jeudi 25 février 2016

Wolfpack 44 : The Scourge

Je vais encore raconter ma vie mais je ne sais même pas pourquoi je le précise : n'est-ce pas ce que je fais chaque fois ? Ma vie de mec qui écoute trop de musique ; le plus souvent possible, uniquement les moments où j'écoute de la musique, mais ça en fait beaucoup ; on le sait, comme le dit Famine, "les mecs se chroniquent eux-mêmes".
Alors voilà, The Electric Hellfire Club, j'ai toujours voulu aimer, jamais réussi. Pour que l'étalage soit intégral, il convient de préciser que je ne me rappelle pas précisément, justement, à quand remonte la dernière tentative, et donc à quoi leurs albums ressemblaient : je ne pourrais donc pas dire ce qui a changé, si ce sont les riffs qui sont ici de meilleure qualité (les riffs dans l'electro-goth-metal sont souvent mauvais, mais en même temps est-ce leur fonction d'être bons, dans une musique à dancefloor ?), ou si c'est mon oreille qui en est plus affamée aujourd'hui, que lorsque j'étais un goth intégriste, donc contre les riffs dans l'electro ?
Ce qui est certain, pour enfin commencer à parler de Wolfpack 44, un peu, c'est que les guitares ici ne sont pas là pour se faire sampler - mais plutôt mater dans toute leur obscène majesté sublimée par l'arrogance belliciste en uniforme fasciste grand teint des beats ; et ces salopes parviennent à la fois à sonner épaissement metal, et farouchement industrielles, tous rivets apparents et imposants ; d'autant que les samples de film, eux sont bien fièrement typés electro-indus ; du coup, dans le genre, on n'avait pas entendu aussi troublant et fusionnel depuis le Nihil de KMFDM, si ce n'est qu'à la cheeserie de ce dernier dans son ensemble on pense, avec Wolfpack 44, surtout à ce qu'il recèle de meilleur : Raymond Watts un peu partout, et avec lui la prédatrice lubricité de Pig (mais vous pouvez ajouter un peu de celle de Bain Wolfkind pour faire bonne mesure).
Sans doute l'astuce est-elle fort simple, et consiste-t-elle à riffer avec la mécanique cruauté un musicien d'electro-indus, y compris cet art de la basse qui tabasse caractéristique de l'aggrotech ricaine de la grande époque, et à faire en sus ce que ne fait aucun musicien d'indus avec une guitare, à savoir solifier et leadifier - mais je n'ai que faire des astuces, car mon affaire est le résultat - et celui-ci est bon ; non plus qu'il ne m'importe de savoir quels sont les morceaux dont la réussite doit loyalement être créditée à la présence de musiciens de ce groupe qui m'assomme, du nom de Dark Funeral : non tant par paresse, d'ailleurs, que parce que l'album est une telle osmose, des talents des uns et des autres sûrement, et de ce que tant l'electro kinky que le black metal non moins kinky ont à offrir, pour un mieux-disant sataniste convenablement chargé en grandiloquente dimension rituelle.
D'ailleurs la référence suivante, qu'il me démange de citer arrivé à ce point, pour situer le niveau de ce type d'extravagance, black dans toute sa fulminance infernale tout en restant graveleusement hard rock et fier comme un braquemard, ne sera rien moins que l'Incipit Satan de Gorgoroth - tandis que pour l'extravagance dark-wave malveillante grade "ogresque", ce seront rien moins que Les Berrtas et les vieux Skinny Puppy : concernant le metal, et cet amour de la brutalité la plus fantasque... le mystère reste entier, pour qui comme bibi n'a jamais entendu une note de Kult of Azazel, dont provient le complice de Ricktor Ravensbrück ; question electro, en revanche, il semblerait qu'il y ait urgence à écouter The Electric Hellfire Club, et à pour ma part cesser des les confondre avec My Life With the Thrill Kill Kult - vu comment The Scourge se hisse carrément au niveau du 666 Nights in Hell des divins Psychopomps, et de sa décadente atmosphère de strip-club cossu dans une uchronique version steampunk bodybuildée de la Seconde Guerre Mondiale. Tout cela sans omettre de signaler que tout le disque paraît cumuler de la façon la plus compacte et focalisée possible la pesanteur de frappe dont son capables les deux genres respectivement. Ni un finale grandiosement sinistre en forme de noces de Foetus et Laibach pour la bande-son d'Urotsukidoji 6 - et d'idéale conclusion à un disque qui est parvenu tout de son long à être aussi égrillard et gaillard qu'il était suffocant et dominateur : à l'image des teintes puissantes de sa couverture, ou d'une partie de galipettes avec un masque à gaz.
Des disques de rock gothique, l'habitude d'en voir sortir de nouveaux aussi marquants que les ancêtres au troisième millénaire, ne s'était jamais perdue ; de dark electro, c'est plus rare, et encore plus des qui donnent envie de s'emballer à les voir en fondateurs de nouvelles sub-divisions flambant neuves : uro-guro-satan ? death body music ? Lâchez les molosses sur la piste de danse.

Mindrot : Dawning

Plus goth, plus death-metal-grü, plus anarcrust de la fin des temps : et pourtant c'est des deux le plus cru, brut, et primitivement homogène. Me demandez pas comment c'est fait. Le même art du sample sordide glaçant de désespérance que chez Damad ou Hangman's Chair, et pourtant on y trouve un morceau qui paraît une transposition en doom-death de clochard de "A Forest", du reste l'album dans sa globalité est une traduction par, mettons Ruinebell (la version crust-indus de Bolt Thrower), de Disintegration. Vous me direz, peu importent les barrières entre new-wave et metal, du moment qu'on parle de pluie sur la sinistrose qui sert de campagne aux Anglais... Oui mais Mindrot étaient américains.

Mindrot : Soul

Pour les intolérants au gluten hardcore, voici du Neurosis garanti 100% fabriqué avec des ingrédients métalliques : pas mal de proto-néo - du Chaos A.D, du Fear Factory, du early Korn - du vieux death - les accélérations, les riffs punk, les cris de marcassin enfurié - du World Demise, du Paradise Lost du tout meilleur cru - Icon, what else ? - quelque chose par endroits de l'opalescence miroitante de la basse de Tool, et le laiteux des meilleurs moments de tout l'atmo-doom école The Third and the Mortal ; et pourtant... Tout du long on pense à l'apo-prog-crust des vieux Neurosis et de Wormwood, à tous ces trucs de tragico-crust à relents goth - Agrimonia, Amebix, Atriarch... Peut-être parce que, malgré tout, un des mecs a été dans Dystopia ? Tout du long, cependant, avec toujours le soyeux de cheveux fraîchement après-shampoo-inés, parce qu'on est pas des punks à chiens, putain, on se respecte comme on respecte nos instruments, mon pote. Les dreadlocks c'est de la merde, dude, le meilleur moyen de choper de la vermine et c'est tout. C'est comme je te le dis.
Lequel soyeux toucher résulte, parce que l'album n'est tout de même pas qu'une somme de choses, en une ambiance à la limpidité surréelle, d'abattement distingué et habitant des hautes couches beiges de l'atmosphère. L'ancêtre (néandertalien, attention) d'Atriarch est peut-être bien là au bout du compte.
C'est saisissant, quelquefois limite écœurant - pas forcément les jours où l'on a juste l'impression d'entendre la version néo de Paradise Lost (d'autant que chaque fois qu'on est au bord de dire "néo", ça vire death bien hirsute, et vice-versa), mais certains jours - et néanmoins toujours fascinant : à la façon de beaucoup de ces classiques des nineties qui sont tout autant des OVNI certifiés pur porc.
Et pendant ce temps-là, Relapse réédite... Phantom Limb. Mais si, vous savez bien : l'album-culte de 2007, de Pig Destroyer. On m'explique ?

lundi 22 février 2016

Plebeian Grandstand : False Highs, True Lows

Précisons-le d'emblée : je mélange un peu beaucoup tous les disques précédents du groupe - dans un  même rien-à-foutre qui sera toujours plus correct avec eux que ce que je risquerais d'en penser dussé-je m'infliger le labeur de les écouter avec plus d'attention ; ce que je n'ai pas spécialement envie d'être - discourtois avec eux - puisque malgré le genre commun où je les range(ais), de noirchaonihilistémocore, je trouve Plebeian Grandstand beaucoup moins pénibles que Céleste, lesquels pour leur part sont le mètre-étalon dudit genre - mais cependant (oui, il m'a paru qu'il y en avait encore un peu trop qui suivaient) le peu de notes que j'avais entendues des précédents Plebeian Grandstand résumaient à la perfection le nœud du problème de ce genre avec ma modeste mais obstinée personne : le black joué par des coreux manque de metal, c'est à dire de vice, de mufflerie, de saleté, de démon, il est quoi qu'il fasse et mal gré qu'il en aie toujours trop émotionnel, même dans le nihilisme, jamais assez lubrique... et pour ne rien arranger le plus souvent il est chaotique. Lorsqu'on essaie de limiter sa consommation d'ibuprofène, afin de préserver l'efficacité de celui-ci sur ces nécessités premières que sont les gueules de bois, c'est embêtant.
Voilà, on pourrait continuer des lignes et des lignes dans la vacherie, et détailler et titiller et se pignoler, mais l'idée est passée ce qui est essentiel car : rien de tout cela ici. Le problème est résolu très simplement : False Highs, True Lows ne contient pour ainsi dire plus un atome de hardcore. Peut-être un tout petit quelque chose encore de Bannon - mais alors celui, démoniaque et qui réussit en ce qui me concerne à faire encore plus peur et penser à Slayer que les riffs, de Unloved and Weeded Out - dans la voix ? Peut-être, encore, faut-il invoquer la virulence physique associée au hardcore pour dire un peu de ce qui différencie Plebeian Grandstand ici du gratin du black metal, tout particulièrement parisien, auquel on pense de façon ahurissante - on parle tout de même de Toulousains - et en fait une version moins délicieusement infecte de dédain, et ô combien plus... comment dire, au fait ? chargée de deux-trois choses que le hardcore peut apprendre au beumeu rayon bestialité : la basse est bestiale, la voix est bestiale, le batteur est bestial, c'est au point que le résultat ressemblerait presque à Aosoth ou Vorkreist, plutôt qu'à The Arrival of Satan et sa dépravation si profondément rongée par l'acide de sa propre humanité (même si, vous vous en doutez, on y pense, puisque j'en parle ; bien plus, en tous les cas, qu'à cet autre groupe de black français qu'on ne peut semble-t-il éviter de lire cité, chaque fois que quelqu'un (y compris votre propre cerveau, ce traître) entend cette pauvre petite dissonance, comme s'ils l'avaient inventée, que c'en devient assommant, et qui pour sa part, est-ce assez amusant, s'est égaré corps et biens dans le hardcore chaotique : une vie pour une vie ? bref, il paraît aussi utile et pertinent de les invoquer ici que de parler de Kickback à propos de Cowards, si vous voulez mon avis)... et pourtant en reste distinct. Un Arkhon Infaustus débarrassé - à la machette - de ses bourrelets, et de son auto-indulgence avec - voilà, également, où intervient la mentalité hardcore, son exigence, son goût de l'auto-discipline... qui en fait en puissance quelque chose de plus luciférien que les lucifériens, on n'en sort pas.

Peut-être le climat de danger (riez si cela vous plaît) est-il ce qu'il y a de plus commun entre le black et le hardcore, et Plebeian Grandstand à ce qu'il semble ici se concentre sur le danger à créer. Le moins qu'on puisse dire est que c'est réussi. La pénombre sulfureuse fourmille d'appétits et de cruauté tout au long du disque, de ses saturations crues, aiguisées et pourtant follement séduisantes (on a presque envie de ne jamais savoir si c'est Sauvé ou Caste, pour demeurer dans ce trouble délicieux), qui vous râpent comme le grondement d'un fauve brûlant au point de grésiller, de ces feulements qui vous brouillent de rouge la vision, de ces riffs qui vous fichent le tétanos. Par moments, grâce entre autres au batteur qui de son trot à la fois pesant et aérien envoie tout le saint-frusquin flotter en territoire onirique, l'on dirait presque du Creeping totalement survolté et fou de fureur extatique ; ou tout simplement à la sexualité moins glaciale et cadavéreuse. Excusez du peu.
Ce qui fait au bout du compte beaucoup de tâtonnements et de palpations fiévreuses juste pour le plaisir, car à la fin ce n'est pas plus compliqué que ça et c'est tant mieux parce que bouducon, c'est pas rien à faire de façon aussi nette et crue : un orage de sang pollué, une décharge de sensations fortes particulièrement animales, directes et brutes, voilà ce qu'est False Highs, True Lows. Du coup, on se donne avec lui directement rendez-vous en fin d'année pour voir combien de fois il est revenu entretemps, et si en sus il laisse des marques. En toute confidence : j'ai déjà bon espoir.

lundi 15 février 2016

Red Harvest : Hybreed

Aucune catégorie a-t-elle le moindre sens, la moindre chance, au moment de parler de Red Harvest ? A pareil niveau d'efficience en toutes langues, il devient simplement ridicule de jouer les arbitres des élégances et les huissiers, et de prendre la bouche en cul-de-poule qu'il faut avoir - et dieu sait si votre serviteur l'a - pour dire que "par ma foi, ma docte expertise et ma corne verte, voilà un groupe de metal qui touche sa bille en electro !", ou "diantre, si ce n'est pas là le groupe d'indus le plus doué pour le post-hardcore qui se puisse rencontrer"... ou quoi que ce soit d'autre de tout aussi à côté.

Les catégories qui ont cours pour les autres, ne l'ont pas pour Red Harvest. Ministry roumain mâtiné de Dirge dans ce qu'ils peuvent avoir de plus stratosphérique et exsangue, Godflesh viking partant à l'assaut du cercle polaire, cold en diable, techno-indus comme peu surent l'être de façon aussi totalitaire et sans merci, black norvégien à la rigueur uniquement égalée par celle de Neurosis à ses plus riches heures hivernales, techno ambient isolationniste et pourtant génératrice de frissons de fièvre anxieuse, Pornography pure et simple, Terminator du permafrost... les séquences s'enchaînent, toutes tendues de la susdite impossible maîtrise, ne se ressemblent pas ? si : toutes ressemblent à du Red Harvest. Rien d'autre sérieusement. Dites vous que toutes ces comparaisons, la plupart du temps et surtout sur Hybreed, qui présentement les inspire, on doit se forcer un peu, quand bien même saurait-on comme l'auteur de ces lignes l'esprit déformé à le faire de façon réflexe, pour les trouver. On ne s'en émerveille même pas : c'est normal ; c'est Red Harvest. Ce n'est même pas une leçon : c'est Red Harvest. Leur identité ne retient, n'aimante, de tout ce qu'ils touchent comme matières musicales, que ce qui les constitue plus denses, et maille plus dru leur tissu aux fibres ferrugineuses. C'est à dire, pour le dire autrement, que Red Harvest existe au plus concentré, aigu, dans ce qui chez autres n'existe qu'à l'état de détail, effleuré par erreur, en tâtonnant, à l'état d'odeur fugitive, d'empreinte emportée par le vent : ce qu'il y a de plus cold voire curiste chez Ministry, ce qu'il y a de plus harassé et blanchi (ou curiste encore) chez Dirge...
On aurait probablement plus vite fait, pour les définir en termes succincts, d'utiliser l'expression qui a donné son titre à l'un de leurs (multiples) meilleurs albums, et au label qui non seulement aujourd'hui réédite Hybreed, mais se montre à tel point l'héritier de leur humilité dans l'éclectisme et l'acuité : Cold Dark Matter. Voilà Red Harvest défini en tant qu'élément, oui ; mais voilà-t-il Hybreed ? Avec sa pochette qui à l'origine rappelait celle du fameux disque de Thergothon, et qui aujourd'hui nous appellera plutôt vers Arrakis... ou le décor de Mad Max Fury Road, ou d'une aventure de Riddick : il faudra bien faire dans le tableau la place à un peu de lumière - une guère plus portée à la clémence et la compassion, du reste. La lumière aride du pôle, ou celle du désert ; son âpreté, son grain coupant, ses rigueurs impitoyables.
Si on parlait d'Hybreed ? Si on parlait d'ambient, alors ; Hybreed est peut-être bien celui de leurs albums qui, le moins massif assurément, regorge le plus d'ambient, et de leurs plus belles séquences dans cette veine ; à rendre par-delà les années Ben Frost ou Biosphere ridicules, tutoyer directement Speedy J, ou Zen Paradox et Delta Files sur "In Deep", ou encore ailleurs le Deutsch Nepal et le Unveiled les plus minimaux et mystérieux, après tout ils sont congénères de latitude ; au point que même les séquences à pesantes et solennelles guitares donnent envie de les qualifier d'ambient majestueuse... Ambient-metal ? Version cold-wave de Dirge... ou black metal ? la cold et le black, vous savez, parfois... Version barbûcheronne de Kill the Thrill ? Mais la barbe chez Red Harvest ne se porte que pour couvrir tant bien que mal des joues creusées par les jours et les jours de famine sur la toundra infinie à en avoir l'air d'une vieille guimbarde cabossée qui roule encore à la force d'une volonté usée jusqu'à la trame et voir au travers, ainsi que dans un brouillard couleur d'aluminium. Kill the Thrill, voilà pour le coup en effet ce qu'on trouvera de plus proche de Red Harvest, à ce moment-là de leur trajectoire. La lumière est mystique, qui sourd et pulse de Hybreed, et elle décolle la chair des os comme le fait cet album qui vous décape de sa poussière de glace portée sur les ailes indifférentes d'un vent éternel. Vous voyez où Filosofem se termine ? Là Hybreed commence, le couteau calmement tenu entre les dents.
Probablement est-il donc logique qu'aujourd'hui l'album vous soit de nouveau proposé intact, parfaitement conservé, intemporel, tel qu'à l'époque, au moins dans un premier temps et cette superbe version pour magnéto-cassette qui confirme Monsieur Damien (à prononcer avec la voix de Jean Gabin, merci) comme le sonorisateur officiel de mes trajets en bagnole - soyons trivial pour une fois et soulignons ce qui mérite hautement de l'être : les bandes enroulées chez cette officine-là sont bien mieux faites pour durer que le tout-venant de ce qu'on vous vend aujourd'hui comme le tout dernier support branché ; à croire presque qu'elles datent réellement d'il y a vingt-cinq ans, ces petites bobines. La production d'alors collant toujours aussi naturellement et à la perfection à cette musique tout comme elle typée rivet nu et minéralité brute, sans aménité aucune, non plus que de méchanceté encombrante, cette pureté presque ingénue, sans apprêt, d'expérience mystique crue, au bout du compte, quasiment (ma politesse et ma modération légendaires), de traduction punk des pratiques rituelles de Sink (quoique, Sink en concert... le terme punk n'est peut-être pas le mieux choisi pour tracer la ligne de démarcation mais on a compris).
Dans quelques mois, quelque part au cours de cette année marquant le vingtième anniversaire de l'album, nous aurons également l'occasion de voir, sur silicone puis sur vinyl, ce que la chose peut donner de plus éblouissant et rigoureux encore - ou d'autre et divinement imprévu - après un ravalement de façade dont on a hâte de voir le résultat.

vendredi 12 février 2016

LOA : RRR

Tu veux savoir à quel point Type O Negative est vraiment un truc de dépressif, et ce qui se cache véritablement derrière tout leur humour délicieusement raffiné, leur fougue psyché-pop et leur amour pour le fantastique goth ? Tu veux savoir à quel point des parents peuvent merder et instiller l'envie de mort et la vulnérabilité d'être enfant à perpétuité chez une âme ? Tu veux savoir comment on peut en arriver à être prêt à péter la gueule à Ian Curtis et à tout ce qui se mettra en travers de ton chemin vers la corde accrochée au plafond ? Tu veux mesurer à quel point il est miraculeux, et la preuve de l'existence de dieu en lui, que Life of Agony ait sorti un album sublimement désabusé et doux-amèrement rock tel que Ugly, et que Keith soit aujourd'hui une radieuse Mina ? Comment du hardcore dépressif invraisemblablement sinistre avec des textes d'une franchise désemparée, désespérée, limpide, peut être plus insoutenablement violent que toutes les armements nucléaires qui vont immanquablement paraître chaque semaine à venir dans l'actualité musicale ? Tu veux apprendre quelle est la définition du malaise, de l'impudeur et du glauque - et l'entendre pourtant sous la forme du croisement le plus impossiblement, bovinement groovy qui soit entre Black Sabbath et Biohazard ?

mardi 9 février 2016

Seven Sisters of Sleep : Ezekiel's Hags

fast, and, furious

Super Timor : Double Impact

Comme j'aime à le penser, j'ai peut-être bien l'esprit pré-disposé à faire s'affronter ou du moins confronter les disques - pour obtenir mes faveurs, sans doute - mais je ne cherche pas les clashes : ils viennent à moi tels les petits enfants.
L'auguste canaille de label-manager, hautement suspect du reste de l'être devenu à seule fin de sortir ce disque précis, m'envoie Double Impact, dont j'ajournais et faisais lanterner sans fin l'écoute depuis 2008, en pleine période de verdict à rendre sur le nouveau Seven Sisters of Sleep. Que voulez-vous donc tenter, de le moindrement clément, lorsque l'actualité est à tel point cruelle ? Allez, oublions les américains, laissons cela, et rappelons-nous salutairement comment il peut s'avérer difficile de trouver patelin plus sludge que cette bonne vieille pute de Marseille. Tiens, d'ailleurs, en gage de bonne foi et repentance pour toutes mes incitations au duel passées, je vais totalement éviter de parler ici de Diapsiquir, ou de tout black parisien, auquel Double Impact semblerait bien volontiers, à sa plouque manière, une réponse mufflesque et rigolarde.
La part - musquée - de black metal dans le sang corrompu de Super Timor, si jamais elle doit être renvoyée à quelqu'un ne le sera qu'au Darkthrone des plus morbides moments de la trilogie... et à l'insanité à manger du foin de Furze. Voilà, du coup, bien longtemps qu'on avait ouï sludge aussi frais, si j'ose dire - quoique, à certains titres, le cas de légitime sens littéral soit très défendable, ainsi qu'on le verra au cours de l'instruction - au moins depuis... le premier Creeping. Oui, comme ça, cash. Si l'on ajoute, à ce bestial démon du black pestilentiel au point d'être du sludge : les cousins de Møch, et évidemment les parrains de Toadliquor, on aura fait le tour du peu de famille connu à Double Impact ; après, je ne pourrai que m'égarer dans mes obscènes synesthésies, celles dont en l'occurrence les voix risqueraient de m'ordonner de citer Deadchovsky, les Rita Mitsouko, Scoubidou, les Tétines Noires (à propos d'un morceau intitulé "Kickboxer", il faut le faire), Tarantula Hawk, K-Branding, Manorexia... on n'est pas couché, voyez ? si on commence à scruter les fantômes moitié-aperçus, pour tâcher de dire quelque chose de ce bourdonnement réverbéré de science-fiction paranoïaque dont les grinçantes intrigues se nouent - comme des boucles d'intestins - sur des bazars où règnent les cafards, avec Victor Lanoux dans le rôle de Charles Bronson le flic à la retraite rancunière, Lugubrum dans celui du groupe de blues qui joue au fond du bar à putes à trois loches... Enfin, je ne vais pas m'éterniser et m'enfoncer dans un tableau forcément maladroit (une petite blagounette cocotée sur la Zone 51, peut-être ?), il vaut mieux vous fier à votre propre imaginaire, et quant au talent des Super Timor pour l'aguicher et lui faire frétiller l'aiguille dans la zone rouge dans une délicieuse crise de nervosité : vous feriez mieux de vous y fier, pour le meilleur et pour le pire. Ça va grouiller, pour ça oui, et ça va ruisseler dans le sillon de votre petit derrière.

Le sludge à la façon Super Timor, il est agréable comme boire la coupelle de sauce vinaigre-échalotte pour les huîtres (cul-sec, au cas que vous vous poseriez des questions stupides), et il grise tout pareil. Le sludge à la façon Super Timor, t'en voilà donc un autre de rapprochement fortuit que mes devoirs récents m'ont offert sur un plateau, est peut-être bien le seul à se vautrer dans un humour aussi mayonnaise, Dupont-Lajoie, pathétique et passé la date de péremption - pour un résultat pas loin d'être aussi glaçant que le disque de Potop, oui Monsieur ; en plus ambigu pour ne rien gâter - si j'ose dire, une fois encore... Rarement le Port de l'Angoisse a-t-il aussi fort fleuré la sardine avariée, la moule fatiguée, la sueur éreintée de peur et de gamberge, le rire nerveux au bord de l'hystérie et de l'éruption de violence ridicule aussi approximative que dévastatrice. Rarement l'onirisme aura-t-il eu pareillement l'odeur offensive du pastis pur.
Rarement ç'aura été aussi bon, aussi. Maintenant que j'y repense, ce que j'avais toujours dû faire des efforts de concentration pour entendre en puissance, en filigrane dans les précédents disques de Super Timor, c'est tout ce que j'entends ici, tartiné en long en large mais surtout en travers, avec un sourire idiot et un brin crispé d'incrédulité, dans cet album vigoureux comme un poireau-vinaigrette, et cordial comme une irrépressible régurgitation de bile sur vos godasses.


Y a pas, ce sont encore eux qui en parlent le mieux : "avec les collègues, on te fait la misère". Voilà.
Reviens, Super Timor, ça y est je t'adore !