mardi 31 mai 2016

Bardus : Stella Porta

On va direct au cœur du sujet, ça vous va ?
Oui c'est publié chez Solar Flare, oui vous allez avoir un mot qui va vous sauter à l'esprit aussi infailliblement que la belette à la gorge du lapin dès les premières notes, et ce mot c'est "Unsane".
Soyez pas cons : faites pas comme moi la première fois, ne vous mettez pas aussitôt à survoler le disque en diagonale, en espérant trouver juché sur votre désinvolture et votre désabusement ce qui fait l’originalité, la singularité, le prix en somme de Bardus. Vous ne le trouverez pas ; et pourtant cela existe, aussi sûr que la belette se tétanise les mâchoires sur la gorge du lapin déjà mourant.
Ce qui fait le prix de Bardus est affiché sur la pochette de Stella Porta, mais il faut s'y attarder dans l'album pour l'attraper - ainsi qu'on attrape une sale maladie en se faisant piquer par une tique ou une sangsue : l'ambiance, évidemment. On parle d'Unsane oui, mais d'Unsane pour forêt sombre, pour grotte humide dans la mousse sous les racines des grands arbres mauvais coucheurs, de champignons aux lourdes odeurs pourrissantes qui vous lèvent le cœur, vous tournent l’œil, et vous gardent captif de leurs charmes torves. Vous avez les idées maîtresses, vous n'avez plus qu'à bien fixer les couleurs, là sur la jaquette ci-contre, et vous laisser l'esprit vaguer à imaginer ce qu'on pourrait croire - et espérer ne pas - apercevoir dans cette pénombre humide et glacée.

D'ambiance, pour sûr - mais aussi d'une non négligeable portion de férocité purement hardcore, et pas de la variété peinard et à l'ancienne : du hardcore de jeunes sauvages sanguinaires, machette à la main, décapés au rabot de tout vernis de civilisation - la peur abjecte, à l’œuvre, et les digues qu'elle fait tomber. J'ai déjà fait le coup pour, eh bien, un autre album édité chez Solar Flare, mais là encore, cette qualité de barbarie à elle seule suffirait à faire de Stella Porta bien meilleure dope que tout ce qu'a fait Unsane à partir de Blood Run - alors heureusement pour eux que la susdite ambiance fantastique dégagée par Bardus en fait indubitablement autre chose qu'un groupe-hommage à la Wrong : ça m'aurait obligé à me montrer désobligeant envers Chris Spencer, ce qui est très mal élevé.
Halluciné, voilà ce qu'est Bardus. Errant, titubant tout le long de Stella Porta entre hagardise terrifiée dans la moiteur de cette forêt fantasmagorique, et éruptions de violence corrosive - et défensive - comme si soudain çà et là le rideau alcaloïde à nouveau s'écartait, et lui laissait voir autour de lui la jungle urbaine où son corps est resté, somnambule à se heurter à la cruauté inhumaine du paysage. Flaques de guitares d'un noir profond de pupille dilatée, cris brusques comme des trous de peur, batterie heurtée par les vagues de panique... C'est qu'on croirait presque, à la fin, à quelque miraculeux trésor repêché dans une épave oubliée, de la scène française du début des années 90, en fait de noise-rock de cauchemar...

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