dimanche 5 avril 2015

Dead : Transmissions/Verse

Mon plus grand fan et amoureux secret, lecteur de Slow End avec l'assiduité duquel peu peuvent rivaliser, dit que j'ai le cul usé par les bites des patrons de labels (et accessoirement, que j'écris avec ; mon cul, pas les bites de patrons de labels, hein, je sais pas si vous visualisez bien : difficile sans un bon vieux schéma à la Bruno Carette). De ce que j'en ai à vous dire au quotidien, mon cul ne me fait pas tant souffrir que ça, en revanche c'est mon petit cœur qui à la longue finit par être épuisé, du commerce avec les patrons de label tels que, encore lui ! Monsieur Damien.
Oui, il a encore frappé, ce bougre de saligaud. Y a-t-il un domaine où à la fin je prendrai son goût en défaut ? Peut-être en matière de death scandinave, a-t-il un estomac plus solide que le mien ; mais, apparemment, ce n'est pas sur la cold-wave qu'on pourra le taquiner, ce fichu barbu. Allez, n'éprouvons pas davantage sa bien réelle modestie de passionné - si vous saviez combien de temps, de conviction et de travail a demandé Prima Giedi... si pour ma part je l'avais su alors, j'ignore combien de paragraphes de plus aurait fait le billet que le sacré double-disque m'a inspiré, ou si j'aurais eu la désinvolture de même bafouiller dessus. Or donc, disions-nous, parlons donc un peu de Dead, qui après tout ont leur toute petite part de mérite là-dedans, aussi.
Dead font de la vraie cold-wave ; celle des gens qui y croient ; qui ne cherchent pas à ramasser la monnaie (même virtuelle, on se doute qu'une sortie cassette sur un confidentiel label normand ne serait pas le business-plan du siècle, et que The Soft Moon se rirait d'eux si leur cible était le tiroir-caisse) tout en se gardant une ou l'autre sortie de secours en cas de doute, par l'un ou l'autre décalage-alibi, humoristique ou avant-gardiste ; non ; Dead font les choses comme on les fait le mieux : à l'ancienne comme si c'était le présent ; ils ne jouent ni à tout prix comme dans le temps, ni à tout prix pour attester qu'ils sont des modernes : ils jouent une musique qui est vivante pour eux. Ils n'ont pas peur du ridicule car il n'y a pas de ridicule, et il n'y a rien à revisiter : on est bien, dans le frigo, à jouer de l'électro du temps où le terme n'était pas lui aussi un nouvel habillage pour se masquer qu'on écoute de ces trucs ringards qui s'appelèrent autrefois techno - de l'electro-wave, cette electronic body music qui ne soulève pas de fonte, préférant concentrer toute sa capacité musculaire à essayer de se faire péter l'émail des dents jusqu'à la racine, de rage ; de la bien austère et ost-germanique, giflée par les vents existentiels qui soufflent - présent, on a dit - sur la nouvelle vague du rock anglais d'une époque dévorée par la grisaille et le moisissement de l'espérance.
Ne cherchez pas à me faire dire une vacherie sur Have a Nice Life je n'en dirai pas : je n'écoute pas Have a Nice Life, qui sont gens insolemment talentueux, mais incurablement malhonnêtes à mes oreilles, et ne me demandez pas d'explication à cela, c'est auditif et ne s'explique pas ; peut-être simplement de la prétention, après tout.
Dead, car il s'agit d'eux, ne souffrent pas de ce problème : Dead sont aussi carrés, anguleux par nature, francs et honnêtes qu'un frigidaire increvable et solide, pré-biodesign ; voire un bon vieux bain d'azote, sans les chichis du type s'asperger d'abord les épaules une après l'autre pour éviter la putain d'hydrocution : vas-y comme un bonhomme. T'es un corbac et tu le sais. Le post-punk, c'est pour les couilles molles et les mijaurées. Alors tu y vas, carré et franc comme un frigidaire, et tu plonges la tête la première dans le massivement corbac, c'est à dire quelque chose de pas nécessairement démonstratif et appliqué à additionner les signes extérieurs ; quelque chose d'austère et pas très cordial, tout en étant, évidemment, impudiquement focalisé sur ce qu'il a dedans lui comme nausée, et tout ce qui a la couleur d'un orage qui s'amoncelle ; et les morceaux de Transmissions & Verses de convoquer tout à la fois les deux meilleurs albums de Pain Station, dans le genre référence de cold-wave synthétique âpre sans aucun complexe, atermoiement ou fausse modestie ridicules excusez mais ça pose le niveau du groupe - et toutes les images de bords de mer en hiver rigoureusement battus par les vents indifférents, qu'on peut espérer d'un groupe qui, pour ne pas jouer du rock'n'roll, n'a pour autant oublié ses guitares nulle part, et sait tout ce qu'il peut en faire pour graver son propos dans la muraille en béton sale qui est son paysage, voire pour bâtir un nouveau pan de mur de béton sale pour nier flegmatiquement l'existence de toute cette muraille de béton sale qui se baigne dans le ciel. C'est bien simple, rien que de les entendre j'ai envie de revoir Le Havre.
Écoutez "Loser" c'est exemplaire : les types vous font vivre Violator et Self Non Self en même temps, avec une punitive simplicité digne d'Absolute Body Control, et une classe fantôme qui renvoie dos à dos Andrew Weatherall et Death Engine. Les mecs qui ont tout compris ? Les mecs qui n'ont pas besoin de comprendre.

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