dimanche 8 février 2015

Urfaust : Apparitions

Satan, t'es gentil, mais tu rentres chez toi, ta maman t'a préparé un flan ; surtout que, je suis sûr, t'as toujours pas mon blé...
On pourrait, j'imagine, voir quelque chose de metal dans ce maxi d'Urfaust, dans cette rencontre prodigieuse qu'il opère entre un état de grâce de moine orthodoxe et une odeur de stupre antique renversante et ensorcelante... Sauf que justement le metal en aurait fait un prodige ; le metal fait les choses à sa façon sensationnaliste - et c'est très bien comme ça - et il ferait de pareils morceaux un blasphème, une profanation, une désécration, une collision cataclysmique et épique, que sais-je...
Les morceaux d'Urfaust, eux, ne voient pas le paradoxe, dans ce qu'ils contiennent ; que l'harmonie, et la grâce, à laquelle ils sont tout entiers consacrés, et qu'ils haussent à des hauteurs séraphiques, puisqu'ils sont une cathédrale divinement élancée, un abîme de volupté, l'âme et le corps soudés et glués dans une étreinte douloureusement totale, et il convient à tout cela de ne laisser la souillure d'aucune cheville oxymorique pour l'articuler : l'articulation ici n'est celle que - répétons nous volontiers, nous n'en avons pas davantage peur que ne l'ont ces morceaux qui ont la simplicité naturelle du génie - des gestes fluides de la grâce, du divin, du plus grand naturel où l'esprit peut se mouvoir : dans la suspension, l'extase, la joie en concentration toxique, la combustion instantanée et sans fin. Et c'est tout. Il n'y a pas à compliquer plus longtemps pour se donner de la contenance et de l'épaisseur intellectuelle ce qui est parfaitement simple et simplement non négociable. Est-ce qu'un cône d'encens se raconte des histoires sur les péripéties et les enjeux de ce qu'il vit ? Brûlez, merci, bonsoir.

NB : l'auteur de ces lignes n'a rien contre le metal, il en écoute pas mal et ça fait 22 ans que cela dure.

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