samedi 25 avril 2015

Undersmile : Anhedonia

Sadako, il y a des jours où elle a des coups de mou, figurez vous, depuis qu'elle habite un cottage dans un bled paumé, en particulier. Des fois que vous passez la voir à l'improviste chez elle pour vous payer un petit flip des familles, elle vient vous ouvrir enfarinée comme pas deux, même pas enfilé autre chose que sa vieille chemise de nuit informe à carreaux bleus ciel, infoutue de lever la tête (OK, celle-là elle était moisie) ou de réussir à réunir la tension musculaire pour une de ses démarches à se tordre... A faire peine, la petite mère. Elle vous traîne derrière elle dans sa cuisine, lancer le goutte-à-goutte pour un jus de chaussette dont ses cheveux boiront davantage qu'elle dans le bol de grand-mère ébréché... Des jours où on n'arrive tellement pas à démarrer qu'ils endurent cinq.
Bref. Undersmile confirme de la plus brutale, et néanmoins (vraiment ?) féminine des manières ce qu'on ressentait  dès Narwhal : qu'elles (le masculin l'emporte ? à d'autres...) sont un groupe unique, et toujours aussi peu soucieux de le démontrer. Les notions exclusives de grunge et d'ultradrone sludge n'ont pas cours ici, vous trouvez ça banal et je n'y suis pas innocent, avec une façon d'écrire qui glorifie toujours au plus haut des cieux et pour eux-mêmes (en apparence) l'oxymore et la collision - mais cette fois il s'agit d'un sacré machin, excusez ma vulgarité, il s'agit d'unité, d'harmonie, il s'agit d'indifférence aux barrières des époques et des nomenclatures homologuées ; Undersmile, décidément comme Monarch! et guère d'autres, ne fait pas la différence entre indie rock, désenchantement nineties, et post-ultra-badasserie troisième millénaire. Joue du doom-death tabassé non tant par le drone, que par le grunge. Parce que, si l'on a posé son premier pied au royaume du pourri en sentant la première fois la caresse de Dirt... on a la prise de conscience au contact d'Anhedonia qu'on n'avait finalement rien entendu d'aussi troublant entretemps ; on croyait qu'on s'était blasé et tanné : ce n'était pas la raison. Anhedonia fait du grunge la musique la plus à son aise aux extrémités des expériences de l'existence, à en dire les émotions comme on les vit parce qu'une fois qu'on y est rendu, aux extrémités, il faut bien les mener à bout comme n'importe quelle journée de semaine contractuelle. Et c'est ainsi.
Et le grunge devint la musique la plus sacrée qui soit - au sens, bien sûr, le plus humble et simple qui soit. Le mariage fangeux du rock le plus vicié et des mirages de la pop la plus fragile. Parce qu'Anhedonia, tout comme Narwhal, vous invite à la cuisine, là où se passera, se jouera, se dénouera toujours l'essentiel, là où les femmes vous asseyent avant de vous clouer, en douceur, plus profondément à la charpente de l'univers qu'aucun album d'Evoken le fera jamais. Parce que c'est ainsi de toute éternité : c'est à la cuisine que cela se passe, et c'est où l'on rencontre les plus sévère morfleries.

... And then : "Knucklesucker". Peut-être le plus beau moment de l'album, je vous laisse en juger mais j'ai mon avis sur la question : le morceau le plus funèbre, doom-death, pulvérulent, terreux, engagé déjà dans la décomposition, de l'album - et qui s'achève in extremis sur un défi vulgaire et un geste obscène : n'est-ce pas ainsi que devraient s'achever toutes les funérailles ?

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