jeudi 11 juin 2015

Ende : The God's Rejects

Est-ce qu'on a l'impression de savoir ce qu'Ende cherche à faire, avec sa démo ? Non. Est-ce qu'on en a quoi que ce soit à foutre lorsque c'est aussi bien fait ? Enfer non.
Ce que fait Ende, c'est du black metal. Le black metal, c'est la forêt la nuit. Tu m'étonnes que tu comprends pas tout. Mais on s'en fout. On s'en fout que sur la même cassette cohabitent des vocalises rituelles réminiscentes de Reverence (bon sang ne saurait mentir), et des titubations entre punk'n'roll et doom'n'roll, réminiscentes sans rougir d'un quart de poil givré du Darkthrone magique et malade de Hate Them, Sardonic Wrath et The Cult is Alive - ouais : excusez du peu.
Ce que ne cherche absolument pas - à moins que si... - mais réussit Ende, c'est nous perdre ; dans une futaie aux abords du sinistre temple de la jaquette sans doute - sinistre autant qu'il est menacé, déjà, par le regard mal intentionné qui l'épie de sous les frondaisons, et que dès la pochette l'on vous attribue sans vous demander votre avis. Ce que fait Ende, c'est jouer du black metal, un peu comme le faisait Hell Militia sur Last Station on the Road to Death, avec un son qui file encore plus les miquettes, à la limite du crust, de l'indus, et du Wold : une musique qui sent la charogne, et l'haleine carencée, viciée, faisandée de ceux qui la mangent à titre cannibale ; une musique de mâtins infernaux et de nuits fantastiques, une musique chargée des bruits et des odeurs de la forêt, et de toute sa malveillance.
The God's Rejects est une masse confuse et inquiétante de peaux de bêtes, de condensation de respirations haletantes et bestiales sous la lune à travers les branches cruelles, de cavalcades de bottes dans la neige, de gestes crus... l'épais - comme une mauvaise brume à y choper le tétanos - climat onirique de The God's Rejects réussit on ne peut mieux à sa violence crue, animale, trapue ; on n'est pas ici en terres si éloignées de Reverence après tout, bon sang décidément ne sait mentir : on est simplement plus au Nord, dans les régions plus sauvages, primitives et mal famées de ce territoire, pour un peu on s'emballerait et les trouverait plus fantastiques encore que chez l'autre projet, plus propices à y voir tout arriver à commencer par les formes confuses les plus impossibles qui puissent débouler à travers les futaies... Where the wild things are, style ; bientôt on citerait Obszön Geschöpf (on finit enfin par se faire la remarque qu'après tout, un brin d'odeur industrielle ici ne relève probablement pas de l'hallucination, sacré bon sang), on trouverait à Void des airs lyriques et bipèdes en comparaison, on est au bord plusieurs fois de carrément citer le sommet de confusion entre épopée et terne barbarie qu'on appelle "Norway in September"... On a rapidement (c'est qu'il s'est écoulé peu de temps, entre le début et la fin de ce voyage qui vous secoue comme un prunier) envie de croire que c'est juste le spectre du black metal dans toute sa venteuse rigueur. Et n'est-ce pas aussi ce que c'est ? Ces riffs émondés de tout ce qu'il est possible sans altérer leur efficacité élémentaire, ce son le plus verglacé possible, ces rythmiques les plus directes et primitives possibles... Métal noir cru. Ce qui s'appelle réinventer, et qui n'est jamais banal.


P.S : ouf, mission accomplie : on a réussi à boucler l'article sans parler de D***** L*** ; on peut bien pour finir signaler que The God's Rejects était enregistré depuis 2008, et que personne n'avait eu le bon goût ni surtout la pertinence de lui donner corps jusqu'ici, imaginez vous un peu ! On soutient donc Cold Dark Matter bien prestement, parce que ce que fait ce bonhomme mérite plus que du respect.

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