lundi 23 février 2015

Cowards : Rise to Infamy

Lorsqu'on reçoit enfin son exemplaire commercial de Rise to Infamy, on se dit que faire la promo de n'importe quel disque produit par Francis Caste sur des formats transformés, qu'ils soient mp3 en 128 cacas ou flac, devrait être passible de peines de prison ; mais que dans ce cas précis, plutôt d'une médaille du type qu'on donne aux pompiers : il est en effet probablement procédé ainsi pour éviter à ceux qui ne l'écoutent que par obligation, et ne sont pas suffisamment cons pour s'infliger ça de leur plein gré, de subir ce que l'album a pour seul intention à votre endroit : vous lacérer les tympans. Et vous mettre, par cette entrée, votre petite pulpe mignonne de psyché à sac.
On a suffisamment dit que Cowards n'était pas Kickback, eux-mêmes le disent très intelligemment lorsqu'on leur pose pour la what-millième fois la question, c'est donc uniquement par vice qu'on va le répéter : Rise to Infamy montre Kickback pour les talentueux émules d'AC/DC qu'ils sont - version foot-ball - et un groupe avec lequel ils partagent peu en dehors de l'amour de Sade. Mais ce n'est pas la seule chose que Cowards n'est pas. Cowards n'est pas non plus Converge malgré de faux airs de ressemblance dans la violence hallucinée qui ont trompé par exemple Marko Pvalovic soi-même, pourtant amateur averti du travail d'orfèvre de l'ordure de Monsieur Caste - et à peu près pour la même raison : Cowards ne surligne pas, rien, ne théâtralise pas, ne narrationne pas, ne théorise pas, ne professe pas, ne prophétise pas. Rise to Infamy, comme a dit un quelqu'un qui n'avait pas oublié de se servir de son trouillomètre, aurait plutôt à voir, à la rigueur, avec le dernier Aosoth, en ce qu'il tient du cauchemar à l'état brut, de la course dératée et chaotique à quatre pattes cul nu dans les ronces - sauf que bien sûr, Cowards n'est pas non plus black metal, ni univoquement sludge - pourrais-je encore me retrancher derrière mon sempiternel et sentencieux "Ecce Hardcore !" ? Même pas sûr. Cowards ne serait sans doute pas là sans un certain nombre de groupes, certains cités ci-dessus, d'autres pas ? Voire. Cowards sont-ils réellement quelque part ? Cowards est nulle part désormais. Cowards cette fois a trouvé sa musique et la tient aussi amoureusement que la gorge de la pochette. Cowards ne joue plus rien d'autre que du Cowards, oui Madame, il y a ici tant de petites choses discrètes - et malfaisantes - qui ne devraient ni être là ni encore moins ensemble, sans haute surveillance policière qui plus est - que dire de cette touche hip-hop dans la batterie, que je n'aurais probablement jamais remarquée sans une interview (encore...), et qu'on ne voit plus qu'elle ensuite, tellement elle s'impose comme une évidence et une nécessité de nature, dans ce disque-chat de gouttière tout hérissé de rasoirs non rétractiles.
Si Crowbar était un groupe de jeunes thugs élancés voire carrément émaciés ; si les larsens voulaient encore dire quelque chose ; si le black metal savait le sens d'une ligne de basse, grêle et vicelarde ; si sludge et Pantera pouvaient se marier sans que leur fruit de leurs salissantes noces soit aucunement en rapport avec aucune gaudriole, si l'on pouvait plutôt danser avec le diable au clair de lune, et lui tailler par en-dessous une belle boutonnière de sagouin... Eh bien ce ne serait probablement pas Rise to Infamy. Rise to Infamy saute à la gorge de Crowbar - vous savez, le groupe de hardcore ? - le fout à terre, s'assied sur lui, lui démolit le portrait et lui chie dans le cou. Rise to Infamy rosse à peu près n'importe quel disque de sludge rouleurs d'yeux malades avec du hardcore sarcastique (et qui donne rien qu'un peu envie de se réécouter le dernier Eibon, l'air de rien), et n'importe quel disque de hardcore congestionné avec du sludge alerte et l’œil allumé. Tout à l'instinct.
Et pour autant... si l'on a pu volontiers croire, au début, que Rise to Infamy était la façon de Cowards d'avouer que dans le black & blue qui était la vraie couleur de leur musique ils avaient choisi le noir... On s'est trompé, il a fallu en convenir. Le bleu est là ; toujours le même, couleur de nuit. Le regard y tâtonne, y palpe à la façon d'un aveugle autour de lui comme pour savoir si c'est un ami qui s'avance ou s'il va encore cogner comme un sourd. Si l'on a cru que blues voulait dire musique de vieux nègres photogéniques qui pleurent, ou de blancs bedonnants qui se tripotent la Gibson, toutefois, des déconvenues sont à prévoir. Sévères.

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