samedi 22 août 2015

Creeping : Revenant

Creeping, c'est du black, à ce qu'il paraît. Et malgré qu'il m'en coûte, je dois bien admettre que par langoureuses fulgurances, Revenant me mettrait presque en tête... Satyricon. Si Satyricon, que j'aime beaucoup, étaient mutilés d'une très large portion de ce qui fait que Satyricon sont Satyricon et personne d'autre. D'ailleurs et pour pousser les raisonnements absurdes jusqu'au bout, si Creeping joue du black metal comme Satyricon, Watain et Primordial, il y a effectivement, à l'instar des derniers albums de tous ces derniers, une ballade, sur Revenant ; en cherchant bien. V'là la ballade. "Cold Soil", quoi. Digression gratuite et nonsensique qui me permet miraculeusement de revenir où j'en étais : Revenant, à l'image de "Cold Soil", cet "interlude" maudit, qui fait partie des morceaux les plus terrifiants de l'album et ce sans même comporter la voix de cadavre patibulaire de Marko Pavlovic, sent la mort, la charogne, le charnier comme bien peu de disques ; et s'il a quelque chose du groove de Satyricon, ce serait décharné de tout, à commencer bien sûr par toute la bogossitude qui va avec... la vie, tout simplement. Revenant, ma foi, est un disque qui porte bien son nom. Revenant est un revenant à l'haleine bien ignoble, et l'élocution et la locomotion sont, si je puis me permettre, à l'avenant. Et, merveille renouvelée des transitions et du verbe qui vit sa vie sans me demander mon avis, c'est là qu'on en vient à la fameuse histoire - que Creeping, en fait, quand bien même ils ont rampé bien loin de l'un brin appliqué mélange de southern sludge et de black de leurs démos - jouent toujours une musique qui tient principalement - à mes yeux au moins pour lesquels c'est toujours le principal - du doom. Du doom pas cool pour un belin, évidemment : c'est encore mieux. Du doom gluant comme peut l'être le black gluant dont j'ai déposé l'appellation - mais, on tourne en rond décidément, dépouillé au couteau à éplucher les noix de coco et les cadavres tout raidis, de tout ce qui fait du black metal cette musique à jabot, si moderne soit-il - certains portent très bien le jabot, tâché de vin, ce n'est pas sale si vous me passez l'expression, en général ils ont un certain A.K. dans leur liste du personnel - où à grande cape, éventuellement mitée ; disons pour me faire mieux comprendre, que ce que je disais sur Creeping marche très bien en remplaçant Satyricon par Aosoth : oui, Creeping fait passer les derniers Aosoth (Arrow in Heart, vous me direz, ce n'est pas difficile) pour Satyricon et son cabotinage tout tartiné de rimmel ; enfin, le black metal dans à peu près tous les cas de figure rêve de courir, et s'il n'y arrive pas s'ouvre les veines et se badigeonne de sa merde en croassant à propos de courir ; et de faire l'amour à des arbres. L'a-t-on compris ? Creeping ne souhaite pas faire l'amour à des arbres majestueux. Creeping, déjà, souhaiterait plutôt réussir à se déterrer d'entre les racines de ces putains d'arbres qui lui serpentent dans la bouche et à travers les orbites ; ensuite, il souhaiterait vous énucléer, et vous gober les yeux avec une sauce aux asticots pour faire descendre ; en soufflant tout le long d'un souffle pénible, tuberculeux mais non moins liurd de la Bête dedans. Creeping - l'a-t-on compris ? - sent la mort, l'humus, la terre souillée, la décomposition, la sale louse sordide au fond des bois, et Revenant si c'était du black ce serait celui que pourrait jouer le pater familias dans Texas Chainsaw Massacre. Du black metal de racaille des bois bonne-à-rien et dévitalisée, mais dont il vaut mieux pas se laisser agrafer les basques par les vieux crocs fourbement ébréchés. Le seul album de black qui se rapprocherait vaguement de Revenant serait Void, ce disque fait d'intoxication alimentaire et de torve délinquance lunaire - mais Revenant est plus direct encore, et ne s'embarasse pas de l'amour de Celtic Frost. Du black ? mais alors celui qui te met à terre, pour commencer à te grailler sitôt tombé, pas de compte de trois mon pote. En te soufflant sa putain d'haleine de charnier à la gueule, ce qui te tourne les sens et te retourne les boyaux de toutes les manières. Le disque de doom qui croque des Kickback et des Arkhon Infaustus au petit déjeuner - avant de passer des heures à les dégobiller péniblement, en longues quintes acides, parce que ça faisait trois-cents ans au bas mot que son estomac n'avait pas été rempli par quoi que ce soit, que le vent gelé et aride. Le disque de doom, à la classe molossoïde taiseuse, au goût de cendre et de vin et de sang, pour les cadavres tough guy qui puent de la gueule ? Ouais.

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