lundi 2 novembre 2015

Pigs : Wronger

Je vais pouvoir cesser d'attendre qu'Unsane arrête de sortir de mauvais albums - deux de suite, ça commence à user la patience, même si j'écouterai le prochain sans barguigner. Cesser de désespérer chaque fois qu'Unsane s'auto-parodie - le premier album de Pigs inclus. Je suis bien conscient - j'ai des oreilles, en sus de ma mauvaise foi humblement assumée - que Pigs alors tentait déjà de proposer autre chose que du Unsane - en ce qui me concerne : du Unsane exfolié de pas mal de son blues - mais alors cela ne sonnait à mon sens que comme cela : une absence.
Ce n'est assurément pas le terme qui conviendra à propos de Wronger. Je suis, ce n'est plus à prouver, fortement réceptif aux pochettes des disques, et celle de You Ruin Everything ne donnait aux riffs et à l'acide voix de Dave Curran que les caractères d'un soleil insupportable et d'une migraine bien plantée entre les deux yeux. Tout cela est fini aussi : Wronger m'évoque New York comme jamais - non, ce n'est pas vrai : comme Occupational Hazard. Pigs retrouve ici la racine du noise-rock le plus urbain et sidérurgique, la lumière blanche du soleil de l'aube entre les pylônes corrodés du métro aérien, Helmet, Godflesh, Swans, Dazzlingkillmen, et le blues certes mais alors celui des journées de turbin qui commencent après une nuit blanche et la bouche acide, ce noise-rock qui paraît être l'extatique mi-chemin parfait entre stoner et industriel, la stridence hagarde érigée en plus haute forme de groove, la transe si vous préférez, sur fond de carrelage mural pisseux de couloir de métro souterrain, bref tout ce qui a fait à une époque qu'Unsane a pu être considéré comme le groupe le plus cru, naturel, viscéral du monde, un équivalent CBGB-compatible de Motörhead, un équivalent particules fines-compatibles de Clutch - mais par-dessus tout un équivalent baseball et burger-compatible de Godflesh, donc encore et toujours la première musique du monde et de la vie. D'ailleurs l'exquise et joviale humilité de Curran peut également se voir en équivalent de l'angélique timidité de Broadrick.
Un disque de noise rock, normalement vous devez vaguement le savoir, ou être au moins à la porte de le savoir, ou être sans le savoir tout prêt pour le savoir, si vous lisez une chronique de Pigs, ça ne se discute pas, et ça ne se lit pas : ça se vit comme un besoin vital. Wronger est un très bon disque de noise-rock, et il rappellera sans se faire prier à quel point la chose est vitale.

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