samedi 27 juin 2015

Mortuus : Grape of the Vine

En v'là une de catégorie rare - entendez : précieuse. Le black qui flanque la nausée. Et plus précisément ici, car je sens qu'on sent déjà venir mon sempiternel couplet (au mieux : au pire on croit que je vais parler de Peste Noire) à base de Hell Militia, accompagné de ses Aosoth et Vorkreist habituels : je ne parle pas de celle-là ; d'une autre tout aussi toxique mais douceâtre, elle ; que partagent.... eh : d'autres groupes français, Decline of the I, Obscurus Advocam, Merrimack, Ataraxie... un certain metal lettré dans sa dégénérescence, en somme.
C'est étrange, d'ailleurs, cette propension que montre le black orthodoxe - peut-être vient-ce tout simplement du fait qu'il vénère généralement Deathspell Omega - à évoquer la France, et particulièrement, quelle surprise, celle interlope de la première moitié du siècle passé. Sauf que, chez ce second Mortuus, la chose en est une bien plus pénétrante - comme une odeur de vomi - que l'étrange mais charmante absurdité qu'elle constitue dans la démo de Devouring Star, avant justement que ces derniers pour leur album ne tombent dans le plagiat étouffe-belle-mère de Deathspell Omega. Chez Mortuus, elle s'enlace étroitement à un sens horrible du tempo en forme de roulis permanent, de tangage existentiel, de titubance spirituelle... de nausée. Rien qui retourne l'estomac comme une chaussette et renvoie tripes et boyaux à la terre, non : cet écœurement hideux et insidieux, cette molle valse de l'âme que l'on redoute plus encore, et qui n'a nulle racine pour l'éradiquer... Très insidieux album ; tout comme le précédent album de Mortuus, Grape of the Vine s'il est écouté ne serait-ce qu'avec un début de distraction, d'attention à autre chose, est un album inoffensif, qui incite l'attention à le fuir, à dessus lui glisser, qui ne vous touchera pas lui non plus ; le premier l'était en étant vaguement désagréable, et identiquement non-accrocheur par la monotonie de ses mélodies et cadences à l'unisson croupies ; Grape of the Vine l'est parce que presqu'agréable avec ses airs de black orthodoxe déserté par tout feu et toute idée - douceâtre, en vérité. Comme la fascination morbide. Comme le pus aussi, à ce qu'on dit ? Maintenant que vous me le faites remarquer, je ne sais pas si j'avais déjà ressenti pour le black metal cette impulsion à s'enflammer et statuer, qu'on peut éprouver devant le death. En tous cas, si je me mets à chercher à cette heure-ci des disques qui pourraient me faire pérorer "Ecce black metal", je vois les deux albums de Creeping (Order of Snakes n'est jamais sorti en physique, appris-je tout récemment), quelques Darkthrone cela va de soi (pour faire court on dira Transilvanian Hunger et Sardonic Wrath), Ordo ad Chao, The Ark Work... La maladie, pas l'athlétisme ni la prouesse pornographique. Et, donc, les deux disques de Mortuus. Un truc fuyant, qui vous emmène le suivre intrigué dans sa molle errance aux informes contours - et vous paume avec lui dans sa misère sans issue, son égarement flasque dont le subtil goût âcre une fois sur la langue ne s'oublie plus - un peu l'effet que faisait The Acausal Mass, un autre disque uniquement de matière et de saveur, mais du moins lui vous perdait il en émerveillement écarquillé d'horreur, en contemplation... Rien d'autre à trouver chez Mortuus que la torpeur et l'hébétude désespérées.

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