mercredi 29 avril 2015

Terence Fixmer : Depth Charged

Vous êtes comme moi, j'en suis sûr : lorsqu'on vous baratine d'album de techno qui "parle autant au corps qu'à l'esprit", ou qui "s'écoute aussi bien dans son salon qu'en discothèque", vous flairez immédiatement le disque pauvre en réelle et avérée électricité techno, le disque faiblard et rouillé du pelvis, bref le dérivé de Laurent Garnier.
C'est fini : on le tient ; le vrai tenant du titre que ces formules ne visent pas ; non pas celui dont un morceau sur deux vous pouvez aller vous rasseoir  sur une banquette en bord de dancefloor pour ne pas vous fatiguer en vain à rester planté debout sans rien agiter de plus qu'un genou. Le disque qui vous propulse vivre un film de science-fiction urbaine, et pourtant stellaire, à l'ambiance de parano, d'anxiété, de sueurs toxiques seulement trouvables ailleurs chez K. Dick, les écrivains français des années 60... ou la dark-electro parallèle à faire flipper Cronenberg du légendaire premier New Mind, oui Monsieur, et le non moins culte unique album de Necrofix - et qui est tout du long non moins un pur album de techno de luxe pour s'épuiser la carcasse, en une fureur limpide.
La démence méticuleuse de Green Velvet, le grelottement mental de Cristian Vogel, le psychotropisme cotonneux de Starfish Pool ; une impitoyable fermeté dont peu sont capables hormis Patrick Stevens, le sang-froid de Dirk Ivens... et aussi un peu comme si Michael Mann parvenait pour une fois à parler des plaies de l'âme - mais sans cesser de filmer uniquement des rocades dans la nuit, des buildings de verre indifférent et impeccable, et des décapotables futuristes qu'ils toisent hiératiquement. Tout cela ? Dame ! oui, mais cintré dans une silhouette invraisemblablement sobre, élégante, laconique, anti-ostentatoire, d'apparence anodine à souhait, à l'allure aussi insidieuse qu'incisive... A la fois Frantic et Blade Runner, et si Harrison Ford avait été goth et gaulé comme une lame de couteau.
Il était bien temps que Terence cesse de vouloir à toute force imbriquer techno et body music, sur des albums qui ne fonctionnaient que lorsque Doug y était convié (l'EBM instrumentale, plus grande aberration que le stoner instrumental ?), et nous dévoile enfin le grand couturier techno qu'il était.


Note du rédacteur-qui-n'a-jamais-fini-d'écrire-ses-textes : il était bien temps, en somme, que Terence cesse de vouloir se cacher derrière une combinaison de super-héros avec des muscles moulés dessus, ce qui est toujours de la plus grotesque vulgarité, et assume une carrure naturelle longiligne, emaciée, élancée, nerveuse, bref : parfaite.

2 commentaires:

Raven a dit…

Article 225-10-1 du code pénal

gulo gulo a dit…

J'avais pas mis mes feux de croisement, c'est ça ?