dimanche 6 décembre 2015

Cober Ord : Le Revers du Soleil

La musique rituelle : voilà bien un genre sur lequel il est compliqué de mettre des phrases ; peut-être encore plus lorsqu'elle est réussie.
Le disque de Cober Ord est particulièrement réussi dans l'épatant équilibre qu'il trouve - en forme d'ambiguïté - entre sensationnalisme et documentaire ; dans le sens par exemple où, du point de vue du moins de mes plus que maigres connaissances ethnologiques, on ne sait trop si le fait de commencer un morceau de dix-sept minutes par cinq bonnes minutes de silence, est le fait d'une stricte observance du rite quel qu'il soit, ou plutôt d'un des bons usages de la tension scénaristique. Dans mon cadre de référence, en tous les cas, un tel généreux usage du silence renvoie nécessairement à l'un des disques de death industrial les plus terrifiants qui soit : In Shelter d'Archon Satani, où son oppression met encore davantage en valeur les rares infiltrations de son - ignobles, au demeurant. Et rien que ça n'est pas rien.
Il en va de même - l'ambiguïté, mère de toutes les terreurs irrésolues - quant au fait que les morceaux, malgré ce en quoi eussent fort bien pu dégénérer leurs murmures, gargouillis et ricanements proto-humains, ne tranchent jamais la question - celle qui importe, fondamentalement, dès lors qu'a été prononcé le mot rituel, dès même avant que soit sous-entendu son redoublement dans le fait qu'il s'agit d'une mise en scène fictionnelle (... ou pas, confer encore une fois cette délicieuse dite ambiguïté, qui fait que le disque jamais ne cesse de flotter, peu importe ses feulements de bête, comme en filigrane de la réalité, sans jamais connaître cette forme de flop de s'incarner, en somme, soit du côté Phurpa soit du côté Portal de l'hypothèse) : celle du fantastique, de l'existence ou non de ce que chacun appellera comme il voudra, le divin, le magique, le Mal, les esprits, l'entropie...
Eh ! on dirait qu'en voilà après tout, des phrases... ou plutôt comme qui dirait ce qui s'appelle faire des phrases : quand je vous disais qu'il serait compliqué de dire quelle saveur sur la langue laisse Le Revers du Soleil ; il le sera de toutes les manières encore le disque une fois écouté, alors pour ce qui est de le partager... Enfin, après, vous êtes majeurs et prévenus (combien de fois ai-je prononcé ce mot, déjà, "ambiguïté" ?), vous saurez bien si vous tenez à chercher à savoir, à vous demander du moins, si ces longues minutes de silence en sont vraiment, et à écarquiller vos yeux dans le noir pour voir de quoi il est fait. C'est tout ce que Cober Ord vous propose : aucune réponse ; simplement de regarder au fond du seau, et de vous donner tout le temps qu'il faut, dans un recueillement comme bien peu hormis Henrikk Nordvargr Bjorkk ont su l'orchestrer au quart de poil de courant d'air, pour voir ce que vous avez à voir.

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