dimanche 19 avril 2015

Sordide : La France a Peur

Si je vous dis : Hell Militia sans la dimension et profondeur fantastique, ça sonne comme une vacherie, pas vrai ? C'en est pourtant tout le contraire d'une. Sordide garde de Last Station on the Road to Death seulement le climat de village de la Nièvre ou l'Yonne, d'Occupation, de regards venimeux derrière les rideaux discrètement entrouverts, d'aigreurs mûries en fût de chair, de tonte en place publique, de passages à tabac derrière le PMU, de charia bien française et bien rance ; pas la salutaire évasion dans les visions fugitives de mâtins du malin et autres deus ex machina ogrifiques, qui trouvent leur plus sublimes partitions chez Aosoth, et rampent dans chaque ombre gluante de peur dudit Hell Militia.
Si je vous dis : le black metal, c'est le nouveau punk, vous vous dites que ça faisait longtemps qu'on vous l'avais pas faite, cette éculée-là, pas vrai ? C'est qu'aussi ils ne sont finalement pas si nombreux, les groupes ou disques à la mériter. Darkthrone, Rudimentary Peni, Hell Militia au moment de Last Station on the Road to Death... La France a Peur est un disque de punk ; quoi de plus normal, alors, je vous le demande ? qu'il fasse penser à Discharge, Motörhead, Ceremony, Black Flag et Darkthrone ?
La France a Peur est un disque fait en France (vous auriez des leçons à recevoir de Monsieur Toubon, Monsieur Montebourg, souffrez que je vous le dise) ; quoi de plus normal qu'il fasse penser confusément à Decline of the I, dans cette dignité qui reste cintrée même déchue - au moins autant qu'à diverses choses confuses mais toutes officiellement labellisées noise-rock - j'ai dit, "punk", déjà ? La France a Peur a des accents médiévaux chargés de gueuserie, de lèpre, de pendus et de François Villon - j'ai dit, "Rudi Peni", déjà ? j'ai resservi ma sempiternelle leçon de langue sur "gueux" et "punk", ou pas encore ?
La France a Peur, c'est peut-être le disque de rock prolo agressif qu'aurait fait Peste Noire s'il avait du goût ; on me répliquera, à coup sûr, que justement c'est la vulgarité de L'Ordure à l’État Pur qui est en plein dans le sujet, de cette France fière et (de ?) ses pieds dans la merde, telle le fidèle ami gallinacé de Jean-Marie ; cela se défend ; tout comme mon droit de répondre qu'on est pas condamné à être vulgaire pour être mortellement insultant, qu'on est pas obligé de se salir pour vilipender la saleté (bien au contraire ? ce n'est pas moi qui l'ai dit) ; je citerai encore une fois Decline of the I - une fois est pourtant déjà éloquente en soi, pour situer le sérieux d'une affaire : je tiens pourtant, Monsieur, à réitérer.
La France a Peur est un disque de black metal qui non seulement est bien pénétré de ce qu'il est du punk, mais encore qui comporte une large ration de morceaux lents, et d'aussi lancinants et contagieux que ce qu'on attend automatiquement lorsqu'on est placé en présence d'un morceau de black lent - ne dites pas le contraire, surtout si vous le pensez : on apprendrait à nos enfants à lancer des pierres sur votre passage - ce qui suffit déjà presque d'office à le placer dans la catégorie des albums de black qui marquent, mais est également gorgé, devinez quoi par-dessus le marché ? de basse ; bien hivernale, bien grêlée, bien blouson noir, comme il sied à une basse et à ses patibulaires lignes : j'ai dit, "noise-rock" ? J'ai dit, "Rudi Peni" ?
La France a Peur est un disque sur lequel à n'en pas douter y aurait à dire encore des pages et à mieux le faire, si l'on se relisait, car La France a Peur est un disque qui se présente sous les airs d'un petit disque, et qui en est tout le contraire d'un. Mais qu'attendre d'autre, aussi, d'un disque fait dans une ville qui m'évoque avant tout Madame Bovary et Anhédonie, avec des membres de Void Paradigm et Mhönos ? Il sera donc tout a fait convenable de s'en tenir là pour ma part, car La France a Peur est d'évidence un disque sur lequel il y aurait nettement plus approfondi à dire à mieux le fréquenter, d'ailleurs vous n'imaginez pas le nombre de fois qu'il a fallu, rien que pour la fascinante pochette, que je la regarde avant de m'apercevoir que peut-être aucun rapace n'y figurait ; et quel bien y a-t-il donc à espérer, à le mieux fréquenter ? La France a Peur, on le sait dès la première rencontre, est un disque qui s'ancre et s'enfouit toujours plus profond, et ses dents avec lui ; comme la rancœur.

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