mardi 15 décembre 2015

Temple Below : The Dark Goddess

Il existe des constats objectifs à faire sur un disque quel qu'il soit ; c'est une chose incontestable. Par exemple, ce mini album de Temple Below est BEAUCOUP trop court pour la musique qu'il joue ; à tel point que le morceau de dark ambient qui lui sert de conclusion, tout sauf anecdotique, excellent non seulement pour des métalleux mais dans l'absolu, en devient la cible presqu'obligée du reproche que quasi-systématiquement font les vrais durs du metal aux morceaux ambient dans les disques de metal dur : ne sert à rien, interlude, gâchis de temps, piste qui compte pas. Enfin, ce n'est pas entièrement honnête : du fait même de son excellence, il est lui aussi englobé dans l'ignoble sentiment de frustration et de trop grande oxygénation que suscite le disque, alors qu'il aurait été réellement somptueux pour venir clôturer un disque qui eût convenablement étalé sur une durée suffisante de morceaux sa dégoulinante ambiance de grimaces cannibales occultes.
Car ce qui compte avant tout, et que ne viennent que renforcer les constats objectifs, c'est ce qui se passe sur le plan de l'imaginaire. Celui-ci, chacun a le sien bien entendu. Dans la fondation du mien, une chose cruciale à n'en pas douter a été la première lecture, probablement à la pré-adolescence, du mot : "thug". Et dans le panier de crabes mutants du metal occulte moderne, voire du metal occulte tout court, peu sont les groupes à réussir chez moi à pousser leurs bonds de chien de l'enfer assez haut et tordu pour réussir à faire résonner cette timbale-là. Le premier à l'avoir fait étant Weapon, ceci expliquant sans doute pourquoi ils doivent fatalement être cités chaque fois qu'un autre disque me procure la même fulgurante impression ; les autres groupes qui me renvoient à cette sensation initiale (de danger fait d'autant de maladie tropicale que de maladie religieuse, pour tout vous dire) en sont tous obligés de passer en rendre compte d'abord à Weapon, dans ma fantasmatique - quand bien même la chose chez ceux-ci était particulièrement suggérée voire labile, étant même allée jusqu'à s'effilocher de plus en plus au fur et à mesure de leur œuvre... à mon grand regret ; et pourtant, Weapon est un groupe qui me manque ; bref : tout ça pour vous dire que les autres groupes qui parviennent à me renvoyer au même envoûtement inaugural me donnent chaque fois l'impression de faire du Weapon en un peu mieux - pas beaucoup car faire beaucoup mieux que Weapon n'est pas possible, disons-le une bonne fois pour toute - car en plus explicite, plus horriblement certain, moins de l'ordre du mirage et de l'agacement qu'il génère.
Temple Below, puisqu'il s'agit d'eux - ce sera une autre de leurs sanctions bien méritées pour faire des disques trop court - nous propose quelque chose de tout à fait digne d'un Weapon... qui vous emmènerait pour un petit tour d'un quart d'heure-vingt minutes dans la jungle : je vous demande pardon ? Quelle jungle déguste-t-on avec une portion de vingt minutes ? Celle que nous agite sous le nez comme une misérable petite salope Temple Below mérite, de toute l'évidence de sa matière sonore qu'elle nous laisse commodément palper, des dimensions gargantuesques et fantasmagoriques que je ne vois guère mieux comment qualifier que par : "Aosoth" et "Howls of Ebb" ; alors même que le groupe semble vouloir nous prendre pour des jambons et présenter la surface et les benoîts contours thrashy d'un genre de Slayer qui tâche à gober Morbid Angel. D'ailleurs, à force de ronger cet os de disque à en sucer toute la demi-imaginaire moelle, on s'aperçoit peu à peu que ces salauds-là ont également doté leurs morceaux d'intros mouvementées en bonne et due forme, qui dénotent la même épatante maîtrise dark-wave quasi-évocatrice d'Urfaust et guère d'autres - à en recourir une fois n'est pas coutume au parler des jeunes : ces connauds-là maîtrisent leur dark-wave, un truc de malade ! Quand on pense qu'à côté de ça, on autorise des Ah! Cama Sotz à exercer dans la discipline....
Mais ils la dressent en miniatures. Sérieusement, nous servir des miniatures lorsqu'on possède - et démontre, tant vocalement que dans le discret et grouillant art d'enrober les riffs pullulants de vermine mal intentionnée - la même maîtrise des teintes et de leur viscosité que son illustrateur ? C'est se moquer ! Et l'art non moins délicieux de battre la cadence sur les peaux tendues sur des crânes décalottés, alors, je ne vous en parle même pas, et celui de secouer des maracas qui évoquent les plus diaboliques des grillons-vampires, et celui de arpenter tout le sentier de la guerre en s'inondant de bave et en se jouissant dans la fourrure des pattes, d'utiliser sa queue comme fait le serpent à sonnette... De vraies petites ordures, ces types-là ; de la racaille. Thugs, tu peux le dire.

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