lundi 4 janvier 2016

Run Dust : Supermarché

La délicieuse surprise qui nous arrive là de chez la famille Mondkopf. Une petite chose qui possède le même sublime grain idm-hop au fréon que ce disque d'Actress, là - sauf qu'à la différence de Ghettoville, Supermarché n'est pas un hologramme, mais que ce saisissant rendu sonore est ici non pas une plate représentation, mais un vrai relief ; qui donc recèle d'évidentes profondeurs - voire de béantes, avec ce que l'association des deux termes peut vous laisser soupçonner, mais pourtant accueillantes, généreusement.
Des anfractuosités où les jeux d'ombres et d'aplats minéraux peuvent d'un granuleux instant à l'autre suggérer autant la modeste majesté tectonique du Shocking Hobby de Speedy J que, toujours au rayon breakbeat organique, la caustique fantasquerie et la douce psychose de Seal Phüric, ou d'Acid Kirk et toute la canaille de chez Ambivalence - où la rocailleuse agilité des breakbeats irradie la même grâce que les morceaux de Techno Animal les plus éparpillés, les tôles de çà de là joyeusement fracassées une sorte de version enchantée (par une taquine fée asiatique) des premières œuvres de Converter et Synapscape, ou du Dive d'humeur folâtrement housey, et les poussées acides l'étrangeté paranoïaque du Catharsis de Zen Paradox... voire, et je suis presque sûr de ne pas dire cela uniquement parce que je suis depuis quelques jours hanté, c'est le mot, par une maladive tentation de le dépoussiérer - la peur rampante qui est la matière de l'air qui se respire sur Find Candace - avec des airs plus angéliques qui ne trompent pas tout à fait, voire le contraire, justement parce qu'ils semblent décrire le sinuant trait d'union entre la poésie futuristo-zen des Creatures sur Hai! ou de Cercueil, et les plus riches heures du proto-glitchy congélo-dub de la maison Mille Plateaux.
Il reste encore un peu de place pour les atmosphères hivernales de l'érémitique Nearly God, je vous le mets aussi ? Bref, en une fleur comme en cent, retrouvée bien vivace la grisante anxiété d'un certain âge d'or de la techno, en l'espèce d'un suave rêve, de ceux qui se façonnent eux-mêmes, par froissements où même le bruit d'une toux devient un changement de forme, dans l'argile de l'air, sous le ramage d'un cerisier électronique.
Un disque où l'on se sent tout à la fois dans la familiarité et l'émerveillement dès la première fois, et où les deux sentiments se recombinent et dansent ensemble aussi intacts l'un que l'autre avec la succession des écoutes ; il y en a eu peu de tirés, il en reste encore moins : "je dis ça, je dis rien".

1 commentaire:

Raven a dit…

Cimer. Bloqué dessus.