jeudi 21 mai 2015

Void Paradigm : Earth's Disease

Je sais que je ne suis pas le seul à le penser - à l'éprouver : à Rouen, on n'est pas comme ailleurs. Sordide, du black metal ? Anhédonie, du doom-death ? Allons... allons. S'il vous plaît.
Void Paradigm se qualifient eux-mêmes de dodécatonique-mon-boule. A mon avis, ils se foutent surtout de ta gueule (d'ailleurs ç'a failli marcher dans mon cas et me décourager à l'époque d'écouter leur premier album, avant que je ne décide en accord avec moi-même d'y pressentir une outrance ubuesque de très bonne augure). Les journalistes le supputent un peu d'ailleurs, en ne reprenant le terme que du bout des lèvres, sans savoir s'il faut l'avaler ou bien si c'est de la sauce à nems qu'on veut te faire passer pour du Tokay ; ils les qualifient, tant bien que mal, de black metal.
Void Paradigm, en ce qui me concerne, c'est du rock français. De celui qui fait qu'on en est fier : non pas parce qu'il est fait chez nous, on n'est pas chez Jean-Pierre Pernaut, et qu'on prouverait ainsi qu'on a le niveau des ricains - en l'occurrence, les ricains s'appellent les Norvégiens - ce genre de connerie de vendeurs de yaourts ; mais parce qu'il sublime quelque chose qu'on ne sait faire qu'en France : être Français ; il fait une qualité de cet, sinon quasi-tare, du moins accident pur de la nature.
Black metal, Void Paradigm ? Ved Buens Ende, Void Paradigm ? Si l'un des deux termes vous évoque l'image glorieuse de Jo Théry en queue-de-pie sur une chemise blanche un rien en vrac, les chaussettes en tire-bouchon sur des chaussures de pingouin impeccablement lustrées - et, par déduction, rien entre les deux sinon un vit rubicond d'exagération et puant la vinasse demi-digérée : à votre guise. Si l'un des deux termes vous évoque un Dodheimsgard - déjà... - fortement imbibé au niveau du swing de tout ce que vous voudrez de punk français, depuis l'ultime album de Kickback à tout ce que vous connaissez mieux que moi comme alterno années 80, en passant par Diapsiquir et la scène noise-rock éthylique : à votre guise, bienvenue à ma table. Si vous aimez Lugubrum mais n'avez rien contre l'élégance - en cas de doute sur la définition de l'élégance : retour à l'intervention de Monsieur Théry, un peu plus haut - ni contre les beaux gosses - terme qui contrairement à une idée trop répandue ne désigne ni Vincent Cassel ni Gaspard Ulliel, mais Patrick Dewaere et Gérard Depardieu à 18 ans : il y aura moyen de s'entendre.
On va d'ailleurs s'arrêter ici, tout compte fait, pour ne pas risquer si ce n'est fait de diluer le propos, ce qui serait fâcheux au sujet d'un groupe qui lui n'a jamais la rustrerie de fiche de l'eau dans son pinard - et dieu qu'il serait fâcheux d'être fâcheux avec un groupe si lubriquement aristocratique, et qui réussit à faire passer le black metal - il faut bien préciser, pour éviter tout malentendu, que Void Paradigm ne jouent pas une seconde les snobs trop beaux-gosses pour faire du metal, qu'une bonne ration des riffs ici feront saigner du nez et des gencives n'importe quel groupe parmi la bourgeoisie et les notables de la scène scandinave, et que Théry mérite les doigts dans le cul et sans même faire péter la voix claire un titre excessivement mérité, voire mérité justement dans l'excès du meilleur tonneau, d'Aldrahn français - pour de la musique baroque, la meilleure, celle qui donne envie de tamponner les murs dans tous les sens de la chose
Un album de black metal pour danser et s'humilier en public, quoi ; enfin.

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