jeudi 28 avril 2016

Alaric : End of Mirrors

Difficile d'avaler le nouvel Alaric dès la première gorgée. Il faut d'abord faire une certaine forme de deuil : de ce qu'un état de souffrance permanente apportait comme explicité directe et morbide à leurs chansons. Comme qui dirait un patient à qui finalement la trithérapie réussit bien, Alaric, et qui s'accoutume à une, très relative donc, forme de sérénité de vivre au quotidien. La saveur en est toujours un peu étrange.
La grâce, l'élégance naturelle, on savait depuis le précédent album qu'Alaric l'avaient ; ils peuvent désormais, débarrassés de cette permanence du goût du sang entre les dents branlantes qui vous sourd des gencives, se révéler coupables inventeurs d'un deathrock de luxe qui, il faut l'avouer, leur pendait au nez ; il prend un rien de temps pour l'admettre ; passer quelques distorsions entre la gracile sophistication de ces morceaux au mal-être devenu longiligne, et cette voix qui semble ne renvoyer qu'à Peter Spilles ou Philip Cope soit pas les organes les plus en finesse du monde corbeau ; des guitares qui malgré leur matière deathrock haute couture impeccable, qui paraît faite pour n'habiller que des morceaux imparables - mais le hic aussi est qu' End of Mirrors n'a que faire d'être parable ou pas, ailleurs qu'il est, parmi les étoiles sibyllines - semblent toujours s'apparenter à l’espèce des hirsutes arpenteurs de la steppe qui vont en horde, type Atriarch, Amebix ou Killing Joke, et en fait de finesse ne connaître que Rudimentary Peni, dont le premier Alaric donnait une manière de version hardcore américain lourd... pour recevoir en pleines gencives, justement, l'exquise fraîcheur polaire de cette musique pareille à un Killing Joke doté de toute l'élégance et la subtilité que Killing Joke ne possédera jamais, même en conjuguant ensemble Night Time , Brighter than a Thousand Suns et Extremities... On pourrait encore camper pour les décrire un Atriarch qui ne soulignerait pas lourdement chacun de ses accès de raffinement et de subtilité : en toutes choses, en somme, Alaric choisit l'ambiguïté, et bien mieux que tous les groupes, délicieux au demeurant, qui parsèment leur hardcore ou leur metal d'éruptions cold et de déclarations d'amour au rock gothique, intrique et tresse trop étroitement les fibres gothiques et hardcore de sa nature pour qu'on sache les classer exclusivement - ou même majoritairement - dans l'un ou l'autre, même lors de ses apparemment plus flagrantes charges hardcore flamberge au vent, toujours restant tortueux, indécis, rêveur, salin, porté à la dérive sentimentale, à la douce-amère cruauté, "Adore" s'offrant comme le surnaturel sommet, sélénite et gibbeux à la fois, d'un disque qui erre, en papillon ou en somnambule, entre Neurosis et Suede, entre Cure et Therapy?, Christian Death toujours à rôder en coulisses tout sanguinolent de sensualité ; aigre comme de l'anarcho-punk, et somptueusement stellaire comme bien peu... ambigu toujours, émotionnellement, sexuellement : on ne fait pas plus gothique.

3 commentaires:

Little-Axe a dit…

Oui, cent fois oui.

gulo gulo a dit…

Tu écoutes ça, toi ?

Little-Axe a dit…

Tu vas rire, mais en fait j'ai écouté parce j'étais à côté du mont d'Alaric, dans l'Aude...