mardi 24 mai 2016

Icarus : Fijaka

Comment j'ai fait pour écouter presque exclusivement de la musique qui se déroulait en longues plages rythmées mécaniquement et dénuées de la voix humaine et de sa vie, durant ces années (1994 à 2003) où je ne souffrais plus la moindre guitare saturée, hormis un Enemy of the Sun une fois l'an : lorsque j'essaie de me mettre à Perturbator et à ses courses creuses avec leurs textures en 16 millions de couleurs qui racontent peau-de-balle, sincèrement ? je ne le comprends désespérément pas, au point d'avoisiner l'effarement et l'étrangeté à soi-même.
Lorsque, en revanche, j'écoute un disque tel que Fijaka - avec qui, des fois que vous vous poseriez la question, finauds que vous êtes, je n'ai pas de passé sentimental, ayant à sa sortie été déçu de n'y pas trouver ce que j'attendais des auteurs de Kamikaze - là je me rappelle. Très bien. Comment je pouvais m'abîmer dans la rêverie, à suivre avec enchantement les capricieuses lignes de beats dont l'élégante et filiforme nervosité semblait capable d'errer sans fin ni jamais se répéter - et pourtant parler à mes nerfs la danse fluide de leurs propres spasmes - les narquois coups de boutoir d'une basse à la sonorité abstraite plus tangible et essentielle que n'importe quoi d'autre, et des fantômes de statique qui me parlent mieux que n'importe quelle voix avinée, de ce qui parcourt  l'espace électrisé entre mes cellules, et des bulles qui pétillent entre mes synapses et mes idées...
Concrètement ? Fijaka est sûrement un peu moins Nosferatu que Kamikaze - davantage Zatoichi - et porte joliment sa nipponophilie benoîtement avouée ; il représente assez bien l'album que Photek a rêvé - sinon cru - accrocher plusieurs fois, butinant au passage, papillonnant, des moments de grâce aussi sophistiquée que limpide que Goldie n'a réussi à atteindre que de loin en loin. Tout en frisottant à plaisir sur le fin liseré qui sépare la sauvage animalité de la jungle la plus aérienne, de la poésie techno gazeuse au dernier degré.
Oh, pour sûr à tomber sur de tels disques, j'y repiquerais facilement pour dix ans, à écouter exclusivement chanter les machines...

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