samedi 21 février 2015

Liturgy : The Ark Work

On ne va évidemment pas débattre de la trve innocence et simplicité de Hunter-Whatsisnameagain : si les musiciens qui font la bonne musique sont en sus des types sympas voire de potentiels potes, c'est du bonus, et c'est tout. On s'en branle, et pas qu'au fond. Je veux dire, Filosofem est un grand album.
Et Hunter Whatsisname présente autant de juvéniles ressemblances physiques avec Christian Vikernes que The Ark Work en présente avec la verdeur synthétique de Filosofem, au passage.
De toute façon, il est très probable, de ce qu'on ne peut éviter de savoir du gonze, qu'il a tout un concept post-sophistiqué derrière ce nouveau disque. Et on s'en branle. On se branle de rappeler une énième fois qu'accomplir l'hérculéen travail qu'il faut accomplir, pour que le résultat sonne simple, est encore plus admirable - que quoi ? Parce qu'on se branle aussi de savoir si techniquement le dernier e.p. d'Urfaust est difficile à réaliser ou pas : regardez un championnat de ce que vous voulez, si c'est le genre de question qui vous fait vivre. Ecoutez Sarpanitum. Apprenez à faire des noeuds pour vous pendre. faites un truc techniquement technique, genre balaise, qui vous éclate, quoi.
Parce que The Ark Work est d'une simplicité formidable. Voilà tout. The Ark Work c'est le black metal non pas pour, mais par les enfants. Des mômes indiens autistes au teint blême qui ont vu parachuter sur leur réserve en déshérence dans le futur des synthétiseurs Fisher Price ; et se mettent à taper dessus de toute la force du sentiment de l'univers qu'ils ont en eux. Toute la gamme des émotions des enfants, entre 0 et 8 ans au moins, est là, pure, ridiculement intense, violente, perçante, douloureusement joyeuse, obsessionnelle. Et on a envie de dire que c'est la plus belle et simple des honnêtetés lorsqu'on joue du metal, musique d'émerveillements enfantins s'il en est - à part bien sûr pour le doom, qui est une musique d'hommes divorcés ; l'ultra sick pour les primo-divorcés, le tradi pour les cumulards. Bref, The Ark Work c'est la fibre épique à son état le plus pur, élémentaire, aussi nu qu'un nerf dans une dent qui a perdu son émail - et on sait comment Aesthetica déjà montrait Liturgy comme le groupe qui joue directement au milieu de vos filins nerveux qu'il tape tel Martin Gore sur des tubes métalliques.
A moins qu'en fait ce ne soit plus du black metal malgré les apparences, mais du rap d'angoisse primale ?
Bon, comme on le sait, les enfants, surtout si jeunes, ça renverse des trucs. Si vous n'aviez pas rangé tous ces petits bibelots, merdioles et gadgets inutiles, vous ne pourrez vous en prendre qu'à vous : dites vous qu'en même temps, ça débarrasse. Bye-bye Deafheaven, Wolves in the Throne Room... j'en oublie, à commencer par Extra Life au titre de contre-exemple pour ce qu'on disait sur la simplicité du résultat si non de la conception - mais ce sont là les trucs les plus fragiles qui vont morfler le plus vite et impitoyablement, les enfants ne connaissent pas trop la pitié, la patience, ni la politesse.
Je ne conclus pas, vous vous doutez bien, de toutes manières on ne fait pas des conclusions après un pareil album, on court prendre un château-fort à la force de la chamade qui menace de vous défoncer la grêle cage thoracique, ou si besoin en tapant dessus avec son front.

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