vendredi 15 mai 2015

Leviathan : Scar Sighted

Michael Mann
Dracula de Coppola

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Les notes de dégustation que j'avais numériquement griffonnées ici sur un coin de napperon digital, avant que de les oublier - dans le permanent afflux de nouveautés, mais aussi dans le permanent afflux tumultueux de sensations dont Scar Sighted vous gifle comme une tempête.
Deux mois plus tard, à réception de la chose avec sa vraie matière sonore, je ne suis guère plus avancé. Ce n'est pas une découverte, je suis incapable de décrire un album de Leviathan. Celui-ci plus encore que d'habitude, parce que c'est son plus réussi. C'est un Leviathan, donc il est boursouflé, et mégalomane, et baroque, et extravagant, et excessif, et luxuriant. Mais plus encore que d'habitude, parce que c'est son tout meilleur.
Comment décrit-on un album fait d'eau ? Amusez-vous comme vous voulez, water metal, black water... Scar Sighted est un jardin d'eau empoisonné. Je crains de n'avoir pas grand chose d'autre à vous raconter dessus. Un peu comme le dernier Gorguts, il y a tout, ici, tout ce qui peut s'imaginer et surtout tout ce qui ne peut pas - un peu comme dans Croatoan, aussi, après tout lorsqu'on parle de jardins merveilleux et monstrueux il n'est jamais loin, pas vrai ? - et recenser quoi est risible et ampute l'envergure réelle (la somme des parties, le tout... tout ça) ; tout ce qu'on peut trouver dans un disque de black metal moderne, y compris ce qui déborde à gros bouillons furieux et exubérants du cadre du black metal, tous les mythes du black metal de toutes époques car Wrest est un moderne, et de la même façon que les mythes se mêlent dans ses dessins de tatoueur, car Wrest le tatoueur est un moderne... et ce qu'il n'y a pas chez Gorguts, en sus de ce psychédélisme death metal : la patte ego-trip mégalo, la patte Tony "Ok, je raconte ma vie" Montana, la touche Greg Dulli, la maladie de Narcisse, le cerveau en fruit pourrissant sur le sol du Jardin des Supplices. Il y a tout le black metal dans Scar Sighted, mais pas pour en faire du black metal : autre chose, d'autrement plus impérieux et dévorant : l'exhibition du soi. Comme je vous vois venir, surtout certains : de façon plus autoritaire, sexuellement conquérante, que ce qu'il est normal de rencontrer dans l’ordinaire d'une musique qui n'est après tout qu'une forme de screamo forestier, forcément portée par nature aux épanchements du cœur ; c'est que chez Wrest le cœur pompe un sang vigoureux, et chargé d'appétits en pagaille, et pollué, qui tourne la tête à l'égal de bien peu, sorti d'Orthodoxyn et des deux monstres de DHG (666 International et A Umbra Omega) ; toutes trois ci-dernières choses, pour n'avoir aucune d'entre elles ceci dans leur sang natif, partageant avec Wrest une certaine américaine affection pour le peplum à effets monumentaux et les princes-démons, quand bien même 666 est toujours un peu à part de toutes les catégories...

Car soudain, l'on tombe sur le dernier Void Paradigm - et l'on se rappelle dans la foulée le dernier Decline of the I - qui tous deux pratiquent le même type d'équipée, de grand carnaval de l'auto-saccage, mais sans aucun peplum ; encore moins black metal, ou encore plus, demi-à poil devant son miroir, chacun en jugera : la technique du crochet au foie le matin en se brossant les dents. A la française. A la fraîche.

2 commentaires:

Raven a dit…

Rarement entendu aussi Fantasmagorique. Cimer.

Raven a dit…

merde mais c'est un skeud à notes de déguste en fait oui, c'est extremities dirt and various cask strength emotions