vendredi 29 mai 2015

Faith no More : Sol Invictus


Ça nous est tous arrivé de recroiser une vieille connaissance, comme ça, dans la rue, par hasard. Un pote perdu de vue depuis 15 ans et qui vous dit bah tiens, j’habite pas très loin d’ici maintenant, t’as qu’à passer un soir de la semaine on se prendra l’apéro. Le pote te donne l’adresse et tu lui dis à jeudi. Il a pas trop changé finalement. Forcément quelques kilos en plus et quelques cheveux gris mais toujours aussi cool. Pas le genre qui te snobe, non non. Vraiment ça lui fait plaisir de te revoir, ça se voit.
Alors pendant deux jours tu gamberges. Tu te demandes bien à quoi ça ressemble chez lui, et tu repenses à toutes les soirées où t’as fini minable dans son canapé. Le soir dit, tu sonnes, première bonne surprise, il s’est pas embourgeoisé. Pas de grande maison ou de loft prétentieux. Ok, c’est grand, et c’est quand même autre chose que son vieil appart d’étudiant avec ses meubles ikea. La déco a un peu plus de gueule mais ça va, rien d’ostentatoire. Il a juste un peu plus de fric quoi. C’est douillet en somme.
Je te sers un truc ? Bouge pas, j’ai ramené un porto terrible des dernières vacances, je reviens. Et pendant qu’il est à la cuisine tu zieutes inévitablement ses disques. Ok, c’est toujours le même mec. Tiens, il écoute ça aussi, cool ! Ah ça je connais pas. Oh, il l’a toujours celui là ! Il a pas basculé du côté obscur de la force ou, ce qui serait peut-être pire, fait un freeze dans le temps.
Pis il revient et on discute, et ç’est vraiment chouette d’être retombé sur lui au final, alors qu’on pensait plus vraiment à lui. La soirée se poursuit, comme avant, comme au bon vieux temps, et tu finis à pas d’heure. Tu termines pas dans un état aussi lamentable qu’autrefois c’est sûr, mais tu repars pas clair quand même, faut pas déconner. Tu vas ptêt même gerber un coup sur le chemin du retour parce qu’à bien y réfléchir t’avais pas picolé autant depuis un bail.

Avant de partir il te dit qu’il faudra venir bouffer un soir où sa femme est là. Tu dis oui, bien sûr, même si tu redoutes un peu que là on évitera pas l’écueil de la soirée un peu coincée, et ce serait dommage. Alors peut-être que t’iras, ou pas, on verra. On se dit à bientôt sans vraiment fixer de date.
Mais par contre, c’est vrai qu’il était sacrément bon ce porto. On a fini la bouteille d’ailleurs. On a vidé toutes les bouteilles qu’il avait, cela dit. On a refait le monde, on a causé d'un peu tout. On était bien. En fait, il y pas à chier, il y a qu'avec les vieux potes qu'on peut passer des soirées comme ça.

jeudi 28 mai 2015

Vorum : Current Mouth

Vous y avez cru, sérieusement ? Qu'Abscess pouvaient splitter, je veux dire ? et Reifert se contenter de cette chose bourrée mais somme toute plate, euclidienne en tous les cas, qu'est tristement devenue Autopsy ? La naïveté des gens, plus vaste encore que la mienne, m'étonnera toujours... La drogue, le mal, le plaisir, le chaos, appelez cela comme il vous sied le mieux - cela est éternel. Reifert, lui, n'est pas d'un naturel triste. Glouton, oui-da. Abscess fait donc du black metal, c'est aujourd'hui public.
C'est intoxiqué, c'est vertigineux, c'est sur-survolté, c'est prédateur, c'est sanguinaire, c'est cannibale, c'est simien, c'est rabique, c'est d'une sauvagerie sans rivale hormis Deathcrush et Horrorhammer... :  c'est bien Reifert. Planquez vous vous-mêmes, et laissez donc les blondes et les mômes s'occuper de leurs propres miches.
D'ailleurs, à ce qui se murmure déjà dans le landernau diplomatique, la Norvège a demandé l'asile politique au premier continent qui en voudra bien. Trop près de cette putain de Finlande, qu'ils ont dit, ils se sentent pas sécures DU TOUT.
Les Teitanblood, de leur côté, auraient selon des sources non autorisées éructé un "¡ Caramba, c'est muy bien le punk rock, en fait !".

mercredi 27 mai 2015

Joy Division : Closer

On fait pas plus papier de verre. Les musiciens eux-mêmes ont l'air gêné, d'ainsi enregistrer l'aubaine - et de mater, aussi, avec une fascination horrible et irrépressible - ce type qui est déjà entré dans l'autre monde, mais est le seul à ne pas être au courant. Et qui ouvre de grands yeux ébahis sur tout ce qu'il voit, comme si on avait laissé entrer dans un quelconque dérivé de club sur-branché, ou à une nocturne du musée Grévin, le malheureux ouvrier abruti qu'il est, et qui en profite et emmagasine autant qu'il peut. Sans avoir percuté un seul instant que la scène tout de suite à droite en entrant, était sa propre veillée funèbre.
Affreusement scabreux à contempler, pire que Salo ou pas loin.

Kiss It Goodbye : She Loves Me, She Loves Me Not

La pochette fait rêver. Le nom du groupe fait rêver. Le nom du disque fait rêver. La musique est pile une sorte de mi-chemin entre deux époques historiques du hardcore malade - Black Flag, et Converge et ses innombrables séides - ce qui fait rêver.
D'accord avec tout ça.
Mais alors, ce que je peux surtout, à l'écouter, me rappeler pourquoi je n'ai jamais réussi à écouter Playing Enemy non plus ! et comment je serais mieux à écouter soit Converge, soit Black Flag - soit, surtout, Indecision ou Disembodied, dont dans le genre pas gracieux ce disque me donne inexplicablement envie...
Pas assez de marcel, sans doute, et de bellâtrerie.

samedi 23 mai 2015

Swans : Swans

Deux approches possibles à ce disque.
Première : c'est de la cold-wave funky ultra-flippante, de la famille de Closer, Seventeen Seconds, Metal Box et World of Rubber.
Deuxième : ce disque se range avec le premier mini-album de Sonic Youth et le premier mini-album de Killing Joke - et pas seulement parce que c'est un premier mini-album.
Évidemment, vous étiez tous au courant depuis des années, mais bibi, bizarrement, il avait jamais été vérifier ce qui se trouvait entre Circus Mort et Filth. Allez comprendre.

Ça fait drôle.

jeudi 21 mai 2015

Void Paradigm : Earth's Disease

Je sais que je ne suis pas le seul à le penser - à l'éprouver : à Rouen, on n'est pas comme ailleurs. Sordide, du black metal ? Anhédonie, du doom-death ? Allons... allons. S'il vous plaît.
Void Paradigm se qualifient eux-mêmes de dodécatonique-mon-boule. A mon avis, ils se foutent surtout de ta gueule (d'ailleurs ç'a failli marcher dans mon cas et me décourager à l'époque d'écouter leur premier album, avant que je ne décide en accord avec moi-même d'y pressentir une outrance ubuesque de très bonne augure). Les journalistes le supputent un peu d'ailleurs, en ne reprenant le terme que du bout des lèvres, sans savoir s'il faut l'avaler ou bien si c'est de la sauce à nems qu'on veut te faire passer pour du Tokay ; ils les qualifient, tant bien que mal, de black metal.
Void Paradigm, en ce qui me concerne, c'est du rock français. De celui qui fait qu'on en est fier : non pas parce qu'il est fait chez nous, on n'est pas chez Jean-Pierre Pernaut, et qu'on prouverait ainsi qu'on a le niveau des ricains - en l'occurrence, les ricains s'appellent les Norvégiens - ce genre de connerie de vendeurs de yaourts ; mais parce qu'il sublime quelque chose qu'on ne sait faire qu'en France : être Français ; il fait une qualité de cet, sinon quasi-tare, du moins accident pur de la nature.
Black metal, Void Paradigm ? Ved Buens Ende, Void Paradigm ? Si l'un des deux termes vous évoque l'image glorieuse de Jo Théry en queue-de-pie sur une chemise blanche un rien en vrac, les chaussettes en tire-bouchon sur des chaussures de pingouin impeccablement lustrées - et, par déduction, rien entre les deux sinon un vit rubicond d'exagération et puant la vinasse demi-digérée : à votre guise. Si l'un des deux termes vous évoque un Dodheimsgard - déjà... - fortement imbibé au niveau du swing de tout ce que vous voudrez de punk français, depuis l'ultime album de Kickback à tout ce que vous connaissez mieux que moi comme alterno années 80, en passant par Diapsiquir et la scène noise-rock éthylique : à votre guise, bienvenue à ma table. Si vous aimez Lugubrum mais n'avez rien contre l'élégance - en cas de doute sur la définition de l'élégance : retour à l'intervention de Monsieur Théry, un peu plus haut - ni contre les beaux gosses - terme qui contrairement à une idée trop répandue ne désigne ni Vincent Cassel ni Gaspard Ulliel, mais Patrick Dewaere et Gérard Depardieu à 18 ans : il y aura moyen de s'entendre.
On va d'ailleurs s'arrêter ici, tout compte fait, pour ne pas risquer si ce n'est fait de diluer le propos, ce qui serait fâcheux au sujet d'un groupe qui lui n'a jamais la rustrerie de fiche de l'eau dans son pinard - et dieu qu'il serait fâcheux d'être fâcheux avec un groupe si lubriquement aristocratique, et qui réussit à faire passer le black metal - il faut bien préciser, pour éviter tout malentendu, que Void Paradigm ne jouent pas une seconde les snobs trop beaux-gosses pour faire du metal, qu'une bonne ration des riffs ici feront saigner du nez et des gencives n'importe quel groupe parmi la bourgeoisie et les notables de la scène scandinave, et que Théry mérite les doigts dans le cul et sans même faire péter la voix claire un titre excessivement mérité, voire mérité justement dans l'excès du meilleur tonneau, d'Aldrahn français - pour de la musique baroque, la meilleure, celle qui donne envie de tamponner les murs dans tous les sens de la chose
Un album de black metal pour danser et s'humilier en public, quoi ; enfin.

vendredi 15 mai 2015

Leviathan : Scar Sighted

Michael Mann
Dracula de Coppola

 ...


Les notes de dégustation que j'avais numériquement griffonnées ici sur un coin de napperon digital, avant que de les oublier - dans le permanent afflux de nouveautés, mais aussi dans le permanent afflux tumultueux de sensations dont Scar Sighted vous gifle comme une tempête.
Deux mois plus tard, à réception de la chose avec sa vraie matière sonore, je ne suis guère plus avancé. Ce n'est pas une découverte, je suis incapable de décrire un album de Leviathan. Celui-ci plus encore que d'habitude, parce que c'est son plus réussi. C'est un Leviathan, donc il est boursouflé, et mégalomane, et baroque, et extravagant, et excessif, et luxuriant. Mais plus encore que d'habitude, parce que c'est son tout meilleur.
Comment décrit-on un album fait d'eau ? Amusez-vous comme vous voulez, water metal, black water... Scar Sighted est un jardin d'eau empoisonné. Je crains de n'avoir pas grand chose d'autre à vous raconter dessus. Un peu comme le dernier Gorguts, il y a tout, ici, tout ce qui peut s'imaginer et surtout tout ce qui ne peut pas - un peu comme dans Croatoan, aussi, après tout lorsqu'on parle de jardins merveilleux et monstrueux il n'est jamais loin, pas vrai ? - et recenser quoi est risible et ampute l'envergure réelle (la somme des parties, le tout... tout ça) ; tout ce qu'on peut trouver dans un disque de black metal moderne, y compris ce qui déborde à gros bouillons furieux et exubérants du cadre du black metal, tous les mythes du black metal de toutes époques car Wrest est un moderne, et de la même façon que les mythes se mêlent dans ses dessins de tatoueur, car Wrest le tatoueur est un moderne... et ce qu'il n'y a pas chez Gorguts, en sus de ce psychédélisme death metal : la patte ego-trip mégalo, la patte Tony "Ok, je raconte ma vie" Montana, la touche Greg Dulli, la maladie de Narcisse, le cerveau en fruit pourrissant sur le sol du Jardin des Supplices. Il y a tout le black metal dans Scar Sighted, mais pas pour en faire du black metal : autre chose, d'autrement plus impérieux et dévorant : l'exhibition du soi. Comme je vous vois venir, surtout certains : de façon plus autoritaire, sexuellement conquérante, que ce qu'il est normal de rencontrer dans l’ordinaire d'une musique qui n'est après tout qu'une forme de screamo forestier, forcément portée par nature aux épanchements du cœur ; c'est que chez Wrest le cœur pompe un sang vigoureux, et chargé d'appétits en pagaille, et pollué, qui tourne la tête à l'égal de bien peu, sorti d'Orthodoxyn et des deux monstres de DHG (666 International et A Umbra Omega) ; toutes trois ci-dernières choses, pour n'avoir aucune d'entre elles ceci dans leur sang natif, partageant avec Wrest une certaine américaine affection pour le peplum à effets monumentaux et les princes-démons, quand bien même 666 est toujours un peu à part de toutes les catégories...

Car soudain, l'on tombe sur le dernier Void Paradigm - et l'on se rappelle dans la foulée le dernier Decline of the I - qui tous deux pratiquent le même type d'équipée, de grand carnaval de l'auto-saccage, mais sans aucun peplum ; encore moins black metal, ou encore plus, demi-à poil devant son miroir, chacun en jugera : la technique du crochet au foie le matin en se brossant les dents. A la française. A la fraîche.

mardi 12 mai 2015

Nightslug : Loathe

Le sludge de Nightslug ne choisit pas : entre hardcore rustaud bien bien brusque (tracez une droite reliant Early graves et Daggers, je vous prie - c'est pas sorcier, du reste), industriel qui forcément touche - avec de gros doigts aux bouts bien larges et cajolés à l'huile de vidange et l'acide de batterie - autant au psyché qu'au noise-rock, puisqu'eux-mêmes se touchent déjà comme des cochons (là, vous collez Power of Jism, dans le baril y a Jesus Lizard et Swans pour le même prix, et on en parle plus)... et le blues ? sans même parler de sludge, n'est-ce pas de là qu'elle vient, toute la musique, qu'on l'aime ou pas, celle qui balance en tous les cas ? Forcément, ils sont allemands, donc c'est très discret, mais ils n'échappent pas pour si peu à la règle mal gré qu'ils en puissent avoir - aucun, du reste.
La musique de Nightslug, particulièrement sur Loathe, est tout cela ; en même temps ; tout le temps. Du coup, on ne va pas l'insulter en namedroppant plus avant, et détaillant aux petits ciseaux, pour s'enliser dans le miniaturisme entomologiste à propos d'une musique qui, à l'instar de celle de Volition (oups), est un seul bloc de terre grasse, humide, putride, fertile - quand bien même dans le cas de Nightslug ledit suintant et suffocant humus est tout entrelardé de tronçons de poutrelles corrodées et de câbles hérissés, dans le pur style Vibroboy. On se contentera de noter avec une satisfaction incapable de se déguiser que Nightslug est bien un groupe du style et de la trempe (rustiques) de Weedeater : un groupe de sludge, qui joue donc avec naturel et générosité une musique pour se sentir bien (je vous avoue que ça m'arrange : lorsque j'ai envie de me sentir mal, je vais pas me faire chier à chercher en vain dans un disque de sludge alors que je peux allumer NRJ12). L'essentiel. Tout ce qui a la moindre importance.
Ça tombe bien : Loathe ne contient que cela, et rien d'autre.

mercredi 6 mai 2015

Stonebirds : Into the Fog... and the Filthy Air

La grâce incarnée, ai-je écrit ailleurs. N'en doutez pas une seconde, j'aime authentiquement le stoner, et le post-hardcore aussi : malgré le fiel que j'ai pu déverser dessus et la défiance a priori exercer pendant des années, à l'endroit du dernier cité, force m'est de reconnaître que grossit le nombre des groupes qui font exception à mes yeux, et forcent, précisément, mon estime très sincère... Pourtant ce sont là genres épais, et je ne suis pas sûr d'avoir jamais osé imaginer... ça.
Pareille grâce ; délicatesse ; vaporeusité ; fragilité. Il est très peu - formule polie pour dire que je n'en vois pas, d'ici, et n'ai point envie d'en chercher pour l'amour de la vérité scientifique, à cette heure émue - de disque de cette famille musicale dont les trente minutes vous paraissent aussi longues, au bon sens du terme à savoir vous emmènent aussi loin, haut, ailleurs, en vous prenant par l'âme.
Ce disque est un miracle.

dimanche 3 mai 2015

Weedeater : Goliathan

On va la jouer moche, celle-là, parce que lorsqu'un disque est vraiment beau, un article qui fait le beau à son sujet c'est presque toujours navrant, un jour ou l'autre - tandis que pour le disque, on l'attendra longtemps, ce jour-là.
Or donc, on l'a pas vu venir une seconde mais la question que personne ne se pose est réglée une bonne fois pour toutes, ça va faire drôle : le sludge, c'est Weedeater. Point. Y a pas plus true, et c'est le gospel truth. Doom fatalisme ? check. Punk hardcore ? check. Blues ? CHECK. Connerie ? check. Nihilisme oufguedin trop nique la vie rien à foutre de rien et même éventrer des putes crackées sur le bout de ma bite roulée dans les tessons de verre c'est trop tata pour moi ? Euh... vous êtes sérieux ? Vous avez bien vu cette pochette, que même High on Fire refuserait, et que Weedeater y a  répondu banco pour envelopper dedans ce qui constitue possiblement son meilleur album ? NON MAIS VOUS L'AVEZ BIEN VUE ? Quand je la vois, moi, je me dis que je suis pas assez sludge pour eux ; pas assez grossier envers toutes choses et en premier lieu la beauté.
Ce qui m'empêche pas d'essuyer la bave qui me dégouline sur le menton à flots généreux chaque fois que j'écoute le disque qui est dedans. Et de sourire. Sans fin.