mardi 8 décembre 2015

DHG : A Umbra Omega

Est-ce qu'on décrit un tel disque ? Tant de mois après sa sortie, tout le monde l'a déjà entendu, ou a du moins lu plusieurs chroniques à son sujet. Toutes utilisaient probablement le mot "progressif", mais pour ma part je n'ai gardé le souvenir d'aucune. Sans doute y était-il associé des considérations diversement péremptoires sur le black metal, son essence, sur ce que doit ou ne doit pas DHG...

Ce qui compte vraiment, et uniquement, c'est qu'Aldrahn y prouve, si besoin était, qu'il est la seule personne capable de chanter sur un truc pareil - soit, très grossièrement, quelque chose d'ultra-récitatif qui ressemblerait presque à du Arcturus - sans que ce soit imbuvable, voire au contraire, de sorte que ce soit intolérablement sexuel ; et derrière lui le seul groupe digne d'accompagner, de rendre possible, de déclencher, de faire resplendir sa vineuse démence. Progressif ? C'est bien possible ; autant que peut l'être un opéra. Grotesque, pathétique, grandiose, c'est certain. On est au bord des larmes à plusieurs reprises, de tension autant que de soulagement. La vivace impression d'être en train de rêver, qu'on se retrouve projeté dans un futur cossu, du genre des classieuses salles d'attente des astronefs de 2001, et qu'à travers l'émerveillement ahuri perce la certitude d'être nu comme un ver, et d'avoir pourtant réussi à ramener avec soi pour unique bagage ses vieilles plaies, celles qui ne font que lentement sur-infecter avec l'âge qui rampe, ses vieilles amertumes, celles qui fermentent et madérisent sans fin, ses impasses désespérées aux odeurs de pisse incrustées... et s'apercevoir qu'après tout cet espace où l'on erre ressemble plutôt à la Lune du Münchhausen de Terry Gilliam ; une descente consciente et inéluctable dans la démence ; l'un de ces rêves horribles et dont on a pourtant horreur à se réveiller, et à regarder se désagréger les bribes de brûlants souvenirs, qui refroidissent avec la tristesse des braises d'un feu éteint. Merci, vraiment.

Du coup, bon, vous comprendrez fort bien que je ne vais pas m'étendre : cet album, une merveille de confusion entre Das Ich et Mayhem, l'impossible album qui parvint à suivre 666 International et à lui faire honneur sans le répéter, et bla et bla et bla - est l'une des choses les plus stellairement élégantes du monde qui se subit de la façon la plus obscène du monde, donc en privé chez les gens qui savent se tenir ; un de ces disques qui vous coûtent et s'écoutent (très) rarement, aussi, et je ne vais pas violenter une fréquence d'écoutes qui sera probablement aussi lente que celle attachée à Enemy of the Sun, et me violenter moi-même, pour ajouter des mots aux mots. Les mots sont aussi percutants que des moucherons morts devant certains disques.

1 commentaire:

Raven a dit…

Mince je dois l'écouter en 2019, mais ça va être chaud du coup...