mercredi 1 avril 2015

Alien Deviant Circus : Ananta Abhâva

Je préviens, ça va être un peu mal cousu aux entournures. Moi les bons disques, arrive un moment ça m'épuise ; alors je vous parle même pas des très très bons, où tout est à sa juste place et les étoiles s'alignent.
Autant le Liturgy est un disque foncièrement black metal, quintessenciellement même, fait avec des composants super-pas black metal, autant cet ADC utilise des composants black metal pour faire le disque de techno que Hecate n'a pas tout à fait réussi avec le - très bon néanmoins - Brew Hideous. Azat est fondamentalement un teufeur - dans son cas, au sens d'amateur hardcore (hin, hin...) de la musique, puisque le gars apparemment ne goûte pas les teknivals, ce qui paraît assez approprié pour un dreadeux qui port le bracelet clouté - ça s'entend, gros comme un camion dans la tronche, et il a réussi ici à parfaitement intégrer à la techno hardcore des... composants black metal, il n'y a pas d'autre mots, pour ces accords, ces harmonies... et non pas tout à fait ce son, même s'il s'apparente d'évidence toujours à s'y tromper au negro-spiritual norvégien le plus maladif, presque autant que sur le poisonneux Satanic Djihad - puisque même lorsque les motifs de guitares entendus approchent presque de mériter la dénomination de riff, ils n'en sont toujours pas, et restent typiquement des motifs techno, une trame continue et ensorcelée utilisée pour orchestrer une aliénation transcendantale où dissoudre son auditeur. Il paraît (il apparaît aussi, rien qu'un peu, voyez le titre du machin) qu'Azat est inspiré par la musique indienne, à propos de transe, et je ne connais rien dans le domaine, mais j'ai envie de dire que ça s'entend, déjà dans la réussite totale de ces menées hypnotiques, puis ce doit bien être pour quelque chose après tout que je pense sans raison apparente aux vieux Neurosis, et à leurs images d'immolations, de canicules mystiques et de foules pouilleuses grouillantes. En revanche, après ça, vous ne verrez plus jamais "Transylvanian Hunger" de la même façon ; et vous aurez pourtant l'impression de l'avoir toujours su sans le savoir. Tout était là, le passage attendait, mais lui seul a su le voir et l'emprunter.
... Et, pour couper encore plus court à toutes les conventionnelles courbettes logiques rituelles (hin, hin) supposées faire avaler son propos : c'est sublime. Ce qui, considéré que dans le style qui est supposé être celui d'ADC, le résultat tient la plupart du temps du big beat, de KMFDM ou du mauvais Punish Yourself, est inespéré ; j'imagine ; mais encore une fois, rien que le nom, Alien Deviant Circus, sonne bien plus free party que Wacken Open Air. Et le style d'Ananta Abhâva, ce sont non pas le metal, mais les choses sales : Hecate, Abelcain, Fringeli, les vieux Vsnares bien venimeux et pervers, et toute la glorieuse époque du breakcore occulte et souillé du label Zhark. Ananta Abhâva plus encore que certain VVorld VVithout End lève impudiquement, voracement le rideau sur tout ce qu'il y avait de malin (je ne parle pas d'un dénommé Manu) dessous tous ces rituels à base d'info-lines crachotantes et de portiques de RER sautés en hordes dépenaillées et dévergondées. ADC lui ne se signale pas particulièrement par l'extravagance et la barbarie de ses beats, qu'il ne broie d'ailleurs pas ; en revanche, question ambiance, autorité, démence, pilonnage sauvage de la raison, il aurait eu deux-trois choses à discuter ferme avec quelques illustres de l'époque. En sus, bien sûr, de plonger dans les yeux du dernier Teitanblood son regard plus foudroyant que le venin du nāga.
Je ne sais pas à la plus grande gloire de qui travaille Azat, mais j'espère que l'intéressé est assez vaste pour englober le feu qui lui est dédié ; parce que personnellement, je me sens verser dangereusement vers le dérèglement des sens, des valeurs, et un retour de croyance au Grand Dragon Dévorateur. C'est comme je vous le dis.

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