Articles

Affichage des articles du mai, 2015

Faith no More : Sol Invictus

Image
Ça nous est tous arrivé de recroiser une vieille connaissance, comme ça, dans la rue, par hasard. Un pote perdu de vue depuis 15 ans et qui vous dit bah tiens, j’habite pas très loin d’ici maintenant, t’as qu’à passer un soir de la semaine on se prendra l’apéro. Le pote te donne l’adresse et tu lui dis à jeudi. Il a pas trop changé finalement. Forcément quelques kilos en plus et quelques cheveux gris mais toujours aussi cool. Pas le genre qui te snobe, non non. Vraiment ça lui fait plaisir de te revoir, ça se voit. Alors pendant deux jours tu gamberges. Tu te demandes bien à quoi ça ressemble chez lui, et tu repenses à toutes les soirées où t’as fini minable dans son canapé. Le soir dit, tu sonnes, première bonne surprise, il s’est pas embourgeoisé. Pas de grande maison ou de loft prétentieux. Ok, c’est grand, et c’est quand même autre chose que son vieil appart d’étudiant avec ses meubles ikea. La déco a un peu plus de gueule mais ça va, rien d’ostentatoire. Il a juste un peu plus de …

Vorum : Current Mouth

Image
Vous y avez cru, sérieusement ? Qu'Abscess pouvaient splitter, je veux dire ? et Reifert se contenter de cette chose bourrée mais somme toute plate, euclidienne en tous les cas, qu'est tristement devenue Autopsy ? La naïveté des gens, plus vaste encore que la mienne, m'étonnera toujours... La drogue, le mal, le plaisir, le chaos, appelez cela comme il vous sied le mieux - cela est éternel. Reifert, lui, n'est pas d'un naturel triste. Glouton, oui-da. Abscess fait donc du black metal, c'est aujourd'hui public.
C'est intoxiqué, c'est vertigineux, c'est sur-survolté, c'est prédateur, c'est sanguinaire, c'est cannibale, c'est simien, c'est rabique, c'est d'une sauvagerie sans rivale hormis Deathcrush et Horrorhammer... :  c'est bien Reifert. Planquez vous vous-mêmes, et laissez donc les blondes et les mômes s'occuper de leurs propres miches.
D'ailleurs, à ce qui se murmure déjà dans le landernau diplomatique, …

Joy Division : Closer

Image
On fait pas plus papier de verre. Les musiciens eux-mêmes ont l'air gêné, d'ainsi enregistrer l'aubaine - et de mater, aussi, avec une fascination horrible et irrépressible - ce type qui est déjà entré dans l'autre monde, mais est le seul à ne pas être au courant. Et qui ouvre de grands yeux ébahis sur tout ce qu'il voit, comme si on avait laissé entrer dans un quelconque dérivé de club sur-branché, ou à une nocturne du musée Grévin, le malheureux ouvrier abruti qu'il est, et qui en profite et emmagasine autant qu'il peut. Sans avoir percuté un seul instant que la scène tout de suite à droite en entrant, était sa propre veillée funèbre.
Affreusement scabreux à contempler, pire que Salo ou pas loin.

Kiss It Goodbye : She Loves Me, She Loves Me Not

Image
La pochette fait rêver. Le nom du groupe fait rêver. Le nom du disque fait rêver. La musique est pile une sorte de mi-chemin entre deux époques historiques du hardcore malade - Black Flag, et Converge et ses innombrables séides - ce qui fait rêver.
D'accord avec tout ça.
Mais alors, ce que je peux surtout, à l'écouter, me rappeler pourquoi je n'ai jamais réussi à écouter Playing Enemy non plus ! et comment je serais mieux à écouter soit Converge, soit Black Flag - soit, surtout, Indecision ou Disembodied, dont dans le genre pas gracieux ce disque me donne inexplicablement envie...
Pas assez de marcel, sans doute, et de bellâtrerie.

Swans : Swans

Image
Deux approches possibles à ce disque.
Première : c'est de la cold-wave funky ultra-flippante, de la famille de Closer, Seventeen Seconds, Metal Box et World of Rubber.
Deuxième : ce disque se range avec le premier mini-album de Sonic Youth et le premier mini-album de Killing Joke - et pas seulement parce que c'est un premier mini-album.
Évidemment, vous étiez tous au courant depuis des années, mais bibi, bizarrement, il avait jamais été vérifier ce qui se trouvait entre Circus Mort et Filth. Allez comprendre.

Ça fait drôle.

Void Paradigm : Earth's Disease

Image
Je sais que je ne suis pas le seul à le penser - à l'éprouver : à Rouen, on n'est pas comme ailleurs. Sordide, du black metal ? Anhédonie, du doom-death ? Allons... allons. S'il vous plaît.
Void Paradigm se qualifient eux-mêmes de dodécatonique-mon-boule. A mon avis, ils se foutent surtout de ta gueule (d'ailleurs ç'a failli marcher dans mon cas et me décourager à l'époque d'écouter leur premier album, avant que je ne décide en accord avec moi-même d'y pressentir une outrance ubuesque de très bonne augure). Les journalistes le supputent un peu d'ailleurs, en ne reprenant le terme que du bout des lèvres, sans savoir s'il faut l'avaler ou bien si c'est de la sauce à nems qu'on veut te faire passer pour du Tokay ; ils les qualifient, tant bien que mal, de black metal.
Void Paradigm, en ce qui me concerne, c'est du rock français. De celui qui fait qu'on en est fier : non pas parce qu'il est fait chez nous, on n'est pas ch…

Leviathan : Scar Sighted

Image
Michael Mann
Dracula de Coppola

 ...


Les notes de dégustation que j'avais numériquement griffonnées ici sur un coin de napperon digital, avant que de les oublier - dans le permanent afflux de nouveautés, mais aussi dans le permanent afflux tumultueux de sensations dont Scar Sighted vous gifle comme une tempête.
Deux mois plus tard, à réception de la chose avec sa vraie matière sonore, je ne suis guère plus avancé. Ce n'est pas une découverte, je suis incapable de décrire un album de Leviathan. Celui-ci plus encore que d'habitude, parce que c'est son plus réussi. C'est un Leviathan, donc il est boursouflé, et mégalomane, et baroque, et extravagant, et excessif, et luxuriant. Mais plus encore que d'habitude, parce que c'est son tout meilleur.
Comment décrit-on un album fait d'eau ? Amusez-vous comme vous voulez, water metal, black water... Scar Sighted est un jardin d'eau empoisonné. Je crains de n'avoir pas grand chose d'autre à vous raconter…

Nightslug : Loathe

Image
Le sludge de Nightslug ne choisit pas : entre hardcore rustaud bien bien brusque (tracez une droite reliant Early graves et Daggers, je vous prie - c'est pas sorcier, du reste), industriel qui forcément touche - avec de gros doigts aux bouts bien larges et cajolés à l'huile de vidange et l'acide de batterie - autant au psyché qu'au noise-rock, puisqu'eux-mêmes se touchent déjà comme des cochons (là, vous collez Power of Jism, dans le baril y a Jesus Lizard et Swans pour le même prix, et on en parle plus)... et le blues ? sans même parler de sludge, n'est-ce pas de là qu'elle vient, toute la musique, qu'on l'aime ou pas, celle qui balance en tous les cas ? Forcément, ils sont allemands, donc c'est très discret, mais ils n'échappent pas pour si peu à la règle mal gré qu'ils en puissent avoir - aucun, du reste.
La musique de Nightslug, particulièrement sur Loathe, est tout cela ; en même temps ; tout le temps. Du coup, on ne va pas l'in…

Stonebirds : Into the Fog... and the Filthy Air

Image
La grâce incarnée, ai-je écrit ailleurs. N'en doutez pas une seconde, j'aime authentiquement le stoner, et le post-hardcore aussi : malgré le fiel que j'ai pu déverser dessus et la défiance a priori exercer pendant des années, à l'endroit du dernier cité, force m'est de reconnaître que grossit le nombre des groupes qui font exception à mes yeux, et forcent, précisément, mon estime très sincère... Pourtant ce sont là genres épais, et je ne suis pas sûr d'avoir jamais osé imaginer... ça.
Pareille grâce ; délicatesse ; vaporeusité ; fragilité. Il est très peu - formule polie pour dire que je n'en vois pas, d'ici, et n'ai point envie d'en chercher pour l'amour de la vérité scientifique, à cette heure émue - de disque de cette famille musicale dont les trente minutes vous paraissent aussi longues, au bon sens du terme à savoir vous emmènent aussi loin, haut, ailleurs, en vous prenant par l'âme.
Ce disque est un miracle.

Weedeater : Goliathan

Image
On va la jouer moche, celle-là, parce que lorsqu'un disque est vraiment beau, un article qui fait le beau à son sujet c'est presque toujours navrant, un jour ou l'autre - tandis que pour le disque, on l'attendra longtemps, ce jour-là.
Or donc, on l'a pas vu venir une seconde mais la question que personne ne se pose est réglée une bonne fois pour toutes, ça va faire drôle : le sludge, c'est Weedeater. Point. Y a pas plus true, et c'est le gospel truth. Doom fatalisme ? check. Punk hardcore ? check. Blues ? CHECK. Connerie ? check. Nihilisme oufguedin trop nique la vie rien à foutre de rien et même éventrer des putes crackées sur le bout de ma bite roulée dans les tessons de verre c'est trop tata pour moi ? Euh... vous êtes sérieux ? Vous avez bien vu cette pochette, que même High on Fire refuserait, et que Weedeater y a  répondu banco pour envelopper dedans ce qui constitue possiblement son meilleur album ? NON MAIS VOUS L'AVEZ BIEN VUE ? Quand je la…