lundi 20 juillet 2015

Imaginary Forces : Low Key Movements

On arrête tout. A commencer par vos conneries de "bass music" si ce n'était encore fait, là, Andy Stott, Actress, toutes ces mignardises au givre Vivelle et compactes comme un Magnum choco intense. On peut même oublier les disques, dont on veut pas se rappeler le nombre, du Scorn de la fin, pas tout à fait embarrassants mais tellement vains et émoussés...
Il est là, l'héritier de Scorn ; on y pensait depuis son premier album (tout ce qu'il a pu sortir en format court, gravé ou digital, je n'ai pas écouté) sans oser le dire, mais ça devient difficile d'y couper ; l'aridité de Logghi Barogghi, le dernier très bon album de Scorn, et les fantômes-chloroformes de Gyral, sont ici à tortiller mollement comme des asticots égarés dans le bain de la délicate mais nette acidité qu'il y a toujours eu à Imaginary Forces, dans cette étrange espèce de poésie de laboratoire, qu'on sentait déjà dans Uppstigande et qui s'affirme ici en se concentrant, dans une forme quasi animale, en se ramassant, jusqu'à paraître à chaque instant calmement prête à bondir à la manière de quelque gazeux félin, droit aux parties vitales pour vous immobiliser, immobile elle-même mais grouillant de mouvement, de remous de hip-hop, de 2-step... de la "bass music", me direz-vous ? Certainement : Low Key Movements est une musique dont sourd la fièvre à chaque instant... Hé, c'est qu'on danserait presque, là-dessus, au rythme où l'on danserait sur du Tricky dans un hammam, un peu, et bourré de médicaments jusqu'aux yeux ; au rythme où l'on danserait sur du Imminent de la fin, mais doué d'une urbaine forme de paludisme si typiquement anglaise... Imaginary Forces en effet possède cette science du beat, que maîtrisait insensément Harris à une époque, ni tout à fait mental ni tout à fait dancefloor : juste au point de confusion miraculeux entre les deux, celui qui fait glisser et raye les neurones, d'ailleurs ne voilà-t-il pas que les rythmes deviennent glissants sur leurs appuis tout à coup à mesure qu'on se met penser le mot glisser ? Imaginary Forces, mine de rien pour un projet que j'essaie de faire passer pour illbient et autre broken-beat, se mesure également à rien de moins que la psychotoxicité de Starfish Pool.
On pourrait encore facilement citer Scott Strugis, et Typhoid, mais on a compris. Tout est dit. Un hybride dangereux et imprévisible, un truc cru comme un bout de buvard tout nu que tu mets sur ta langue et qui va te propulser dans un voyage dont la seule chose que tu peux être sûr est qu'il va sévèrement brusquer tous tes réflexes habituels ; tout ce que doit être la musique techno, et non une autoroute à abrutir par la massive inertie du sommeil.

jeudi 16 juillet 2015

Howls of Ebb : The Marrow Veil

Et si Witchrist, Rites of Thy Degringolade et Weapon, au lieu de tristement et bêtement splitter chacun dans son coin, avaient fait juste ce qu'il fallait : le contraire ? Ne pas splitter, mais convoler en un seul groupe, qui reprendrait ainsi où chacun des trois aurait dû continuer - surtout pour les deux en W, qui se sont un rien fourvoyés vers la fin. Taïaut sur le heavy bistre et biscornu et le progressif des Enfers. La bande-son qu'on aurait préféré ne pas connaître aux histoires orientales du vieux HPL. Morbus Chron peut numéroter ses abattis si ça lui chante, de toutes les façons ils seront instantanément réduits en cendre lorsque la chose dilatera l'une de ses fétides narines trilobées.
Howls of Ebb, vous allez avoir l'air fin lorsque vous allez vous y mettre avec un train de retard, confirment le groupe prodigieusement dangereux, affreusement réjouissant, et délicieusement pénible à écouter, qu'on les pressentait être. Le son, organique, toujours plus aride, cru un peu à la façon du dernier mini de Vorum (dont il partage l'effet de piqûre cuisante, malgré une durée de propagation dans l'organisme différente), toujours moins metal, suscitera difficilement d'autres références que Hems, Bästard, Aluk Todolo, Shub Niggurath - à qui il faudra ajouter une récurrente stridence lacéreuse tout à fait dans le goût Broadrick de méchante humeur - ou alors des références botaniques (allez, je vous en mets quand même deux comme ça, des vignettes métalliques : Morbid Angel dans le rôle d'un Jamais-Né du Warp qui parvient à s'incarner en volant le corps de Baring Teeth, et jouit de se voir si souple en ce miroir ; Tarantula Hawk et Mayhem en charge de la bande originale d'un Starship Troopers repris à la base par Hans Rudi Giger. Du black chaud comme le venin de crotalito, or chacun sait que c'est impossible : ça tombe bien, voilà le royaume de Howls of Ebb).
D'ailleurs, pour continuer la série que je suis presque sûr d'avoir entamée ainsi que j'en avais l'intention, celle où le métal n'est plus l'élément approprié, remplacé chez Blut aus Nord par le verre, chez Reverorum Ib Malacht par le fog, chez Portal par la boue, chez Merrimack par le bois pourri, j'en oublie quelques uns que j'avais pourtant fermement en tête sur le coup... Howls of Ebb ne joue pas du métal - quelle drôle d'idée ! - mais de l'alcaloïde. Ou de la chitine, je n'ai pas encore décidé en cette alternative épineuse.

samedi 11 juillet 2015

Reverorum Ib Malacht : Demo 09

Si le soyeux et le gluant étaient une même texture... attendez ; on part très mal, là. Reprenons.
Le soyeux et le gluant sont une même matière. Et c'est ce disque. L'ultra-soyeux, au point qu'on est démangé de l'envie d'emblée de le décréter digne de Nordvargr ; si ce n'est que Riton n'a jamais, voulu ou pas, fait dans l'ultra-gluant, donc encore moins transmuté l'ultra-soyeux en ultra-gluant. Alors que Reverorum Ib Malacht, peut-être plus encore cette fois que l'autre, joue - c'est ce qu'ils ont de black metal - du son étouffé, necro, crypteux, de son volume et de son degré, à la façon d'un groupe de death industrial : avec un art chirurgical, ou plutôt celui d'un peintre méticuleux ; et dévoyé.
L'accouplement du death industrial avec le black metal a toujours été un cliché ; et un loupé. Mais il l'est encore plus, et à perpétuité, depuis qu'on connaît Reverorum Ib Malacht. Demo 09 est tout benoîtement de la famille des vieux classiques des débuts de Cold Meat Industry. Moyennant quelques acrobaties rhétoriques on aura tôt fait de démontrer comment ils sont tous ici - Enter Now the World, Hexerei im Zwilicht der Finsternis, The Slaughterhouse, Prospectus I, Macht durch Stimme, This Crying Age, Reaping the Fallen... The First Harvest, Virgin Birth, Ars Moriendi.... y manque-t-il The Intensity of Darkness ? peut-être - et il ne restera plus qu'à bricoler une queue de phrase avec un truc du style "et dans les ténèbres les lier".


Tout ceci, bien entendu, sans avoir eu une seule fois besoin de préciser que toute l'affreuse affaire est réputée avoir été menée avec une guitare, une basse et une batterie : on vous les donne à reconnaître, ici, de loin en loin, comme on se gausserait cruellement de vous - de quoi renvoyer Blut aus Nord, que j'aime vraiment beaucoup comme chacun sait, à ses tapageuses études et la catégorie metal pompier. Balèse.

jeudi 9 juillet 2015

Brainoil : Death of this Dry Season

La différence objective entre le premier Brainoil et celui-ci ? Il s'agit de deux disques de sludge, pardi : c'est le même. Il s'agit bien toujours de sludge le plus basique qui soit : beaucoup de Black Sabbath, un peu de blues, beaucoup de punk hardcore. Rien d'autre.
Sauf que là où le premier évoquait la navrante image d'un Weedeater boudeur, au mieux rancunier - alors que de Weedeater il ne partageait à la rigueur que le simplisme musical - Death of this Dry Season ne garderait de Weedeater que... l'essentiel, à la rigueur : le hardcore-blues. Voire pour être plus précis, cette si concentrée essence de blues, qu'elle fait passer une voix probablement classable dans le black metal dans les dimensions triviales, pour chose aussi naturelle que, tenez, la vieille toux, le feulement bouillant d'un chat sauvage sur ses vieux jours. Death of this Dry Season évoquera également un Nightslug de grands espaces, tant sa musique donne irrésistiblement l'impression d'être l’œuvre de chauffeurs-livreurs, de routiers, de gens qui passent leur vie au grand air, sur les chemins cuits par le soleil.
Le caractère majeur de Death of this Dry Season, c'est : brûlé. La musique de Brainoil cette fois ne dégage pas une contrariété pathétique, sans cible bien reconnaissable et un brin agaçante, mais la fièvre, l'exaspération - de cette foutue canicule, peut-être, à qui elle souhaite la mort ? Excusez-moi, dites : qu'en a-t-on à foutre ? Depuis quand en a-t-on à foutre de pourquoi le rock'n'roll ? Death of this Dry Season, ce n'est pas rien, est un disque de rock'n'roll qui donne envie d'à sa suite réécouter Seven Sisters of Sleep. A moins qu'on ne l'ait jamais percuté et que Seven Sisters of Sleep soient en réalité ni plus ni moins qu'un groupe de la famille sacrée du rock'n'roll. La fièvre. La brûlure. Chaque instant. Comme le fardeau éternel d'un de ces héros grecs qui avant d'être dans des bouquins, étaient des foutus soutiers et des routiers qui en chiaient par tous les pores comme vous et moi.

mercredi 1 juillet 2015

Acid King : III

Ç’a toujours été lui. Ces mots ne veulent pas me lâcher depuis que je me suis remis à écouter cet album qui fut un de mes premiers disques de doom, au moins dans mon souvenir vu d'ici qui est aussi pertinent quand à leur degré de cuisance (les autres sont We Live, In the Name of Suffering, When the Kite String Pops et The Unquiet Sky si vous voulez tout savoir) - à mon arrivée sur Slow End tel la petite vérole sur le bas-clergé. Ce sont des mots qui obsèdent, ça n'obéit à aucune raison, mais on peut y trouver plusieurs raisons, à les scruter de plus près, tant qu'à s'y abrutir le cerveau.
Si un disque peut porter - et justifier - l'étiquette stoner doom, comme une évidence, à lui seul et de façon auto-suffisante, c'est lui.Indéniablement stoner, tailleur de routes infatigable et obsessionnel sur son cheval de fer graisseux, de tous ses riffs, mais tous joués à une note et une languide cadence, épluchés jusqu'à l'os de tout espoir, et de toute autre chose à cirer. Je ne vais pas enfiler des phrases sur ce thème saturnien, elles seraient vaines et petit-bras : écoutez un seul riff de cet Acid King et vous verrez ce que je veux dire. Stoner doom.
Et puis, malgré un souvenir déformés par mes propres projections fantasmatiques, qui auraient voulu qu'en vertu de son nom et sa pochette ce fût Busse Woods, le disque qui m'avait fait effroyablement piquer du zen à vouloir m'y frotter, et que je n'avais jamais réussi à écouter jusqu'au bout en restant conscient... c'était lui. III. Ç’a toujours été lui. L'album narcotique. L'Acid King dur, comme le plaisir cru. Dont la pochette rappelle l'infernal groupe de jazz de Lost Highway. Brûlant comme la came. Dont le son, ce son de roi des clochards, des vagabonds et des damnés, chaque grotesque écroulement de la batterie gauchement éboulé comme un évanouissement, chaque ligne de basse qui naît dans la braise tisonnée et retourne à la braise, chaque riff ondulé comme un cardiogramme plat et qui t'engouffre dans la nuit sans fond de Mulholland Drive - te dit sans ambiguïté possible que tu es en train de sévèrement t'hypothéquer le temple de chair - mais aussi et non moins sans ambages, que toute morale une fois mise à sa place sous ton séant, tu ne trouveras sans doute pas grand chose de meilleur au monde. Stoner doom.