lundi 29 juin 2015

Sigh : Graveward

Grand-tante marche rapidement en te tirant par la main, tu trottes par à-coups dans son sillage. Les rues sont désertes et il fait chaud. Elle s’arrête devant un établissement, jette un regard à travers l’épaisse vitrine, vous entrez. Le salon de thé du Roi Crapaud grouille de vieilles, tu es le seul enfant. Grand-tante retrouve d’autres aïeules. Elles lui ressemblent trait pour trait et portent les mêmes vêtements. On t’assoit en bout de table sur une chaise surélevée, trois ancêtres à ta gauche, trois ancêtres à ta droite. Tu fais ainsi face au serveur en livrée blanche qui attend une pause dans la conversation. Le pauvre Pierrot est mort étouffé par un noyau de mangue. Une mangue ça s’épluche, ça se découpe avec une fourchette et un couteau, ça ne s’enfourne pas dans la bouche. Ça ne se suçote pas non plus. Tu connais déjà cette histoire. Grand-tante a commandé pour toi et bientôt dans ton œsophage s’ouvre un défilé de fantasmagories pâtissières : Caligulettes à la fraise des bois, langues de chattes, beignets dans ta gueule, Ra-ra-raspoutines à la crème. On t’apporte un bilboquet. La pratique du jeu d’adresse en position assise s'avère délicate, les échecs répétés te démettent l’épaule. Une vieille prend ta main inerte dans les deux siennes, remonte vers ton poignet et l’enserre comme pour en mesurer le tour. Tu n’aimes pas son sourire. On pose devant toi six colombes ficelées sur un plateau d'argent. Chacune a un rameau d’olivier planté dans le fondement. On te bascule la tête en avant, ta bouche s’ouvre en grand, les chutes d'Iguazú se déversent, recouvrent et noient les créatures.
Les vieilles ont noué d’immenses serviettes de table.
Tu crois perdre connaissance.
On t'apporte un cigare.

Mortuus : De Contemplanda Morte ; de Reverencie Laboribus ac Adorationis

Que reste-t-il à dire du premier Mortuus une fois qu'on a parlé du second en l'y amalgamant juste un peu, comme un sagouin qui méconnaît ses propres toujours possibles éruptions de motivation, surtout un peu beurré ? Que reste-t-il à dire une fois qu'on a écouté un Mortuus, a fortiori deux - surtout un peu beurré ?
Bien déjà, qu'il se dégote aujourd'hui exclusivement à des prix indécents, mais qu'à quelque chose tel malheur est bon, puisque c'est à force d'enrager de ne pouvoir le claironner mien que j'ai redonné une chance à son successeur moins onéreux, et qui d'abord m'avait moins fait impression.
Car c'est bien de douceâtre qu'il s'agit, aussi empoisonné soit-il, avec Grape of the Vine - et assurément pas avec De Contemplanda Morte ; de Reverencie Laboribus ac Adoratioins (et son titre qu'on entendrait presque poussiéreusement prononcé par une version en décomposition bien avancée du vieux sociochopathe vilipendeur du Nom de la Rose). De Contemplanda Morte et caetera est âpre ; sa démence de toute évidence potentiellement dangereuse, est âpre, rêche, sévère, sèche, austère ; il passe nuit après nuit mois après mois année après année à s'écorcher méthodiquement avec une langueur morose et sans jouissance même le début d'une jamais, contre les murs de sa cellule de méditation. Crudité, et maniaquerie morbide.
Alors on va se contenter de cela (c'est ce qu'on appelle un bavard : même pour dire pas grand chose, il lui faut une grande quantité de mots), et ne certainement pas s'aviser de filer des métaphores jusqu'à aboutir à des percées insensées et des vérités farfelues ou bien senties et étonnantes, ou ne fût-ce qu'une conclusion et des résultats d'analyse. Parce que De Contemplanda Morte est simplement une doucereuse et corrosive épreuve, dont on ressort chaque fois épuisé, parce qu'on est un sensuel et un glouton, mais frustré, écœuré et amer, parce qu'il n'y a rien qu'il ait à vous, a-hem, apporter, dont vous enrichir, à en attendre ; que la morosité, et le sentiment de votre ordure lymphatique, et votre pourriture déjà entamée de longue date.

dimanche 28 juin 2015

Hate Force : Back for More

L'idée ne saurait être plus loin de moi, que de prétendre véritablement compléter en quoi que ce soit ce qu'en a dit mon compère il y a peu : il a dit très exactement tout ce qu'il fallait, et largement prouvé si jamais besoin était la parfaite acuité de ses sens de sommelier. Vous pouvez croire que ce cru-ci se classe très exactement où il dit.
Mon idée était juste de proposer le témoignage micro-trottoir d'un auditeur qui vient de prendre son avoine du premier contact avec le disque dont il est question.

Le chant : Henry Rollins, Paul Bearer (rien à voir avec le groupe homophone, mais alors ce qui s'appelle : rien) et un rien d'Anthony Kiedis pour la blague, hop, zou, dans la machine à Brundles (c'est comme une machine à sodas, mais avec des génotypes). Rajoute de la bière de maçon, et le pinard que l'inspiration te suggère, si t'en as pas tu te fais conseiller par le sus-nommé compère.
La batterie : totalement simienne, comme se devrait de l'être tout batteur, sauf lorsqu'elle est complètement au fraises électrocutée par sa propre frénésie, comme se devrait de l'être tout batteur ; le cousin béarnais (sic) de Rich Hoak, un peu.
Les guitares : nineties. A savoir vaguement indus, moitié parce que c'est voulu, que c'était l'époque (froideur, désabus, World Demise, Napalm Death...), moitié parce que c'est même pas voulu, que c'était l'époque (Helmet, Starkweather, Snapcase, la dureté du tranchant...). Hardcore pour le groove gorillesque. Metal pour le meilleur - l'evilness du veau axe Venom-Slayer-Biohazard en filigrane, genre All Out War tout en alu, le rock à la AC/DC/Motörhead mais version oï, école Slapshot. Plus punk, tu meurs. Brillantes, dans tous les sens du terme.
Limite, ça aurait mérité ne l'écouter qu'une fois, en hommage à la métaphore de notre sommelier au nez coupant, et de rester sur cet éblouissement. Mais bon, faut pas déconner : on va se le choper et le faire tourner régulièrement.

Le verdict du collectionneur : double win, pour qui voit son étagère hardcore old-school comme un club très élitiste : peu peuplée, que du beau linge - Killing Floor, Rollins Band, Slapshot, deux Black Flag seulement... - et pour qui est toujours enthousiaste à l'idée d'élargir, avec parcimonie toujours, la petite famille des psychopathes de New York : Sheer Terror, Cro-Mags, Type O, Life O...
Mais surtout, des fourmis dans les jambes comme rarement. Il paraît que le hardcore est plus du sport que de la musique. J'entends ce petit album, je donnerais presque raison au mange-merde qui a un jour pondu ça comme son plus bel œuf, parce ce petit album me rappelle comme mon petit corps a eu envie de rire aux éclats le jour où je me suis mis à courir comme ça, pour rien, en allant chercher le pain. Du sport avec un petit ballon de blanc bien frais.

samedi 27 juin 2015

Mortuus : Grape of the Vine

En v'là une de catégorie rare - entendez : précieuse. Le black qui flanque la nausée. Et plus précisément ici, car je sens qu'on sent déjà venir mon sempiternel couplet (au mieux : au pire on croit que je vais parler de Peste Noire) à base de Hell Militia, accompagné de ses Aosoth et Vorkreist habituels : je ne parle pas de celle-là ; d'une autre tout aussi toxique mais douceâtre, elle ; que partagent.... eh : d'autres groupes français, Decline of the I, Obscurus Advocam, Merrimack, Ataraxie... un certain metal lettré dans sa dégénérescence, en somme.
C'est étrange, d'ailleurs, cette propension que montre le black orthodoxe - peut-être vient-ce tout simplement du fait qu'il vénère généralement Deathspell Omega - à évoquer la France, et particulièrement, quelle surprise, celle interlope de la première moitié du siècle passé. Sauf que, chez ce second Mortuus, la chose en est une bien plus pénétrante - comme une odeur de vomi - que l'étrange mais charmante absurdité qu'elle constitue dans la démo de Devouring Star, avant justement que ces derniers pour leur album ne tombent dans le plagiat étouffe-belle-mère de Deathspell Omega. Chez Mortuus, elle s'enlace étroitement à un sens horrible du tempo en forme de roulis permanent, de tangage existentiel, de titubance spirituelle... de nausée. Rien qui retourne l'estomac comme une chaussette et renvoie tripes et boyaux à la terre, non : cet écœurement hideux et insidieux, cette molle valse de l'âme que l'on redoute plus encore, et qui n'a nulle racine pour l'éradiquer... Très insidieux album ; tout comme le précédent album de Mortuus, Grape of the Vine s'il est écouté ne serait-ce qu'avec un début de distraction, d'attention à autre chose, est un album inoffensif, qui incite l'attention à le fuir, à dessus lui glisser, qui ne vous touchera pas lui non plus ; le premier l'était en étant vaguement désagréable, et identiquement non-accrocheur par la monotonie de ses mélodies et cadences à l'unisson croupies ; Grape of the Vine l'est parce que presqu'agréable avec ses airs de black orthodoxe déserté par tout feu et toute idée - douceâtre, en vérité. Comme la fascination morbide. Comme le pus aussi, à ce qu'on dit ? Maintenant que vous me le faites remarquer, je ne sais pas si j'avais déjà ressenti pour le black metal cette impulsion à s'enflammer et statuer, qu'on peut éprouver devant le death. En tous cas, si je me mets à chercher à cette heure-ci des disques qui pourraient me faire pérorer "Ecce black metal", je vois les deux albums de Creeping (Order of Snakes n'est jamais sorti en physique, appris-je tout récemment), quelques Darkthrone cela va de soi (pour faire court on dira Transilvanian Hunger et Sardonic Wrath), Ordo ad Chao, The Ark Work... La maladie, pas l'athlétisme ni la prouesse pornographique. Et, donc, les deux disques de Mortuus. Un truc fuyant, qui vous emmène le suivre intrigué dans sa molle errance aux informes contours - et vous paume avec lui dans sa misère sans issue, son égarement flasque dont le subtil goût âcre une fois sur la langue ne s'oublie plus - un peu l'effet que faisait The Acausal Mass, un autre disque uniquement de matière et de saveur, mais du moins lui vous perdait il en émerveillement écarquillé d'horreur, en contemplation... Rien d'autre à trouver chez Mortuus que la torpeur et l'hébétude désespérées.

mercredi 24 juin 2015

Serpent Noir : Erotomysticism

Il est des gens qui ont toujours bon goût ; peu importe qu'il change tous les deux ans : ils l'auront ; question de condition physique ; de veille esthétique ; et de bon goût. Même dans le mauvais goût : ils ont le bon. Peu importe comment on les appelle, car cela aussi change tous les deux ans ; dans mes années tendres, c'étaient les chébrans ; aujourd'hui, j'ai cessé de vouloir y trouver mes petits ; je n'en ferai jamais partie, et ils seront toujours les mêmes, comme l'agent Smith.
Serpent Noir n'est pas pour eux ; enfin, je n'ai pas souvenir d'avoir écouté autre chose d'eux, même la dernière fois que j'ai voulu rentabiliser les frais de port sur une commande Daemon Worship, mais rien que le nom, t'as compris ; alors je fais confiance. Serpent Noir fait ici du black noyauté par la cold-wave, mais Serpent Noir ne s'adresse pas à ceux qui ne jurent que par (pour une fois, je comprends le sens de la formule : propre) The Gault. Serpent Noir est pour ceux qui aiment les groupes de seconde zone et leurs chefs-d’œuvre authentiques ; en cold-wave comme en black metal : Messieurs, en rangs, comptez-vous ; nous sommes légion, et nous ne connaissons pas la honte. Potentiam, Project Pitchfork, Alan Woxx, les tout premiers Moonspell, Circle of Ouroborus, le dernier Inferno auquel on pense beaucoup, et donc forcément Root et Drakar, Limbo qui jouerait très sobrement (je ne dirai pas sérieusement : Limbo est toujours sérieux, contrairement au branché qui ne l'est jamais, sauf lorsqu'il est question du bon goût) du Sisters of Mercy, Dolorian et ses larmoiements semblables à un disque rayé d'enregistrements de Robert Smith en train de s'accorder... On pourrait continuer encore un peu, mais on a saisi l'idée, et les eaux glauques où l'on nagera avec le Serpent Noir. 
Erotomysticism regorge de choses qui ne se font pas, ou qui un jour ne se feront pas si jamais elles peuvent passer aujourd'hui ; et qui se feront toujours chez les personnes qui ont du goût. Erotomysticism est fait pour les gens qui aiment des choses ringardes, et pas pour ceux qui aiment les choses parce qu'elles sont ringardes, la différence est de première importance. La même qu'entre le kitsch et... l'honnêteté. Erotomysticism ne s'interdit rien, comme tout bon disque de dark-wave. Au point qu'on finit par céder à l'accorte suggestion de son ambiance orientale enveloppante et moite, et à la tentation - de citer le maître de tous les albums ringards aux ambiances d'où la seconde zone touche l'interzone : Erotomysticism est la transcription en langue heavy vite-fait-black de The Top.

mercredi 17 juin 2015

Hate Force : Back for more


Evidemment, le premier truc qui saute aux yeux, c’est la pochette, on est d’accord. On a déjà vu plus vendeur, même dans le genre. Par contre, vous avez bien vu la date ? 1991. Quasiment l’année du premier Biohazard, entre autres. La mode était au bleu, faut croire. Vous l’avez compris, là on est sur de l’historique, du patrimonial. Reliure janséniste en maroquin, tranches dorées et tout le berzingue. La photo des gonzes ne trompe pas, celle de l’homme éponge en tête. Tshirts de Cro mags, Sheer terror, on est à la bonne adresse.

Une fois j’avais trouvé un pinard hallucinant à un prix débile au supermarché du coin (un leader price je crois bien). Genre le nectar des dieux. Ivre de joie (mais pas que), je fonce me réapprovisionner à la première occasion. Il n’y en a plus, et ils n’en recevront plus. Vous voyez le tableau ? Ben Hate force c’est un peu le même genre de "déception". Un cd qui sort d’on ne sait où, trouvable à un prix modique, qui botte les culs par caisse de six et qui n’a jamais eu de suite.

Diabolos Rising : Blood, Vampirism and Sadism

Deux bolosses rising, ou le résultat approximatif d'un Yello Giallo au rabais - paie ton nom tropicolo et ta pochette promo de supermarché - tentant de jouer dans les mêmes boudoirs saloins que Sigillum S ; c'est à peu près aussi moche, et plus kitsch encore, que du Limbo tardif, avec ce qu'il faut de dark waverette en plastique et de riffous black métal caoutchouteux pour coller à foutrement merveille sur un p'tit boulard sataniste de série Z.
Je ne dirais certes pas si le disque est bon, mais à quoi bon quand le film se repasse sans relâche, en tout nanard sympathique à la tache dont il s'acquitte honorablement sans capuchon ni lubrifiant sur le kimono - qui a dit Urotsukidoji ?

samedi 13 juin 2015

Papy Brossard

Regardez les enfants, qui vient pour le goûter, par l'odeur du Banga alléché... Enfin, sans doute plus par la perspective d'un arrière-goût de fruits confits dans le A'Bunadh, mais ce sera quand vous dormirez à poings fermés. Ouvrez vos oreilles, c'est Onc'Jean-Jean qui raconte...


Baroness - Yellow & Green


Gratte gratte... Oui bon... je peux la faire cette intro choupinoute qui sert à rien... C'est tout moi, et ça ne sera que la crème à ton contact, calme-toi... Mais oui je t'aime, bordel ! Je te dédicace le tube imparablement patacouffin qui suit en piste deux - je leur laisse mes os, qu'ils les emmènent loin, je les ai polis avec amour... Eh tu vois, je pense encore à tes rêves bleus ; contente ? Baba-au-Roness il te dit qu'il ne veut plus jamais percer ses chicots comme sur Gencives Album (red pour les intimes, "font, leurs, dents" pour les slowendiens, oublié pour bibi) et qu'il fera jamais dans le slipquenotte et dans la musique de méchants adolescents ou
grognera comme un méchant adulte. "Cocanium" je te laisse la partie Metallica quelques secondes, et puis je les abandonne dans l'écurie pour m'envoler dans mon gros business à décoiffer les granges (le fermier-pâtissier en chef n'a pas cité abusivement, diantre). "Eula", euh là... euh moi, euh mon cœur de crème, euh oui, je t'oublierai je pense, mais jamais "le goût de ma propre langue"... de chat. Mon boudoir à charlotte aux fraises imbibé de liqueur, pour être plus précis - merci. Non ce n'est pas triste, c'est beau - mais écoute chérie, je crois que cette fois tu vas y passer...Oui bien sûr : ce double-menton est ingrat, certes, et tu m'as été utile jusqu'alors !... Mais tu étouffes mes mélodies, elles veulent respirer, être libres. Tu entouffes mon avenir de rock star crémeuse dont les filles de la campagne rêvent de caresser les joues. Car je suis ce Nickelboule des champs qui aspire aux bisous sur la peau fraîche, ce Béchamelback généreux qui déborde de plaisir à partager mais que tu entraves de ton collier ! Alors je crois que le divorce est sur le point d'intervenir. Faut que je puisse leur montrer ma vraie gueule de mélodiste bourru tu comprends ? Leur montrer ma Baro-bouille. C'est bon, c'est décidé... c'est de la mousse biologique, label vert, car cette fois j'en ai vraiment ras-la-glotte de toi je ne tiens plus...Oh oui, tu es si longue, si drue... j'opte donc pour l'option électrique, tu as raison - puisque je sais encore le faire malgré mes douces acoustiques...Pourquoi cette décision, de couper nos liens ? Parce que j'en ai marre de m'appeller Beubarness, toison de malheur. Parce que je suis un chauve aux rêves chevelus, et surtout un chauve qui aspire à être chauve des joues - comme le chanteur de Midnight Oil, oui, si tu veux - et que j'ai besoin de respirer près de ces putains de fourneaux de la boulangerie-pâtisserie... où on m'appellera désormais Brossardness, moi et mes gros cakes savannah à ouvrir en faisant péter le paquet d'une main comme les gamins - chpok - miom. Imberbe comme mes burnes et prêt à partager le cake de l'amitié avec tous mes amis. Eunuque comme Greyjoy mais Joie jamais grise, du moins pas pour l'instant, et - ô ironie - qui aura jamais autant mérité de s'appeller Baizley, et qui ne schlinguera plus, jamais, car il gambade dans les fleurs avec sa copine Kylesa la bombe fatale de la moite campagne, avec qui il partage désormais certaines visions tout aussi moites. Je partage tout. Même mon Kiedis à bourrelets sur "Mtns.", car je suis libre, et que mes fruits confits ne retomberont plus au fond du moule pendant la cuisson ! Adieu chérie... et puis Adieu érections manquées, bonjour caresses - Adieu Noeud-rose, et hisse ! Adieu, toison qui me leste... Montons tous au panthéon des printemps éternels, soyons nos propres moutons et nos propres bergers... Montons aux berges, la caravelle en caramel est prête à partir vers les horizons les collines de guimauve... Place au plus beau des pique-niques. Pour espérer être moussaillon des champs sur mon rafiot millefeuille quadruple épaisseur, espérer apprécier mes pièces-montées pleines de crème et mes religieuses - droit de copie Gégé - à leur juste chou surplombant le gros chou (celui qu'on croque en premier, le Jaune ou le Vert, lequel des deux est le petit ?), il faudra désormais être... oui... un glouton !

Jean-Jean

jeudi 11 juin 2015

Ende : The God's Rejects

Est-ce qu'on a l'impression de savoir ce qu'Ende cherche à faire, avec sa démo ? Non. Est-ce qu'on en a quoi que ce soit à foutre lorsque c'est aussi bien fait ? Enfer non.
Ce que fait Ende, c'est du black metal. Le black metal, c'est la forêt la nuit. Tu m'étonnes que tu comprends pas tout. Mais on s'en fout. On s'en fout que sur la même cassette cohabitent des vocalises rituelles réminiscentes de Reverence (bon sang ne saurait mentir), et des titubations entre punk'n'roll et doom'n'roll, réminiscentes sans rougir d'un quart de poil givré du Darkthrone magique et malade de Hate Them, Sardonic Wrath et The Cult is Alive - ouais : excusez du peu.
Ce que ne cherche absolument pas - à moins que si... - mais réussit Ende, c'est nous perdre ; dans une futaie aux abords du sinistre temple de la jaquette sans doute - sinistre autant qu'il est menacé, déjà, par le regard mal intentionné qui l'épie de sous les frondaisons, et que dès la pochette l'on vous attribue sans vous demander votre avis. Ce que fait Ende, c'est jouer du black metal, un peu comme le faisait Hell Militia sur Last Station on the Road to Death, avec un son qui file encore plus les miquettes, à la limite du crust, de l'indus, et du Wold : une musique qui sent la charogne, et l'haleine carencée, viciée, faisandée de ceux qui la mangent à titre cannibale ; une musique de mâtins infernaux et de nuits fantastiques, une musique chargée des bruits et des odeurs de la forêt, et de toute sa malveillance.
The God's Rejects est une masse confuse et inquiétante de peaux de bêtes, de condensation de respirations haletantes et bestiales sous la lune à travers les branches cruelles, de cavalcades de bottes dans la neige, de gestes crus... l'épais - comme une mauvaise brume à y choper le tétanos - climat onirique de The God's Rejects réussit on ne peut mieux à sa violence crue, animale, trapue ; on n'est pas ici en terres si éloignées de Reverence après tout, bon sang décidément ne sait mentir : on est simplement plus au Nord, dans les régions plus sauvages, primitives et mal famées de ce territoire, pour un peu on s'emballerait et les trouverait plus fantastiques encore que chez l'autre projet, plus propices à y voir tout arriver à commencer par les formes confuses les plus impossibles qui puissent débouler à travers les futaies... Where the wild things are, style ; bientôt on citerait Obszön Geschöpf (on finit enfin par se faire la remarque qu'après tout, un brin d'odeur industrielle ici ne relève probablement pas de l'hallucination, sacré bon sang), on trouverait à Void des airs lyriques et bipèdes en comparaison, on est au bord plusieurs fois de carrément citer le sommet de confusion entre épopée et terne barbarie qu'on appelle "Norway in September"... On a rapidement (c'est qu'il s'est écoulé peu de temps, entre le début et la fin de ce voyage qui vous secoue comme un prunier) envie de croire que c'est juste le spectre du black metal dans toute sa venteuse rigueur. Et n'est-ce pas aussi ce que c'est ? Ces riffs émondés de tout ce qu'il est possible sans altérer leur efficacité élémentaire, ce son le plus verglacé possible, ces rythmiques les plus directes et primitives possibles... Métal noir cru. Ce qui s'appelle réinventer, et qui n'est jamais banal.


P.S : ouf, mission accomplie : on a réussi à boucler l'article sans parler de D***** L*** ; on peut bien pour finir signaler que The God's Rejects était enregistré depuis 2008, et que personne n'avait eu le bon goût ni surtout la pertinence de lui donner corps jusqu'ici, imaginez vous un peu ! On soutient donc Cold Dark Matter bien prestement, parce que ce que fait ce bonhomme mérite plus que du respect.

vendredi 5 juin 2015

Cave of Swimmers : Reflection

Le heavy est une musique qui fait rire, lorsque c'est mal fait. Le heavy est une musique que l'on peut aimer à écouter - bourré par exemple - lorsqu'on veut se prouver avec une mâle vigueur que l'on est capable de prendre son plaisir sans fausse pudeur même lorsqu'on se sait en posture risible - ne l'est-on pas d'ailleurs toujours dans le plaisir, dans son abandon ?
Mais quelquefois, le heavy est juste de la musique qui fait mal. Oui, tout juste comme un disque d'Oxbow ; un disque de Danzig ; un disque de Motörhead ; un disque de Cure. De la musique pesante et de la musique qui s'écoute seul. C'est une vérité empiriquement prouvée, figurez vous : j'ai écouté Reflection bourré et accompagné - de la plus idéale et idoine des façons, du reste, par quelqu'un de tout aussi candide que moi, et réceptif à cette évidence qu'est la totale absence de second ou troisième degré chez Cave of Swimmers ;  cela ne fonctionne juste pas ; on sourit, d'un coin de bouche, ou toutes dents dehors qu'importe : on est déjà à côté, et à distance.
Je crois n'avoir pas souri une fois, chaque fois que j'ai écouté Reflection seul ; même les fois où c'est la flamme épique qui l'a emporté, dans le dangereux tumulte de ses émotions aussi troubles que tempétueuses. Reflection, moins encore que leur premier disque, ne fait pas rigoler, tout comme je n'ai jamais rigolé en écoutant The Real Thing - ni, autre point commun entre les deux, ressenti la moindre impression d'un quelconque tissu de délires, la moindre accumulation de plans, loufoquerie, ouferie, foutraquerie, pantalonnade, et tout ce qui s'ensuit : tout est logique ici, continu, fluide, fatidique, tragique. Tout ne fait que constituer le tissu qui est la chair de Cave of Swimmers, cette chair qui vit ici, au présent comme il va de soi.
Aussi vais-je vous laisser faire connaissance seuls avec le disque, parce qu'on n'a nul besoin d'être regardé, non plus que d'être encouragé, dans ces moments de rencontre dont la nudité est le seul uniforme.

The Order of Israfel : Wisdom

C'est un homme : il ressemble trait pour trait à Christ. Il a l'allure générale d'un berger des montagnes, svelte et bien découplé, son poil est blond et fleuri, il sent bon le sable, le miel et l'encens. Son sourire est large et accueillant. Ses yeux sont rieurs et bons. Ses bras s'ouvrent paraissant chargés de promesses célestes. Les mots qui s'écoulent de sa bouche charnue sont pareils à la fleur d'oranger, et semblent un chant dans l'aurore du monde.
Mais ce n'est pas Christ ; il est monté sur une Harley Davidson brillante de la pompe et du lustre de tous ses Saints Chromes, dans les sacoches de laquelle une sono à faire tomber à nouveau le Mur de Jéricho claironne du Reverend Bizarre et du Kanye West, et dans sa main est une chaîne de vélo toute plaquée d'or blanc. Et il est en route pour faire avaler toutes ses dents au Nazaréen.


The Gates of Slumber en charge d'un porno sixties scénarisé, casté et réalisé par Tim Willocks, si vous voulez.