vendredi 2 octobre 2015

Temple of Baal : Verses of Fire

On ne va pas refaire encore et encore la querelle : de toutes les manières entretemps j'ai écouté Blaze of Perdition et à présent je le sais, j'aime ce qui est "dévoué", pas l'orthodoxe - vous avez remarqué ? je n'ai pas mis "donc", au milieu ?
Dans Verses of Fire, il y a de puissants airs de famille (la famille blackdeath parisien large au garrot) avec Arkhon Infaustus, beaucoup d'amour de Slayer - et une chose que ne possèdent ni les seconds ni les premiers : de la classe, ou plutôt, comme sur Mysterium, la dignité du servant plus digne que le maître, ce personnage dont Temple of Baal ressuscite superbement tous les mythèmes demi-oubliés mais bien ancrés dans l'inconscient culturel. Il y a, également, des leads heavy tellement belles que c'en est presque du doom - rappelez-moi, déjà, dans quel autre groupe joue Amduscias ? d'ailleurs quand on y pense, foi et trad doom, qu'y a-t-il que de très logique...  ? - il y a des cris en voix claire à vous donner envie de citer seulement Dirge ou des écrivains français du XIXième siècle, dans ce gabarit d'ulcère prométhéen...
Temple of Baal jouent leur sanguinolente et flamboyante partition luciférienne avec la justesse qu'on prête parfois aux acteurs, avec cette juste mesure, juste pile, qui donne envie de parler de sobre emphase, ce qui après tout dit bien quel point d'équilibre fragile et sur le fil c'est, et comme il est admirable de s'y tenir, à cet endroit qui ne devrait réalistement pas être, surtout lorsqu'on est bâti de façon aussi rustre et virile... Mais c'est que, tout comme sur Mysterium quoique dans des formes différentes d'hallucinations et d'apparitions surnaturelles, l'on sent vivement çà où là que les mecs pourraient tout à fait jouer du Deathspell Omega, ou du Ulcerate, ou du Slayer bien mieux que Slayer, même ; ou en somme encore un paquet d'autres choses (on repense à ces patibulaires apparitions de la basse, sur Mysterium, dont une fois en porte-flingue d'un sample non moins patibulaire, le tout prenant de surprenants relents de dégénérescences hardcore parisien du caniveau, type Eibon, Hangman's Chair...) et sont parfaitement au courant de ce qui se passe autour d'eux aujourd'hui ; et que c'est par choix - par foi, en ce qu'ils font, en le Dragon, ce que vous préférez - qu'ils jouent leur musique, à eux, inlassablement, brillamment, invinciblement. Éblouissant.
Le dialogue de l'Homme et du Dragon, vous pouvez me croire, ça remue, c'est quelque chose ; au moins à la hauteur de l'auto-unanime vote d'approbation totale que m'avait inspiré le groupe et la présence de son meneur sur scène, au moins la seconde fois (la première, qui remonte un peu plus loin si je en divague pas et qu'il y a bien eu première, j'avais préféré Arkhon Infaustus, palais grossier que j'étais). Bref : les différences d'avec Mysterium, voulez-vous savoir ? Il y en a. Suffisamment, si la question est celle que je subodore et espère : oui, vous voulez posséder les deux. Vous aurez bien assez de temps devant vous, lorsque vous les aurez, de les noter ces différences, les évidentes, les plus traîtreuses, et de vous émerveiller de la glorieuse toile sanglante qu'ils peignent à eux deux. Tempe of Baal, c'est le groupe qui en deux tomes te fait comprendre, avec une calbote étonnamment élégante vu la corpulence bestiale de qui l'administre, que le blackdeath n'est pas juste cette chose brutale définie par des machins de type Belphegor ou Behemoth, brutaux pour l'amour positiviste seul de la brutalité - plutôt une chose certes brutale (où  a de la gêne...), mais surtout redoutable, redoutablement aristocratique, discrètement raffinée (deux chroniques, et pas un mot sur ce fabuleux batteur, c'est fort de café !), sacré Français... tellement gourmand, en vérité, le blackdeath de Temple of Baal, carnivore, et jouisseur, qu'il en ferait presque passer ces pauvres Arkhon - qui vont finir par avoir l'air de mes têtes de Turcs alors que je les aime bien - pour les geeks coincés de la famille de la décadence parisienne. Bref : on ne va pas attendre de conclusion ici, elle ne veindrait jamais, on n'aurait jamais fini de parler de pareille musique, qui touche au plus intangible : la saveur. Venez fréquenter le Temple de Baal, et faites pas chier.

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