mardi 3 mars 2015

Decline of the I : Rebellion

Je crois bien avoir lu comparer Decline of the I à Diapsiquir, quelque part dans le merdier numérique. J'aimerais que ce soit une blague même si je comprends, hélas, trop bien qu'on puisse le faire ; parce que commencer à jouer à Pif et Hercule avec ces deux-là risque à mon sens de tourner désagréablement et promptement au désavantage de Diapsiquir, et que j'aime beaucoup ANTI.
En effet, à ce petit jeu de chicanerie, Decline of the I est un peu à Diapsiquir ce que Cowards est à Kickback. Car, n'est-ce pas, on se carre un peu totalement de savoir qui est né dans la tess' et qui dans les beaux quartiers, voire - horreur ! non trve-itude gangsta ! - en province : aujourd'hui tous ces putatifs b-boys et rois du Tacchini sont des gens très avertis et cultivés en toutes choses déviantes et raffinées.
Decline of the I a pour sa part le mérite de l'assumer, son érudition, sa culture, sa cérébralité, et ce n'est pas une question d'attitude dont je parle, chose dont, devinez ? Je me carre total, gagné. La musique, puisqu'encore et toujours elle seule importe, en profite. Pas qu'un peu. Car Decline of the I assume ses références littéraires tout comme il assume un certain patrimoine musical franchouillard guindé et ses clichés, les tableaux de valse triste sur Champs Elysées un petit matin sous l'Occupation, Ronsard au bras de Gilles De Rais, le fichu enculé et le vieux salopard  - mais tout ce nihilisme et ce négativisme extrêmes après tout n'en sont-ils pas deux beaux autres, de clichés ? - et les met au service - royal - d'un black metal lui aussi assumé, contrairement à je ne vous le fais pas dire - lui qui est si au-dessus de tout ça, au moins le croit-il.
Je n'affectionne pas les démonstrations donc vous devrez me croire sur parole, mais comment ne pas adorer un album qui réussit à la fois à vous émouvoir, à en serrer et lacérer le cœur, par un hommage funèbre bien réel et explicite à une personne que vous n'avez jamais connue de près ou de loin, et à vous faire sentir sali, avili, gagné à la cause éternelle de la maladie et du vice comme un bon disque de black devrait mais aucun ne l'a fait depuis... un bail : Skandinavisk Misantropi ? Ou alors carrément la découverte de Panzerfaust et Destroyer en guise d'initiateurs ? A moins que tout simplement Inhibition - à propos de qui maintenant que j'y repense j'avais déjà suffisamment cité Skitliv...
L'album est en permanent va-et-vient ainsi entre la beauté, tragique bien sûr, condamnée, voire les moments de somptueux perçant comme un stylet de verre ; et pulsion de nuire - oh, la malignité de ces intrusions techno toujours plus grêles, malades et crevardes, gothiques en un mot (merde, le début de "Deus Sive Musica" si c'est pas du Doll Doll Doll !), de ces tambours neurosiens sinistres qui parfois même se mettent en cheville avec les précédentes, de ces récitatifs death-rock malades, de ce final chutant allègrement dans la démence hémophile et Barbe-Bleue, un peu ridicule comme la nudité, terrifiant comme elle, puis bien peu sont ceux qui peuvent risquer d'évoquer Diamanda Galas, et s'en tirer...
Sans même parler de réussir ainsi à tout entrelarder un disque de black metal de motifs mélodiques après tout folkloriques, et que ce soit non seulement mieux que digeste, mais encore subtil, suscitant tous les différents niveaux de la franche vague réminiscence - j'ai dit, qu'on parle de musique ambigüe ? - au carrément subliminal violeur.
Et l'air de rien Rebellion met les couilles qu'il faut - i.e de chien errant - au cul de son black existentiel - il faut bien ça si l'on s'aligne aux côtés des premiers Cure, réécoutez-les - voire du black tout court, dont il n'a besoin d'user d'aucuns des colifichets et tours du Puy-du-Fou religieux, pour exprimer toute la haine écorchée, la lutte quotidienne contre les éléments et le caniveau, la dimension en un mot piétonne. Évidemment, disposer parmi son crew de chanteurs de  Georges la bête humaine, le désanusseur lycanthrope d'Eibon, facilite un peu certains pourparlers musclés ; Eibon avec qui d'ailleurs, ainsi qu'Ataraxie, ils partagent une certaine odeur d'années 20 de cauchemar (ne me signalez pas que ça contredit des choses que j'ai dites plus haut, je vous en prie : on parle d'univers mental, merci).
Et ce, comme dit plus haut, sans avoir la pleutrerie de nier son intelligence et la sophistication de son esprit. Decline of the I continue d'ailleurs, par choix à n'en pas douter, de s'appuyer et s'appesantir sur une conséquente quantité de samples de monologues, par choix et conscience de son caractère pétri intimement de mots, de questionnements, de vertiges et d'aigreurs, mais les utilise cette fois moins in extenso, davantage en bottes savantes, et n'a plus besoin d'invoquer des choses aussi reconnaissables qu'Eustache, Mesrine et Drieu, tant il est désormais en pleine jouissance de sa propre appartenance à une certaine identité, une empreinte, une pensée indéniablement française.
Non certes, rejouer la vieille querelle entre vile délinquance de débardeurs et haute criminalité en gants blancs ne sera pas une idée juteuse, et l'on ne comparera pas Decline of the I à Diapsiquir. Rebellion se suffit très bien de ce qu'il est : un farouche disque de grand black metal ; au rang de Leviathan et de son pharaonique cinglé de nouvel album, facile ; offensivement intime à l'image de ce dernier (ou de Diapsiquir), à la différence que, vous savez bien, nous autres franchouilles, on ne se toilette pas beaucoup la pilosité et on mange odorifère...

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