jeudi 1 octobre 2015

Temple of Baal : Mysterium

La comparaison, disais-je, s'impose, entre ce disque-ci et l'album de VI. Black metal, parisien, sorti chez Agonia, à l'automne 2015. Bien.
J'ai fort bien compris que Temple of Baal ne jouaient pas du black metal "orthodoxe". Ce n'est pas un problème. Ce qui me pose un problème, en revanche, c'est que l'on définisse ce qui appartient à ladite sous-catégorie par la dévotion ; semblant ainsi par rétro-transitivité disqualifier en dévotion tout ce qui ne joue pas le solfège de l'orthodoxie négro-spirituelle - Temple of Baal, par exemple.
A moins, bien sûr, que par "dévotion" l'on entende en fait "tarlouzerie", et prédilection à exprimer sa supposée foi par le bon choix de l'illustrateur de pochette doté de l'agrément ministériel, de l'inspirateur de riffs et du metteur en son. Parce que, pour sûr, Temple of Baal l'a, la foi, et la dévotion - en Satan, et en le hard - car oui, Temple of Baal n'a pas oublié que jouer du black metal, enfin, bon, voilà... à la fin ce sera toujours jouer du hard, quoi ; ça ne veut pas pour autant dire qu'il y a une ballade comme chez Watain et Satyricon, je vous vois venir. Le sentiment religieux de Temple of Baal est plus rustique que celui de VI ou Ascension - d'apparence tout du moins, diable, c'est qu'il y a du thrash et du death là-dedans cette impureté de disque de péquenaud ? et alors ?

...Mais chacun le sait, les intentions de mise au point et de règlement de comptes imaginaires font de très mauvais textes. Et un très bon disque tel que Mysterium ne mérite pas un très mauvais texte. Pas un disque semblant ainsi fait, comme on l'est de sa personne, pour, grosso modo, les fans de black metal tel que le définissent les premiers Gorgoroth - mélodiquement grandiloquent autant qu'il est porté sur la violence effrénée - et qui au bout du compte affole un fan des derniers - avant la désastreuse réanimation, s'entend - ceux où Gaahl et King prirent le pouvoir avec leur extravagance sanguinaire, tout en paraissant dans son éloquence couleur de flots de sang charrier à la fois la rigueur bestiale de Creeping et la ténébreuse bellâtrerie de The House of Capricorn ; un disque qui, si l'on doit le rattacher à quelqu'un dans la famille parisienne, campera plutôt une forme d'étrange jumeau d'Aosoth - le maître, le dandy barbare en proie à la confusion où il se prend peu à peu pour son mâtin, face auquel on voit en Mysterium le molosse se changer en ténébreux voïvode au cœur tourmenté par la violence d'une foi de proportions prométhéennes - Gary Oldman, Harvey Keitel et Tom Sizemore en un seul bonhomme de disque, cousin à la mâle mauvaise humeur du dernier Decline of the I.
Aussi, sûr que là-dessus, sur la dévotion - afin de préserver la paix des chapelles, je m'amputerai d'un membre de phrase provocateur - difficile de faire mieux qu'un disque qui conjugue la foi black et la foi death, laquelle n'a pas grand chose à lui envier, lorsqu'elle est à son heure de splendeur : le black, aux origines, c'est du death, si jamais il fallait le rappeler une énième fois (du death qui proclame sa foi... du death orthodoxe ?). Et voilà en vérité un homme qui parle à Satan, avec volubilité même - et pour qui la réponse importe. Voilà qui est beau. Qui donne envie de s'enflammer avec lui ; ne fût-ce que pour s'exclamer que pareil amalgame du black, du death et du thrash ne pouvait qu'être beau par définition - alors que c'était tout sauf gagné, quand on voit les choses navrantes qu'on se farcit régulièrement en black-death et en thrash-black... Mais Temple of Baal est magique. Et à ce stade vous êtes sensés l'avoir compris. Soyez pas idiots : les laissez pas vous passer à côté aussi longtemps que moi. Ils n'ont pas besoin de vous, eux. Mais ils vous offriront la lumière avec générosité.

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