreuses, et de vous émerveiller de la glorieuse toile sanglante qu'ils peignent à eux deux. Tempe of Baal, c'est le groupe qui en deux tomes te fait comprendre, avec une calbote étonnamment élégante vu la corpulence bestiale de qui l'administre, que le blackdeath n'est pas juste cette chose brutale définie par des machins de type Belphegor ou Behemoth, brutaux pour l'amour positiviste seul de la brutalité - plutôt une chose certes brutale (où  a de la gêne...), mais surtout redoutable, redoutablement aristocratique, discrètement raffinée (deux chroniques, et pas un mot sur ce fabuleux batteur, c'est fort de café !), sacré Français... tellement gourmand, en vérité, le blackdeath de Temple of Baal, carnivore, et jouisseur, qu'il en ferait presque passer ces pauvres Arkhon - qui vont finir par avoir l'air de mes têtes de Turcs alors que je les aime bien - pour les geeks coincés de la famille de la décadence parisienne. Bref : on ne va pas attendre de conclusion ici, elle ne veindrait jamais, on n'aurait jamais fini de parler de pareille musique, qui touche au plus intangible : la saveur. Venez fréquenter le Temple de Baal, et faites pas chier.

jeudi 1 octobre 2015

Temple of Baal : Mysterium

La comparaison, disais-je, s'impose, entre ce disque-ci et l'album de VI. Black metal, parisien, sorti chez Agonia, à l'automne 2015. Bien.
J'ai fort bien compris que Temple of Baal ne jouaient pas du black metal "orthodoxe". Ce n'est pas un problème. Ce qui me pose un problème, en revanche, c'est que l'on définisse ce qui appartient à ladite sous-catégorie par la dévotion ; semblant ainsi par rétro-transitivité disqualifier en dévotion tout ce qui ne joue pas le solfège de l'orthodoxie négro-spirituelle - Temple of Baal, par exemple.
A moins, bien sûr, que par "dévotion" l'on entende en fait "tarlouzerie", et prédilection à exprimer sa supposée foi par le bon choix de l'illustrateur de pochette doté de l'agrément ministériel, de l'inspirateur de riffs et du metteur en son. Parce que, pour sûr, Temple of Baal l'a, la foi, et la dévotion - en Satan, et en le hard - car oui, Temple of Baal n'a pas oublié que jouer du black metal, enfin, bon, voilà... à la fin ce sera toujours jouer du hard, quoi ; ça ne veut pas pour autant dire qu'il y a une ballade comme chez Watain et Satyricon, je vous vois venir. Le sentiment religieux de Temple of Baal est plus rustique que celui de VI ou Ascension - d'apparence tout du moins, diable, c'est qu'il y a du thrash et du death là-dedans cette impureté de disque de péquenaud ? et alors ?

...Mais chacun le sait, les intentions de mise au point et de règlement de comptes imaginaires font de très mauvais textes. Et un très bon disque tel que Mysterium ne mérite pas un très mauvais texte. Pas un disque semblant ainsi fait, comme on l'est de sa personne, pour, grosso modo, les fans de black metal tel que le définissent les premiers Gorgoroth - mélodiquement grandiloquent autant qu'il est porté sur la violence effrénée - et qui au bout du compte affole un fan des derniers - avant la désastreuse réanimation, s'entend - ceux où Gaahl et King prirent le pouvoir avec leur extravagance sanguinaire, tout en paraissant dans son éloquence couleur de flots de sang charrier à la fois la rigueur bestiale de Creeping et la ténébreuse bellâtrerie de The House of Capricorn ; un disque qui, si l'on doit le rattacher à quelqu'un dans la famille parisienne, campera plutôt une forme d'étrange jumeau d'Aosoth - le maître, le dandy barbare en proie à la confusion où il se prend peu à peu pour son mâtin, face auquel on voit en Mysterium le molosse se changer en ténébreux voïvode au cœur tourmenté par la violence d'une foi de proportions prométhéennes - Gary Oldman, Harvey Keitel et Tom Sizemore en un seul bonhomme de disque, cousin à la mâle mauvaise humeur du dernier Decline of the I.
Aussi, sûr que là-dessus, sur la dévotion - afin de préserver la paix des chapelles, je m'amputerai d'un membre de phrase provocateur - difficile de faire mieux qu'un disque qui conjugue la foi black et la foi death, laquelle n'a pas grand chose à lui envier, lorsqu'elle est à son heure de splendeur : le black, aux origines, c'est du death, si jamais il fallait le rappeler une énième fois (du death qui proclame sa foi... du death orthodoxe ?). Et voilà en vérité un homme qui parle à Satan, avec volubilité même - et pour qui la réponse importe. Voilà qui est beau. Qui donne envie de s'enflammer avec lui ; ne fût-ce que pour s'exclamer que pareil amalgame du black, du death et du thrash ne pouvait qu'être beau par définition - alors que c'était tout sauf gagné, quand on voit les choses navrantes qu'on se farcit régulièrement en black-death et en thrash-black... Mais Temple of Baal est magique. Et à ce stade vous êtes sensés l'avoir compris. Soyez pas idiots : les laissez pas vous passer à côté aussi longtemps que moi. Ils n'ont pas besoin de vous, eux. Mais ils vous offriront la lumière avec générosité.

Partisan : Partisan

Qui c'est qui qui n'a pas son groupe de "post-punk", qui ?
Allons bon, mêmes les membres de groupes que j'estime qui s'y mettent, à présent, des Rise & Fall et des Oathbreaker cette fois... Bon, c'est même pas franchement mauvais, Partisan (ce qui, si on est juste un peu fin, sous-entend que ce n'est pas franchement bon), c'est même probablement un peu meilleur que le dernier Ceremony, peut-être que je finirais par trouver ça pas mauvais du tout si jamais d'aventure je trouvais - rêvons - la motivation pour l'écouter plusieurs fois, ce machin de post-Times-of-Grace avec une voix à la Interpol... mais ça commence juste un peu pas mal à n'avoir plus aucun fondement ni sens, cette histoire de post-punk, entre ça, Publicist UK (non mais vous êtes sérieux ? Relapse ? Dave Witte ?), le triomphe de cet idiot de Khvost...
On en est au stade de néant absurde que l'on appelle le stade "Plèvre", dans ma langue à moi. Faire ça à ma cold-wave, moi je trouve ça moche, si vous permettez.

mercredi 30 septembre 2015

Ondskapt : Draco Sit Mihi Dux

Le black metal vampire, soyons direct : y en a pas lourd. Y a les disques d' Ebonylake, et y a ça. Le premier Ondskapt, c'est pas mal Le Bal des Vampires, nettoyé de sa pitrerie - l'impression réellement effrayante qu'il m'a laissé, au moins à moi, au moins vu môme.
Alors vous imaginez une manière de goule folle qui court, valse ou titube, on ne sait trop, un peu partout dans le noir de son vaste caveau poussiéreux en poussant des haut-le-cœur et des cris d'orfraie tandis qu'elle se cogne aux toiles d'araignées en craignant chaque fois que ce soit encore un de ces murs durs et glacés... et vous laissez la parfaite pochette et l'impeccable titre faire le reste, pour ce qui est de vous tisser tout ce qui se peut tisser autour de votre esprit recroquevillé d'excitation.
Merci.

dimanche 27 septembre 2015

Halshug : Blodets Bånd

Comprimé sécable.
Odeur d'après-rasage.
Entretien d'embauche.
Boutros Boutros-Boutros est le chef de la pègre, un clown dans une bouche d'égout le majeur chapeauté d'un dé à coudre. RH junior l'assiste. Petits seins dou-dou-di-dou-di-dam, chatte rasée blanc de poulet. Forniquons, prête-moi ton corps pour faire du sport, penses-tu, mais tu sais te tenir. Tu as déjà été au restaurant. Elle se rode, apprend les rudiments du métier. Tu réponds à ses questions bateau par des réponses bateau. Niafron interrompt la bataille navale et t'offre un collier de nouilles car, dit-il, les produits en limite de fraicheur sont à - 50%. Crève, va te faire exploser la gueule sur Mars, penses-tu, mais tu sais te tenir. Tu as déjà été au restaurant.

Défaite.
Solitude.
Tu files un melocotón, peón.

De la béquille au déambulateur.
Du déambulateur à la chaise roulante.
De la chaise roulante au lit médicalisé électrique.
Du lit médicalisé électrique au crématorium.

Ni fleurs ni couronnes, une chopine par personne.

samedi 26 septembre 2015

VI : De Praestigiis Angelorum

Je vois le malentendu, à présent : je n'avais pas correctement compris ce que c'était, que l'on appelait "le black orthodoxe". Je n'avais pas compris que, sans vouloir en revenir encore et toujours à mon analogie avec les auteurs chrétiens blacklistés façon changement de trottoir quand je te croise par la chrétienté, que sont Huysmans et Barbey, les seuls groupes que je goûte dans la famille - Ondskapt, Funeral Mist, Mortuus, Merrimack, Watain à partir du moment où ils deviennent du heavy metal mais l'assument contrairement à la plupart des groupes de black - sont un peu les moutons noirs ou les cousins perdus de vue, dans la famille.
Et que le black orthodoxe, et son fameux climat, non pas dévoué, mais dévot, voire dévotionnel, voire dévotionnaliste, ce n'est pas la ferveur bouillante (qui justement, elle, est plutôt dévouée, en toute simplicité, mais l'amateur de black éduqué dit "thrash") du nouveau Temple of Baal, pour prendre une comparaison qui s'impose aisément par la période de parution, le label, le réseau des musiciens, et disons le volontiers le nombre de morceaux écoutés jusqu'ici par l'auteur de ces lignes - mais c'est ça : VI, et toutes ces choses intelligentes, élégantes et de bon goût à la Ascension. Soit, pour citer un commentateur : "si on aime Manowar..." - mais qu'on n'aime pas bien la sueur, ni aucune forme d'effort physique (ça tombe bien, le seul exercice sportif auquel vous contraint cet album semble être de lever les bras vers le ciel et ne les plus bouger) ; si on aime les choses immodérément épiques, grandiloquentes par-delà le ridicule, mais qu'on n'aime pas bien les postillons dans la figure, l'haleine envahissante qui va avec, et généralement toutes les émanations corporelles. Si l'on aime l'emo, mais pas trop les effusions trop collé-serré, si ça ne vous dérange pas, Monsieur : satanisme oblige ; dévotion oblige.
Si l'on aime, en somme Deathspell Omega dans ce qu'ils ont de plus plat et emmerdissime - soit, certes, Paracletus, mais plus encore le fameux et incompréhensible Si Monumentum, qui passe faut-il le rappeler pour une sorte de sommet et source de toutes choses pour les orthodoxes, si je ne m'abuse - ... mais qu'on trouverait ça encore mieux si tout cela était casé dans des morceaux de Manowar - Immortal, ou Emperor, si vous préférez. Si l'on se dit qu'on aimera The Ark Work le jour où il sera entièrement repris par un vrai producteur metal ; ou Arrow in Heart le jour où il sera purifié de ses scories neurosiennes à dreadlocks coagulées au sang.

Ceci dit, encore une fois, je n'ai entendu que deux morceaux du ci-devant album. C'était déjà bien assez, merci (imaginez la diarrhée que vous auriez dû lire si j'avais dû aller au bout). A présent j'ai l'envie qui me démange d'écouter un truc war metal du Tiers Monde resté en adoration devant les écrits les plus douteux de Pete Helmkamp. Je ne vous félicite pas.



P.S : mais aussi, j'aurais dû m'en douter ; autant que Dead Congregation nous a cuisamment rappelé qu'il était inutile d'attendre quoi que ce soit d'un album dont le titre comportait le mot "promulgation", autant ici l'affaire était plié au mot "prestige" - il s'agit bien de ça...

mercredi 23 septembre 2015

Deiphago : Into the Eye of Satan

J'aurais pu dire qu'on a la vague impression d'écouter Angelcorpse et Abscess en même temps...
Mais à ce niveau-ci, de barbarie, il n'y en a véritablement pas des masses. Bellum Omnium Contra Omnes, dont Deiphago rappelle ici la démence belliciste inspiratrice d'un étourdissant sentiment de malaise, de peur et de souillure - et la violence pathologique insane de Genesis of a Satanic Race, pathétique, grotesque, et non moins pour autant terrifiante et salissante.

Et c'est tout ce que vous avez besoin de savoir.

samedi 19 septembre 2015

Chelsea Wolfe : Abyss

Un papillon de nuit flottait à la surface
D'un bol de café froid sur une table oublié
Confondu par l’avancée de l’aube abhorrée
La sagesse dévoyée par une funeste angoisse
Au cœur de l'astre noir le gris-de-poudre avait cru
Trouver refuge au jour et planche de salut

Les ailes détrempées de leur long déployées
Fondues comme hosties sur langues de bigotes
Confirmaient l'axiome qu'aux malheureux ptérygotes
La brasse papillon est fort loin d'être innée

jeudi 17 septembre 2015

Valborg : Romantik

Mes braves petits Valborg. Leur inimitable machin commençait à tourner un peu en rond ; ce qui était d'autant plus triste : on sentait bien que ledit machin ne pourrait jamais, par essence, verser dans le mauvais goût ni le mauvais tout court - et que pourtant l'on n'en allait pas moins, aussi triste fût-il, finir par s'emmerder, pour le dire de façon un peu moins exquise que leurs manières. Ils sont donc sorti du bois, avec un audacieux album du nom de Necromachin que je ne retiens toujours pas - et d'une abominablement plate vulgarité. Un grand courage, qui leur aura par ailleurs été salutaire, puisqu'il leur aura donc permis d'aller en quête - réussie ici-même - de leur inspiration et de retrouver leur bon goût et leur impossible élégance, ailleurs que dans leur mystérieuse et sombre futaie natale.
Ici, c'est avec un Romantik - toujours les albums concepts massifs, vous ferez vous-mêmes les blagues épaisses à base de consonnes contondantes sur le Germain, je suis assez peu doué pour l'exercice - en forme d'improbable et idéal équilibre somnambule entre Rammstein, tout ce qu'ils peuvent avoir de beau et de solennel, et rien que ce qu'ils peuvent avoir de beau et de solennel - et de la new wave bien érotomédicamenteuse ; moyennant quoi, dans cette sous-catégorie libidineuse de la sous-catégorie hybride que l'on nomme dark-metal, ils mettent une délicate et dolente raclée à tous les - louables mais toujours désastreusement maladroits à un moment ou à un autre - efforts de Tiamat, Moonspell, Tryptikon... Tout cet inéluctable et si gothique sentimentalisme pressant qui vient avec le vampirique thème du disque, se mariant avec une harmonie confondante - tout ce blanc, bon sang... - avec l'austère, sévère âpreté de chœurs montagnards dans la façon d'Ekpyrosis, et signant une bande-son parfaitement évocatrice, non pas du sempiternel Nosferatu de Murnau - vous l'avez vu, vous ? moi pas - mais du narcotique climat de celui de Herzog... dont il montre d'éclatante façon un cousinage qu'on n'avait jamais eu l'heur de remarquer avec l'ambiance non moins stupéfiante et assommante de 2001 - que de blanc, sacré nom ! - en en transposant ainsi sans douleur la vieilloterie grinçante et poussiéreuse dans un futur non moins vieillot, grinçant, et neurotoxique ; sans oublier au passage de faire resplendir la sublime lumière  de la grandiose nunucherie laiteuse de Vangelis... et d'en faire enfin voir et ressortir dans le même temps le livide teint de maladie et de morbidité, digne d'un Anna-Varney subitement doté d'une virilité impérieuse non moins qu'exquise de délicatesse ouatée. Laquelle tout comme l'album vous gagne peu à peu, vous envahit tout en insidieuse et doucreuse suavité, vous imbibe, vous infiltre, vous contamine de son effrayante douceur.
Triomphal, rien moins.

vendredi 28 août 2015

Zebras : The City Of Sun

Pourquoi ?
Pourquoi n’étaient-ils pas sur la liste ?
Ça avait cogité dans leurs petites têtes de zèbres. Créatures d’un créateur oublieux, ils se sentaient rejetés.
Normal. Pas sur la liste, non mais allô quoi.
Le mal de mer, la malbouffe, la promiscuité, l’hostilité générale, les chants du patriarche ivre en pleine nuit : tout avait conspiré à exaspérer leur aigreur et accentuer leur paranoïa.

Le scribouillard de service ne consignera pas cet épisode dans le livre des livres mais on avait d’abord soigneusement trié les animaux et débarqué les herbivores, brouteurs et autres inoffensifs. Les prédateurs furent plongés dans un coma artificiel jusqu’à ce que, leurs proies en nombre suffisant, leur subsistance puissent être assurée.
Gros cul, gros seins, oreilles décollées, l'arrière-petite-fille du soulard avait désigné, au loin, un pied de l'arc-en-ciel : là trouveraient-ils la cité du soleil. Là trouveraient-ils bonheur et prospérité, en veux-tu en voilà. Tous avaient galopé, seuls les deux flippés n’avaient pas gobé la fable ; ils errent depuis sans but en ruminant leur rancœur