dimanche 29 mars 2015

Lightning Bolt : Fantasy Empire

Puisque je suis devenu un honnête homme, si pas encore tout à fait un homme honnête, je me dois d'avouer que je me suis dispensé d'écouter quelques uns de leurs albums, pour statuer que Lightning Bolt est une attraction et qu'un disque d'eux sur mes étagères remplit amplement tous les besoins - puisqu'ils ne sont pas même votre classique "groupe qu'il faut surtout voir live", en fait : en live, si vous n'êtes pas au tout premier rang et décidé à défendre ce statut dans le langage des coudes, c'est encore plus emmerdant que ce n'est sur disque, de la bouillie musicale clapotante pour de la bouillie humaine clapotante. Et sur disque, bien sûr, c'est votre habituel "groupe qui a une seule chanson" - et celle-ci comporte une seule note, frénétiquement grattée sur une seule cavalcade percussive hyper-frénétique : un jusqu'au-boutisme, qui touche au génie pendant le temps d'un disque, et au soufflé de cheddar éventé si on se risque à en écouter un autre.
Mais ici, tout a changé. Lightning Bolt sont toujours Lightning Bolt, à savoir ce laminoir, ce robot-râpe de cuisine multi-lames en folie, cette machine à laver le linge surmenée ; mais on dirait cette fois qu'ils ont mis dans les morceaux le kaléidoscope de couleurs qu'on avait coutume de trouver plutôt sur leurs toujours excitantes pochettes ; et, comme à travers justement le hublot d'une machine à laver, de voir dans un réjouissant et bondissant capharnaüm se chahuter comme des chats dans un sac des éclairs de toutes sortes de couleurs, du Prodigy, du Europe, du punk grind fortement teinté de TxFxDx, du Parts & Labor forcément, beaucoup de Therapy? époque Teethgrinder pour notre plus grand ravissement, du God, du Slayer inévitablement qui finit par émerger, du Oozing Wound qui se fait retourner comme une chaussette et rompre les os... le tout finissant comme de juste par susciter la même sensation de dégueulis hallucinogène qui a fait leur renommée, mais qui pour gagner cette fois en définition dans ses mouchetures ne perd rien en personnalité, bien au contraire, et donne une inédite saveur longue à leur musique de canards soumis à un cocktail bien frappé de crack et de pcp ; sans en rien enlever en fureur brute : si auparavant par leur mongolisme extrémiste Lightning Bolt pouvait sonner d'une certaine façon comme une version sous poppers de The Body, à présent voilà qu'ils sonnent comme The Body invités à partager des poteaux de speed avec Motörhead. Pas sûr de savoir lequel des deux est le plus flippant - et irrésistiblement galvanisant.

3 commentaires:

hern42 a dit…

ca me ravi que quelqu'un ait le bon goût de citer God dans les références de temps en temps et du coup je vais y jeter une oreille, à ce disque. (parce que je pensais aussi que LB c'était la même chanson et le même disque over and over again...)
yrs truly,
h42

hern42 a dit…

flute, il y a un t à "ravit"...
h42

gulo gulo a dit…

Je sais même pas pourquoi je l'ai écouté, oui ; et dire que j'aurais pu passer à côté... la boulimie a du bon parfois.