mardi 9 février 2016

Super Timor : Double Impact

Comme j'aime à le penser, j'ai peut-être bien l'esprit pré-disposé à faire s'affronter ou du moins confronter les disques - pour obtenir mes faveurs, sans doute - mais je ne cherche pas les clashes : ils viennent à moi tels les petits enfants.
L'auguste canaille de label-manager, hautement suspect du reste de l'être devenu à seule fin de sortir ce disque précis, m'envoie Double Impact, dont j'ajournais et faisais lanterner sans fin l'écoute depuis 2008, en pleine période de verdict à rendre sur le nouveau Seven Sisters of Sleep. Que voulez-vous donc tenter, de le moindrement clément, lorsque l'actualité est à tel point cruelle ? Allez, oublions les américains, laissons cela, et rappelons-nous salutairement comment il peut s'avérer difficile de trouver patelin plus sludge que cette bonne vieille pute de Marseille. Tiens, d'ailleurs, en gage de bonne foi et repentance pour toutes mes incitations au duel passées, je vais totalement éviter de parler ici de Diapsiquir, ou de tout black parisien, auquel Double Impact semblerait bien volontiers, à sa plouque manière, une réponse mufflesque et rigolarde.
La part - musquée - de black metal dans le sang corrompu de Super Timor, si jamais elle doit être renvoyée à quelqu'un ne le sera qu'au Darkthrone des plus morbides moments de la trilogie... et à l'insanité à manger du foin de Furze. Voilà, du coup, bien longtemps qu'on avait ouï sludge aussi frais, si j'ose dire - quoique, à certains titres, le cas de légitime sens littéral soit très défendable, ainsi qu'on le verra au cours de l'instruction - au moins depuis... le premier Creeping. Oui, comme ça, cash. Si l'on ajoute, à ce bestial démon du black pestilentiel au point d'être du sludge : les cousins de Møch, et évidemment les parrains de Toadliquor, on aura fait le tour du peu de famille connu à Double Impact ; après, je ne pourrai que m'égarer dans mes obscènes synesthésies, celles dont en l'occurrence les voix risqueraient de m'ordonner de citer Deadchovsky, les Rita Mitsouko, Scoubidou, les Tétines Noires (à propos d'un morceau intitulé "Kickboxer", il faut le faire), Tarantula Hawk, K-Branding, Manorexia... on n'est pas couché, voyez ? si on commence à scruter les fantômes moitié-aperçus, pour tâcher de dire quelque chose de ce bourdonnement réverbéré de science-fiction paranoïaque dont les grinçantes intrigues se nouent - comme des boucles d'intestins - sur des bazars où règnent les cafards, avec Victor Lanoux dans le rôle de Charles Bronson le flic à la retraite rancunière, Lugubrum dans celui du groupe de blues qui joue au fond du bar à putes à trois loches... Enfin, je ne vais pas m'éterniser et m'enfoncer dans un tableau forcément maladroit (une petite blagounette cocotée sur la Zone 51, peut-être ?), il vaut mieux vous fier à votre propre imaginaire, et quant au talent des Super Timor pour l'aguicher et lui faire frétiller l'aiguille dans la zone rouge dans une délicieuse crise de nervosité : vous feriez mieux de vous y fier, pour le meilleur et pour le pire. Ça va grouiller, pour ça oui, et ça va ruisseler dans le sillon de votre petit derrière.

Le sludge à la façon Super Timor, il est agréable comme boire la coupelle de sauce vinaigre-échalotte pour les huîtres (cul-sec, au cas que vous vous poseriez des questions stupides), et il grise tout pareil. Le sludge à la façon Super Timor, t'en voilà donc un autre de rapprochement fortuit que mes devoirs récents m'ont offert sur un plateau, est peut-être bien le seul à se vautrer dans un humour aussi mayonnaise, Dupont-Lajoie, pathétique et passé la date de péremption - pour un résultat pas loin d'être aussi glaçant que le disque de Potop, oui Monsieur ; en plus ambigu pour ne rien gâter - si j'ose dire, une fois encore... Rarement le Port de l'Angoisse a-t-il aussi fort fleuré la sardine avariée, la moule fatiguée, la sueur éreintée de peur et de gamberge, le rire nerveux au bord de l'hystérie et de l'éruption de violence ridicule aussi approximative que dévastatrice. Rarement l'onirisme aura-t-il eu pareillement l'odeur offensive du pastis pur.
Rarement ç'aura été aussi bon, aussi. Maintenant que j'y repense, ce que j'avais toujours dû faire des efforts de concentration pour entendre en puissance, en filigrane dans les précédents disques de Super Timor, c'est tout ce que j'entends ici, tartiné en long en large mais surtout en travers, avec un sourire idiot et un brin crispé d'incrédulité, dans cet album vigoureux comme un poireau-vinaigrette, et cordial comme une irrépressible régurgitation de bile sur vos godasses.


Y a pas, ce sont encore eux qui en parlent le mieux : "avec les collègues, on te fait la misère". Voilà.
Reviens, Super Timor, ça y est je t'adore !

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