jeudi 27 août 2015

Cruciamentum : Charnel Passages

Charnel Passages, ce sont des membres de Grave Miasma entre autres donc mathématiquement - et épidermiquement aussi, rassurez vous - c'est de ce death typiquement actuel, à ambiance religieuse (parlera-t-on bientôt de death orthodoxe ?) assez appuyée... mais c'est en même temps et surtout du death bestial et à l'arrache dans les virages - toutes proportions gardées, n'est-ce pas : ils sont anglais, et partant le disque dégage la folie, plutôt que d'un Dawn of Inhumanity auquel on songera fugacement s'il on est tel que bibi porté à l'hyperbole, du dernier Indesinence, dont justement ils possèdent l'ancien batteur, rien n'est dû au hasard - des premiers Morbid Angel, en moins aristocratique et pattes de mouches trempées dans le cyanure, et Deicide, en moins videur de boîte de nuit des bas quartiers de Sodome. Disons, comme en filigrane - un truc de tastevin, on vous dit, le death... allons donc, du filigrane à présent, comme si pareilles choses pouvaient n'être pas déchiré par la rustrerie colossale de cette musique grossière - le genre de démence qu'il y a dans les album de Necrovation ou Obliteration : discrète, toujours bien mise et le col boutonné juste ce qu'il faut, mais froissé çà et là, et qui de loin en loin dégueule des couleurs-lumières impossibles à la portière dans les virages - encore eux, oui, c'est que cette musique conduit à peu près aussi droit et serré que du Pulling Teeth : il s'agit bien de cela, malgré une flamboyance plus... anglaise.
Car ce qu'il y a, surtout,  de prodigieux, et non moins discret, dans Charnel Passages, c'est son attitude molosse à la limite du hardcore... jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que c'est uniquement dû au piquant fait que le hardcore, ces dernières années, a tant siphonné au death metal, Disgrace et Xibalba en tête (jusqu'à en devenir parfois... et échouer de vile manière). Cruciamentum et son aboyeur de chanteur sont autant hardcore dans leur attaque - que ce soit dit sans antiphrase aucune - que Martin Van Drunen ou John Tardy - et le batteur primatoïde va avec. Tout à fait : raffiné et gros bras à la fois, débordant de générosité slayeresque, de gourmandise rock'nroll autant que de sens tellement metal du mélodrame à base de maelstrom de mélasse à la place du ciel mourant dans l'avènement de Slanesh - ou un truc du style... Extravagant en somme. Pile ce qu'il faut, ni plus, ni moins, pour faire un disque pas tape-à-l’œil malgré son exubérance à peine contrôlée de tous les instants, un monstre ni de brutalité ni d'ambiance, mais trapu dans les deux secteurs du jeu avec bonhomie, un disque qui vient bien prestement et sans faire de boucan prendre sa place dans l'étagère - et la mémoire auditive - comme que si elle avait toujours été là, confortable mais difficilement mieux attribuée qu'à lui, à la fois tradition et forte personnalité : au bout du compte une version popote, pas difficile à satisfaire avec ce qu'il reste comme bière et comme chili au frigo un mardi soir, de la majesté douloureuse des deux derniers Incantation.
Bref : vous avez déjà deviné avec consternation et commisération ce qui fatalement se produit : les pauvres petits Dead Congregation, qui tentaient de se faire discrets dans un coin de la cour après s'être déjà fait rosser à 10 heures pour avoir leur chocolatine, se prennent une seconde raclée gratuite, sans avoir rien demandé ni vu venir. "Enfer !", comme on dit.

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