lundi 26 octobre 2015

Hangman's Chair : Hope///Dope///Rope

Ça y est, bravo les gars : j'ai de nouveau seize ans. J'ai envie de mourir, j'écoute le même album trois fois dans la journée, et je me sens plus délicieusement exhibitionniste à chaque.
Et en même temps on est toujours en 2015 ce qui n'est pas plus mal : en 2015 je connais Arkangel, entre autres, et puis à 16 ans, en dehors du final de "Hurt" il n'y avait à peu près rien en musique qui me laminait réellement, assez physiquement, pour me fiche la chair de poule - et encore, en ne tirant pas trop sur la corde en me la passant trop souvent. Quelle connerie, "c'était mieux avant" ! Aujourd'hui je suis devenu une vraie sentimentale, et j'ai encore plus la chair de poule à la troisième fois de suite que j'écoute... on ne va pas les citer, parce que au fur et à mesure que je le fréquente ce sont à peu près tous les morceaux, dans Hope///Dope///Rope, qui me filent un brusque coup de froid le long des veines et de l'épine dorsale. Y compris le foutu putain d'instrumental holy terror de conclusion... terrifiant : pas mal, faut avouer, pour un groupe dont la voix est tellement indécente et miroitante de charge émotionnelle, qu'on pourrait craindre qu'elle suscite une quelconque forme d'indulgence ou d'aveuglement au reste... Non, rien n'est ostensible chez Hangman's Chair - pas même le chant, qui n'est que ce qu'il peut, de toutes ses forces éperdues : ni plus, ni moins - et c'est sans faire de bruit, ainsi qu'on va vérifier sur la pointe des pieds le sommeil de bébé, que le moindre détail est douloureusement impeccable, de façon innée, sans jamais chercher à faire ce qui fait bien ou qui va bien ; si on regarde, Hangman's Chair sont bien toujours les mêmes supposés beaufs - les hommes simples, comme dirait la dédicace de certain disque de Cowards... - de Es La Guerilla, qui ont simplement arrêté de parler de la supposée guerre urbaine, ou d'une certaine forme de celle-ci à tout le moins, pour se décider à parler de leurs défaites intimes, et surtout de nous ouvrir leur cœur sur ce qui le fait sincèrement panteler. De nous ouvrir leur poitrail, avec une générosité brusque et un peu mélodramatique de fort de foire, et de nous montrer les émotions sanguinolentes et nourrissantes qu'ils ont en-dedans, pour nous. Si un truc vous résumera impeccablement Hangman's Chair, c'est ce batteur, avec ses frappes aussi souples que lourdes, tout à la fois Vinnie Signorelli gominé de PMU de Rungis (ou Montgeron, directement), et velours riche et patiné par les années bien caché au fond d'une échoppe poussiéreuse et taciturne de Saint Ouen, ne sautant aux yeux que des connaisseurs à l’œil hanté par la soif inextinguible, capables de voir ce que révèle sa couleur mate dans la demi-obscurité complaisante : à lui seul avec la patte de gros matou blessé et au poil épais qu'il met sur des breaks à liquéfier les intestins de maint groupe de beatdown ost-germanique ou cockney, il pourrait résumer le groupe à lui seul, avec sa trogne à s'appeler Francis, au point que je pensais qu'il était le chanteur sur les photos promos, avant de savoir qui était qui dessus ; lui dont le jeu lourd et caressant contient autant de la beau-gosserie du chanteur et de son impudeur belle à tomber digne de Keith Caputo seul, que de la patibulaire menace des riffs les plus enrobés et ras-du-caniveau dont sont capables ses compères guitaristes, en somme le même air de souffrance et de déception de Harvey Keitel alors qu'il vous démonterait méthodiquement les dents...
Parce qu'enfin, je pourrais encore tourner autour du pot de miel longtemps, ce serait vain et je ne me lasserais jamais pour autant, tellement le groupe délie la langue et libère le gosier et le cœur ainsi qu'un bon verre de scotch sur une soif de plusieurs heures, ou une lampée de mauvais blend tout aussi bien d'ailleurs - mais il suffit de se figurer que les mecs sont juste un peu les rois du breakdown de porc - River Runs Red n'est tombé dans l'oreille ni de sourds ni de mous du ciboulot - au milieu d'un morceau emo-déchirant titubant à la lisière du lyrisme suicidaire - River Runs Red n'est... - de porc, mais émouvant aussi - le breakdown, figurez vous bien, enfin... disons, qui fait plus mal que le simple poids brut du parpaing lancé dans le foie en tir tendu ; figurez vous. Du rhythm'n'blues beatdown, quoi.
Bon, bref : vous l'écoutez, c'est tout.






P.S : Quant à toi, mon vieux poteau, là-bas où que tu sois, je ne sais pas si tu as eu l'occasion de connaître certains des auteurs de celui-ci, mais je crois que vous auriez pu bien vous entendre, et pour ma part je ne peux m'empêcher de penser à toi chaque fois que j'entends la voix du psychopathe mystique loin là-bas sur le toît du monde, en introduction de la dernière piste, et de t'imaginer te régaler à soulever des types par le fond de la culotte dans un pit en écoutant les grandioses riffs de celle-ci.

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