mercredi 24 juin 2015

Serpent Noir : Erotomysticism

Il est des gens qui ont toujours bon goût ; peu importe qu'il change tous les deux ans : ils l'auront ; question de condition physique ; de veille esthétique ; et de bon goût. Même dans le mauvais goût : ils ont le bon. Peu importe comment on les appelle, car cela aussi change tous les deux ans ; dans mes années tendres, c'étaient les chébrans ; aujourd'hui, j'ai cessé de vouloir y trouver mes petits ; je n'en ferai jamais partie, et ils seront toujours les mêmes, comme l'agent Smith.
Serpent Noir n'est pas pour eux ; enfin, je n'ai pas souvenir d'avoir écouté autre chose d'eux, même la dernière fois que j'ai voulu rentabiliser les frais de port sur une commande Daemon Worship, mais rien que le nom, t'as compris ; alors je fais confiance. Serpent Noir fait ici du black noyauté par la cold-wave, mais Serpent Noir ne s'adresse pas à ceux qui ne jurent que par (pour une fois, je comprends le sens de la formule : propre) The Gault. Serpent Noir est pour ceux qui aiment les groupes de seconde zone et leurs chefs-d’œuvre authentiques ; en cold-wave comme en black metal : Messieurs, en rangs, comptez-vous ; nous sommes légion, et nous ne connaissons pas la honte. Potentiam, Project Pitchfork, Alan Woxx, les tout premiers Moonspell, Circle of Ouroborus, le dernier Inferno auquel on pense beaucoup, et donc forcément Root et Drakar, Limbo qui jouerait très sobrement (je ne dirai pas sérieusement : Limbo est toujours sérieux, contrairement au branché qui ne l'est jamais, sauf lorsqu'il est question du bon goût) du Sisters of Mercy, Dolorian et ses larmoiements semblables à un disque rayé d'enregistrements de Robert Smith en train de s'accorder... On pourrait continuer encore un peu, mais on a saisi l'idée, et les eaux glauques où l'on nagera avec le Serpent Noir. 
Erotomysticism regorge de choses qui ne se font pas, ou qui un jour ne se feront pas si jamais elles peuvent passer aujourd'hui ; et qui se feront toujours chez les personnes qui ont du goût. Erotomysticism est fait pour les gens qui aiment des choses ringardes, et pas pour ceux qui aiment les choses parce qu'elles sont ringardes, la différence est de première importance. La même qu'entre le kitsch et... l'honnêteté. Erotomysticism ne s'interdit rien, comme tout bon disque de dark-wave. Au point qu'on finit par céder à l'accorte suggestion de son ambiance orientale enveloppante et moite, et à la tentation - de citer le maître de tous les albums ringards aux ambiances d'où la seconde zone touche l'interzone : Erotomysticism est la transcription en langue heavy vite-fait-black de The Top.

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