lundi 28 mars 2016

Deftones : Deftones

Amusant ; ce disque qu'en son temps j'avais trouvé rédhibitoirement monocorde, leur plus metal jamais m'avait-il paru, mono-humeur et d'une indigeste humeur de bourricot dépressif, bougon amputé de la mélodie comme on coupe ses ailes à un papillon, rebutant comme un très gros bloc de caillou non taillé, écœurant comme un gros pavé de viande crue qui pue le sang...
... Est bien celui-ci : leur plus sanglant, assurément, rouge profond, chargé et intime comme un croisement grossier de Pornography et Black Celebration le plus nocturne d'un groupe qui n'a fait que des albums de nuit, et celui dont au bout du compte les mélodies me sont les plus familières, m'aperçois-je aujourd'hui avec une stupeur hébétée, troublée, charmée - non pas celle d'énormes refrains midinettes, comme à peu près tous les autres, qu'ils soient midinettes néo ou midinettes waveuses - mais  ceux des couplets, d'ailleurs y a-t-il des refrains à proprement parler, dans ce disque sans jamais de véritable attaque, sans forme ou phrasé réel, au sens respirant de la chose (Pornography, vous dis-je), de gros metal cold-wave tout barbouillé d'humeur profondément indie, qui évoque tour à tour Sade, les Twilight Singers, Suede, du shoegaze en pagaille - en un mot à la fois peut-être leur plus moelleux, lascif, féminin, muqueux, gorgé de sang lourd, et pourtant bel et bien ce disque qu'on s'était pris dans la tronche à l'époque, ce pavé d'humeur saturnienne, pesant, très empesé de sa propre personne, à en pisser le sang par les jointures, à en avoir la migraine, un peu mollement patibulaire, douceâtrement morbide...
Bref : on va pas en faire des plombes parce que parler des Deftones si on ne s'appelle pas Raven (je vous mets pas de lien, je préfère ne pas vérifier s'il l'a fait parce que si je le lis ça va me décourager) c'est forcément ridicule, c'est comme raconter du cul si l'on est sentimental. Mais cet album est à coup sûr un de leurs tout meilleurs avec White Pony et Adrenaline ; et là venant de l'écouter je le mettrais volontiers un quart de poil de ce que vous voulez au-dessus des deux autres.

2 commentaires:

Raven a dit…

tiens donc ^^..tu sais qu'avec ces conneries tu m'as donné une irrepressible envie de le réécouter? - c'est un de ceux que je sors tous les trois ans, parce qu'à chaque fois je crois que je me l'enquille comme un grand verre de jagermeister-bailey's-kahlua-cointreau (le dernier me semble du même acabit d'ailleurs) ; par rapport à White Pony il a une certaine...épaisseur ? opacité ? bref..' vais me le ressortir ce soir !

gulo gulo a dit…

Trouble, oui. Et qui fait se sentir brouillé.