vendredi 29 avril 2016

Neurosis

Je ne sais pas si je suis le seul, faisons comme si pas : j'ai l'impression que depuis un nombre douteusement croissant d'années, on a conspiré à confire les frères Labarbouze, à les travestir, en une espèce de duo de dinosaures grognons involontairement comique, incapable de faire même un demi-tour sur lui-même en moins d'une heure de temps, un truc antédiluvien et obsolète - et quand bien même le seraient-ils, obsolètes ? je vous renvoie aux propos de Jean-Louis Murat sur la musique et l'industrie du yogourt - dont l'âge d'or et de pertinence est passé et moisi au fond du frigidaire depuis des lustres... Ce que je peux comprendre : cette attitude blasée, promotionnée par tous ceux qui ont vu Neurosis sur scène quarante fois en plein soleil et désormais baillent devant la supposée ridicule ampoule du barbucore et sa grossièreté éventée, je l'ai connue, j'ai eu moi aussi ma période blasé de Neurosis, flemme de simplement écouter ce qu'ils avaient démoulé de plus frais, trop écouté tavu ; je me souviens, c'était en 96.
J'en suis revenu.
Et pour une chose supposée préhistorique, primate, ridiculement confite dans sa propre pompe disproportionnée, larguée, gauche, gâteuse, ma foi ! je trouve que Neurosis se fond et se coule de façon plutôt effarante, d'efficacité létale, dans l'electro, une forme d'EBM, d'acid-hip-hop chacal qui aurait fait le bonheur du label Mille Plateaux quand on y pense une seconde, sur How to Carry a Whip de Corrections House, ou encore dans un genre, pour faire court et terrestre, d'appalachian-illbient post-irradiation sur le Mirrors for Psychic Warfare. C'est qu'à force - de les voir comme on a dit plus haut, même en guise de pénitence je n'ai pas envie de me paraphraser encore, ce serait de la complaisance masochiste - on a juste un peu oublié, eh bien, Tribes of Neurot, ou tout simplement Enemy of the Sun, qui faut-il le rappeler ne ressemble en rien à aucune image qu'on peut se faire de Neurosis, puisqu'il ne ressemble à rien d'autre qu'un atroce cauchemar intenable. C'est normal, sans doute : cette fournée de blasés là est de la génération Times of Grace (vous vous doutiez bien qu'à un moment quelqu'un devrait trinquer, et que ce serait forcément lui ou le Metal, pas vrai ?), le disque où Neurosis eux-mêmes se sont caricaturés : lorsqu'on aime le groupe sur cette base-là, n'y a-t-il pas un malentendu pareil un ver dans un fruit ? Mais Neurosis n'a jamais été cela - attention, ampoule grossière et pompe disproportionnée imminentes - au fond. Neurosis est un groupe d'anarcho-punk-hardcore industriel des années 90. Et il est toujours aussi porté à muter à vue d’œil comme qui rigole, à piquer des colères qui s'expriment en flambées de métastases externes.
Merci, bonsoir.

3 commentaires:

Little-Axe a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Little-Axe a dit…

Tu n'es pas le seul non. Neurosis pour moi c'est toujours ce groupe des années 90, avec la hargne que cela suppose.

gulo gulo a dit…

C'est encore un article que j'ai publié trop tôt ; il manque tout un passage pour développer que bien avant Kickback, et bien plus que Kickback (eux pour résumer, et éviter de citer tous les autres), n'en a rien à foutre de toi. Sans s'assurer que tout le monde est au courant sur facebook, twitter ou je ne sais quels webzines. Ils hurlent pas partout qu'ils le font pour eux et pas pour toi : ils en ont juste rien à foutre de ta gueule, et de ce que tu peux penser de la rustrerie de leur musique, du ridicule de leurs marottes spirituelles ou de leurs trougnes. Rien. Pas de slogan "don't like it don't buy it", ou "tu kiffes pas tu dégages" : autre chose à foutre ; la musique et l'attitude générale des mecs parle toute seule. Et d'ailleurs le tri s'est fait tout seul : les importuns sont partis tout seuls sans qu'on ait à leur demander. Tant mieux.