dimanche 17 janvier 2016

Altarage : Nihl

Portal, a-t-on envie par-dessus tout et sans se le bien expliquer de citer ; mais alors on est obligé de rajouter une ordonnée à cette abscisse, et tenté est-on de dire : Portal s'ils n'étaient pas abstraits, mais crus, explicites, pornographiques... sauf que pour ma part, je trouve que Portal n'ont rien d'abstrait, et a tout d'un groupe auquel on adhère instinctivement, fusionnellement, charnellement à la première rencontre, ou bien jamais. Portal s'ils avaient deux neurones, alors ? De la même manière, peu m'important les contingences matérielles exigées pour jouer telle musique, je n'entends aucune technique et travail cérébral dans Portal - c'est justement toute la réussite de ce qui en a certainement nécessité un - mais rien que de très charnel, sensuel, vital, urgent : bref du death metal.
Mais assurément le langage d'Altarage est plus littéralement et linéairement proche des aboiements déments de ses appétits brutaux... Et pourtant - car, oui, Altarage est lui aussi groupe à "ets pourtants" - il possède une prosodie, une cadence qui mettent dans la tête des impressions d'industriel - mais je suis hypocrite : je ne trouve quant à moi rien là de paradoxal : indus, qu'il ne s'agit jamais de confondre avec cyber, n'exclut jamais, bien au contraire, la sueur de la présence humaine, du rouage de chair martyrisé dans la machine, qui y amène l'indispensable sel. Puis répétition, acharnement et obsession sont autant le propre de la bête que de la machine.
On s'égare, pour mieux retrouver son chemin : ce qu'Altarage a de Portal, c'est ce riffing qui tourne sans répit tel une chaîne de tronçonneuse de chitine ; mais chez Altarage celle-ci semble tourner sur le bord d'une toupie lancée, et suivre le mouvement de cette folle ronde portée sur une lente, flottante et infatigable valse... ce qui au passage expliquera crème les rapprochements que j'ai entendu d'aucuns faire avec Teitanblood. Car enfin, ce à quoi ressemble surtout Nihl, c'est une tornade impitoyable. Portal dans Mad Max. Dans un environnement livré à la barbarie débridée chaque instant, la bestialité au libre cours au cœur d'un orage perpétuel, d'une universelle bourrasque tournoyante et tortillante comme un énorme ver gras, charriant des éclats de roche coupants par essaims entiers. Et ça, dans le noir - puisqu'évidemment, je n'ai même pas jugé utile de le préciser, Altarage s'inscrit confortablement dans le velours de l'esthétique "dégradés de noir sur fond noir" du Doom Cult de Diocletian et de tous les épigones de Witchrist, Antediluvian et Impetuous Ritual - ça lacère rien qu'un peu le museau.

Ou alors, on se contente de signaler que ce groupe contient à ce qu'on dit au moins un sinon plusieurs Horn of the Rhino, et qu'avec Grengus et Summoning Deliverance il paraît assez évident que ces derniers ont fini, à force de trop flirter avec les zones frontalières entre le réel et le monde-démon où toute matière n'est que lave et rillettes au goudron, par être engloutis dans le ventre de la Bête, et les boyaux torrides de l'Annihilateur Primordial - toutes ces sortes de choses. Cela rend bien compte du subliminal petit air Entombed de la chose, et ça fait sens aussi bien que tout le reste.

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