lundi 11 avril 2016

6 Comm : Headless / Let the Moon Speak

Point n'allons faire le docte que ne sommes pas : il suffit de s'approcher rien qu'un peu de l’œuvre de Monsieur Patrick - pas celui-là, l'autre : Patrick O'Kill - pour le comprendre : les frontières lorsqu'on parle de lui promptement révèlent leur imbécillité et leur non-pertinence.
Entre Sixth Comm et 6comm, entre Sixth Comm et Mother Destruction ; entre album et compilation, aussi : bien souvent, lorsque Patrick compile, Patrick remanie, remet au goût du jour - et le fait du reste en toute honnêteté, afin de se faire mieux entendre, dans une forme de grande bienveillance, par-delà le ressac des générations ; et à notre plus grand bonheur, aussi, tant par exemple on peut être soufflé de voir qu'une chanson telle que "Othila" n'a pas toujours été aussi grande qu'elle l'est devenue en 2015, dieu sait pourtant si l'on peut se méfier, merci Claus Larsen, des remises à jour de tubes corbeaux supposément ringardisés par la course technologique.
Et ainsi donc n'étais-je pas loin, involontairement, de la vérité en parlant de synthèse à l'endroit de One Mans Hel, puisqu'une bonne partie du matériel - chansons à part entière ou fragments - qui le constitue fait partie des bagages de Patrick O'Kill depuis, pour certains, quasiment l'époque Death in June. Qui de mieux que lui, du reste pour procéder ainsi, qui a co-inventé le style dont Douglas Pearce ensuite s'est fait le PDG - Death in June si l'on y pense a quelque chose de Napalm Death, eux aussi trio de personnalités tellement grosses de choses à dire et d'une certaine vision ardente et non négociable de la musique, qu'elles ont dû bien vite suivre leurs chemins séparés, après avoir toutefois inventé ensemble quelque chose que des générations et des générations de musiciens sous le choc tenteraient d'imiter... bref, on a saisi l'idée - qui a commencé une fois à son propre compte par vadrouiller dans la lande venteuse où entre chien des Baskerville et loup Fenrir se confondent Coil, Soft Cell et Joy Division, avant de nationalité oblige s'offrir une place privilégiée dans la découverte d'une nouvelle forme de paganisme septentrional dans la techno, puis d'évidemment découvrir sa propre légitimité de crooner...
Ce qui nous amène fort à propos à Headless : shamanic crooning, est-il proposé comme définition du style de ce disque précis, dans une discographie qui en justifie quasiment un par album - de style. Et en vérité il y a de cela : la rencontre, fouettée par le vent venu des Hébrides ou d'où vous voudrez, de Scott Walker - le nom patriarcal qu'on est sommé de lâcher dès lors qu'il s'agit d'un timbre spectral qui psalmodie sur de la musique un peu avant-gardiste, mais il s'agit là d'un braquage dont les autres membres de la bande ont pour nom Martin Gore, Chris Connelly, Douglas McCarthy... - et du très grand disque de 69db qui définit à lui seul le chamanisme du Premier Mai dans ce qu'il a de plus poétique. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, le statut d'homme-synthèse en permanente évolution, à savoir celui qu'on attribue autrement à S.A.S. Andrew Weatherall soi-même seul, est en tous points parfait pour Patrick Leagas, lui aussi anglais et par essence autant objecteur de conscience punk, que derviche techno, que beau gosse à la nonchalance froide.
Pour préserver tout l'espace et les horizons pâles dont ce disque laconique, à l'hivernale lascivité élémentale, se nourrit, on s'arrêtera donc sur ce constat, qui résume bien tout ce que les mots ont à dire sur le sujet.

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