mercredi 22 juin 2016

Suicide Commando : Black Flowers

Encore un, à ce qu'il semblerait (je crois que cela faisait des années que je l'entendais dire sans avoir jamais pris le temps de vérifier) qui a connu son pinacle créatif dans ses démos. Les eussé-je acquises alors, que je serais probablement parfaitement heureux de continuer d'en user la bande magnétique, hein ; mais aujourd'hui il est à la fois encore plus savoureux, et un peu déprimant, de voir quelle renommée imméritément boursouflée Johann Van Roy le fâcheux a dû d'abord acquérir, et quelles quantités d'albums effarants il aura fallu qu'il nous inflige, pour enfin parvenir au statut où il est un Artiste qui mérite qu'on réédite dans un luxueux format compact disc ses supposées œuvres des années vertes - lesquelles, on l'a compris, méritent à  nos yeux bien mieux ledit luxe, que ces purges d'albums évoquées.
Oui, ce sacré Van Roy chipait alors tout chez Dive et The Klinik, en y rajoutant juste un peu de cette mufflerie dark-schleu à la Rudy Ratzinger (qui lui-même l'avait volée à Leaether Strip, c'était sa façon à lui de rendre son vil détroussage du travail de Dirk Ivens moins patent) - mais cela suffisait, et du coup le format démo lui aussi suffisait, voire sublimait le sinistre minimalisme désespéré et hyperglauquophile inhérent au style : double ration de misérabilisme ; c'est bien ce qui coince dans la carrière album de Suicide Commando (tout comme, tenez, chez Shining) : les effets spéciaux, les finitions glacées (mais comme le papier et non comme la morgue abandonnée), le luxe de détail, appliqués à une musique en soi simpliste, dont le propos même est le dépouillement, et qu'en particulier le patibulaire Johan Van R. a capacité pour ainsi dire nulle à interpréter en compositions subtiles. C'est ce qui fait le peu de qualité qui survit encore péniblement dans Critical Stage : la candeur de morceaux simplistes, même si déjà plus emo et donc gonflés de prétentions.
Poursuivons même dans la générosité : on pense ça ou là à la période - dépouillée et succulente, elle aussi - Tchernobyl de Front Line Assembly, nommément Gashed Senses & Crossfire, ou a des machineries bien affreuses et sordides de chez Philippe Fichot. Et on salive à l'idée, difficilement répressible en écoutant Black Flowers, du pauvre James Kent se retrouvant coincé au fond d'une impasse déserte et pisseuse, et se retournant pour entendre ces morceaux-ci qui clopinent, clapotent et rampent vers ses mollets frais et tendres.
Bon, après, ce n'est pas parce qu'on nage ici à distance des eaux de l'effarante nullité-vacuité que la suite de Suicide Commando ne partage guère qu'avec Hocico, que pour autant plutôt que ce disque on ne préfèrera pas sdégainer, dans le genre d'une musique factuellement proche et qui pourtant pour sa part ne laisse jamais songer à ses influences plutôt qu'à elle-même, un album de Second Disease, ou carrément, si l'on est déloyal et pour l'emploi excessif de la force, Putrefy Factor 7 ou Mortal Constraint.
Mignon reste, encore et toujours, l'épithète la mieux appropriée à Johann Van Roy.

samedi 18 juin 2016

202 Project, 16/06/16, Up & Down, Montpellier

Musicalement : ce n'est pas réel, ce que cet homme fait avec sa guitare,  et trois pauvres pédales en plus - quand on pense au tapis d'un Greg Chandler...
Vocalement - et physiquement - lunaire, pensez à Jacques Brel et Jimmy Scott, mais aperçus en train de grimper les contreforts de l' Anapurna, depuis plusieurs centaines de mètres de distance. Une exécution qui ressemble à une électrocution d'une lassitude infinie et sensuelle.
Binaire, Pornography, le blues, par moments presque une forme de Kill the Thrill de pèlerin famélique du désert septentrional  : on le sait. Si vous ne le savez pas, si vous n'avez toujours  pas au moins essayé de voir 202 Project en concert, votre vie est un large mais triste gâchis. Vous vous démerdez avec le reste. C'est qu'en plus ce fichu escogriffe par-dessus le marché vous vendrait des consoles d'enregistrements à lampe (la moitié de la Bretagne sous forme d'écoles désaffectées, aussi), et l'idée que sa musique n'est l'oeuvre que d'un gaga du son et du matos - modestie quand tu nous tiens... Le son de 202 Project est magique, ça ne se discute même pas, sacré foutu bandit d'alchimiste (en conclusion, il m'a refait l'hallucinant tour de l'autre fois, à m'avaler sans prévenir dans le trou noir le plus réconfortant et fœtal de l'univers)... mais ses chansons et sa voix, excusez !
Ne pense même pas une seconde à te demander ce qu'il fait sur une affiche avec Sink - en vérité ces deux machins-là sont bien les seuls à pouvoir se parler - et ne t'avise pas de la louper si elle passe près de chez toi.

vendredi 17 juin 2016

Haust : Bodies

Bodies, c'est l'histoire d'un groupe de black metal, qui n'existe déjà pas tellement il est ravagé, mais un croisement, avec un bon patrimoine de vainqueur, qui cumule tout ce qu'il y a de plus dégénéré chez Absu, Mayhem, Ride for Revenge, Khold, Carpathian Forest : vous situez le genre - et qui tombe au coin d'un bois, pendant une maraude l’œil allumé et l'estomac en bandoulière, sur les Virgin Prunes, tout affairés à répéter If I Die I Die.
Comme on fait son lit on se couche, ou un truc du style, et à l'image du loup dans les comptines, les pandas se frottent les mains, se pourlèchent les babines, et s'apprêtent, en gloussant de vilains ricanement de vargs norvégiens, à tomber à bras raccourcis sur l'autre bande de travelos pour les boulotter tout crus.
Plusieurs heures plus tard, c'est épuisés qu'on les retrouvera, mais incapables de s'arracher à une partouze cannibale plus infâme que n'importe quoi qu'ils aient jamais pu rencontrer dans leurs vies de chevelus convaincus d'être au top de la dépravation et de l'ordure ; ébouriffés de découvrir à quel point "païen" est un truc encore mieux même que ce qu'on leur avait toujours raconté, bien moins encombré d'obligations de médiévisme et autres fétichismes un peu ridicules, et bien plus toxique et décapant, aussi.
Les yeux leur sortent du crâne, le cœur des lèvres, et tout ce qu'ils ont de meilleur comme passion et feu essentiel au fond d'eux de leur dégouliner en purée scintillante par les oreilles, tout naturellement, tandis qu'ils dansent comme des derviches cul-de-jatte avec les enfants-loups en pleine célébration du Grand Crotalito.

Si tout ceci est trop ésotérique pour vous, dites vous que, sous le cruel et impitoyable regard des sciences exactes, Bodies est à l'intersection de Songs about Fucking, Monumental Possession et Iron Fist.

dimanche 12 juin 2016

Sanford Parker : Lash Back

Toutes ces années à baver sur le pauvre Sanford, le mal qu'il fait partout où il passe... pour enfin réaliser, à l'annonce de cet album solo, qu'en dehors de Buried at Sea, dont les disques d'avant la reformation ne sont tout de même pas à passer par l'inventaire à la Jospin, quels sont-ils, au bout du compte, les groupes auxquels on peut réellement l'affilier comme membre central, et non plutôt comme producteur-instrumentiste-consultant, en CDD ? D'où l'on commence rien qu'un peu, avant d'avoir entendu le disque, à se sentir intrigué, et se dire que Monsieur n'a peut-être toujours pas dévoilé son jeu après tout.
Banco, coco. Il s'avère donc que le truc de Sanford, c'est la techno (aujourd'hui vous dites "electro", car d'après ce que j'ai fini par mettre bout à bout, pour vous "techno" cela désigne le caca commercial kilométrique pour clubbing plus ou moins estival et non-mélomane... bref : pour moi le terme n'est pas un jugement de valeur, mais il suffit de se mettre d'accord sur les mots, ne nous fâchons pas). Et qu'il n'est - on commençait aussi un peu à être capable de se l'avouer, au vu de certaines réussites successives) - pas pour rien ni par erreur présent sur certains albums particulièrement précieux de Scott Kelly. Oui, Monsieur Parker est peuplé de visions de ce qu'on appelait techno industrielle vers la fin des années 90, quelque chose comme du Ant-Zen onirique - courant où Ant-Zen eux-mêmes ne m'ont jamais convaincu, mais probablement pourrait-on à juste titre ici se remémorer plutôt l'album final de Mental Destruction (et  non pas la suite, décevante, avec Azure Skies, sortie justement chez... Ant-Zen : tenez, pendant qu'on est à solder tout ce qui nous est resté en travers avec le label au fil des années : on pense ici ou là sur Lash Back aux Scorn de la période Ant-Zen, mais qui auraient gardé la flamme dévorante au fond du ventre) ; une manière de Converter ou Pain Station discrètement infusé, par vagues lascives, de cette humeur lessivée, au visage tourné vers la blanche brûlure du ciel septentrional, comme peut seul l'être le très bon post-hardcore - le seul qui s'écoute - voire carrément Jesu lorsqu'il est (très) grand ; Monsieur Parker est un sculpteur du bruit mystique, un des rares sorciers qui me font aimer le power electronics, en font une chose délicate, raffinée, poétique, où s'abîmer dans la songerie, la contemplation, à transformer le bruit en morceau de Faultline, les émotions en paysages stratosphériques (ici on pourrait facilement glisser une amabilité à l'attention de Terminal Sound System), à faire vibrer les aventures abstraites qui sont le propre de ces musiques-là ; pour faire bonne mesure, il faudrait encore, et plutôt que Scorn, invoquer les bien plus hybrides Silk Saw, en particulier leurs surnaturels deux premiers albums, et le retors Imaginary Forces : c'est, malgré ses airs cultivés et bien élevés, la famille authentique de la musique de Sanford Parker, libre d'étiquetage et d'entraves idiomatiques, qui vaque à sa guise dans les marées du ciel comme dans les mangroves, le nez au vent, le trot souple et félin, l'attention nonchalante, doucement fuyante comme les nuages, ambiguë comme une impossible intersection entre Inade et Scar Tissue.
Allez, pour délaisser rien qu'un moment les références de vieux con : Ben Frost qui saurait être mystérieux (et non pas cryptique), ça vous parle ? Autant dans les moments de plus grand polaire minimalisme que dans les frissonnantes envolées new-waveuses, lorsqu'il se met à ressembler de loin à une manière de Mondkopf dolent, laconique et mélancolique, se faisant un rien moins abstrait - manifestant, fatalement, son génotype d'enfant de Neurosis : il reste sobre, économe, elliptique, méditatif, faisant de cette sensibilité barbue une simple richesse de plus sur sa palette, qui reste canalisée à travers une méticuleuse science du beat - non pas se conduisant comme voiture-balai mais comme explorateur - qui lui aurait parfaitement valu sa place hier sur le label Mille Plateaux ou Ad Noiseam.
Probablement tout cela explique-t-il comment Lash Back peut ainsi s'avérer un disque qui vit et va sa propre vie, à la façon d'un animal sauvage, et dans le même temps infléchit commodément ses sinuements grinçants et feulants pour vous y laisser glisser la votre, avec hospitalité, l'y couler en ses creux comme contre un sein plein d'instinctive et muette empathie, pour y dormir pelotonné, et rêver douillettement.
"Je suis le chat qui s'en va tout seul, et tous les lieux se valent pour moi", disait le poète.

vendredi 10 juin 2016

Nails : You Will Never Be One of Us

Du petit peu que j'ai entendu de leurs nombreux groupes, et dont Nails est le troisième : une musique typique des frères Machin : parfaite pour faire du sport.
Moi, comme je n'en fais pas, lorsque j'ai besoin de ce type de son - grind avec un gros CORE mais aussi un gros GRIND, ou plus poétiquement, comme l'a dit le poète : lorsque "j'ai envie de me sentir comme dans un conduit d'aération à travers lequel on enverrait de la merde de porc à 10,000 bars de pression" - je préfère écouter directement un Pig Destroyer, c'est mieux garni en cette cruauté gratuite et disproportionnée qui est, davantage que le sport, ce que je viens chercher dans le metal : la catharsis, tout ça. Et lorsque je veux du Pig Destroyer héroïque, je mets Phantom Limb ; pas le ci-devant version épileptique d'Origin.
Puis même quand je faisais du sport huit heures par semaine, je préférais Kickback.

lundi 6 juin 2016

Sumac : What One Becomes

Pour une fois, j'ai envie de trouver qu'on ne fera pas mieux, pour décrire le phénomène ci-contre, que : "post-metal". Enfin, pour être exact, deux ; la première, c'était pour Secret House de Jodis : comme on le sait, Aaron Turner était également dans le coup et c'est l'un des meilleurs disques à compter dans cette catégorie - ceux avec Aaron dans le coup.
Il faut reconnaître à cet homme une qualité autre que celle de tête de Turc toujours toute trouvée : celle d'incarner à merveille - et ce, car je vous vois venir, non comme un phénomène de société ou une victime de la mode, mais par son œuvre, au sens le plus actif - le délicat préfixe. Quoique, à y songer, "alter" soit peut-être plus approprié, ou nuitdebout-core.
En l'espèce, on est tellement dans le post- que cet album de Sumac fait tout d'abord penser à un genre de Godflesh qui nous viendrait du futur ; d'un futur apaisé comme l'un de ces films de science-fiction où les teintes blanches et fleur de lait prédominent, pleins de gratte-ciel immenses aux silhouettes de longilignes pédoncules, de véhicules individuels volant sans bruit aucun dans un écosystème gouverné en paix par l'homme - enfin, vous voyez ; un genre de version crémeuse de Greymachine, vaguement re-tonifiée par une perception typiquement hardcore new-school (voire new-new-school - post-new-school ?) des choses, qui peut paraître gâcher tout le potentiel vitrificateur attendu de cette musique supposée sans pitié - et pourtant étrangement parente, justement, de celle du premier Jodis, porteuse de la même étrange sensation de vide post-mortem (qui était un peu à l'intersection de Sink avec Troum) apaisant comme, a-hem, l'océan, tout se recoupe, vous voyez ?
Du coup, What One Becomes, avec sa façon de partir genre TRÈS haut dans une expérimentation conceptuelle disproportionnée à son metal de matériau tout en sonnant tout du long comme si c'était fait dans une totale dévotion au non-sens bourricot 200% candide, s'avère être à peu près ce que, sans aller évidemment jusqu'à se l'imaginer aussi précisément (à quoi serviraient les artistes, sinon ?), l'on a toujours attendu, disque après disque (oui : on est un peu neuneu, à ses heures) de Black Sheep Wall - d'autre qu'Admiral Angry, s'entend ; pour autant que l'on admette qu'il reste encore quelque chose à dire et une place à prendre, dans la petite fenêtre de tir émotionnelle de cette incongruité qu'est l'abstract-beatdown : celle de la version détachée, lavée (Jodis, a-t-on dit, et on en retrouvera là les effluves de baléarique drone-americana bien plus puissamment apaisants que l'éreintant Oceanic de qui l'on sait) de toute colère, de la chose.
Si on y réfléchit, d'ailleurs, c'est d'autant plus normal à la lumière de l'impression première qu'on a eue devant la chose, que cela vient confirmer : davantage qu'avec le "hardcore" des groupes dont viennent les membres de Sumac et dont on retrouve évidemment des traits, What One Becomes a des choses à discuter avec Selfless, dont il paraît un descendant d'un futur lointain mais non moins certain, sous les fleurs blondes de sa barbe éco-amicale. Un descendant qui, avec la teinte dévitalisée de ses guitares et de son éructation, semble ne chercher pas une seconde à être sombre, pas davantage qu'il ne semble pétitionner, comme tous les innombrables emmerdeurs de Rosetta, Old Man Gloom, Isis, Atlas Moth et que sais-je d'autre encore comme abjections envers l'univers, la moindre emphase épique de l'homme confronté à la sensation des éléments et tout le tremblement. Sumac paraît véritablement seul dans sa bulle imaginaire, très loin de tout, bien au-delà de toute course au désaccordage thermonucléaire - sauf à imaginer le fameux chercheur fou qui, resté trop longtemps à tripatouiller ses boutons à la recherche de la dite arme ultime, a fini par la trouver par erreur et faire péter toute la planète dans la seconde, et se retrouve là comme un nigaud le seul à pas s'être aperçu qu'il n'était plus qu'un tas de cendres même pas dispersées tant la fulgurance du machin a été aveuglante - et continue à se gratter la tête et griffonner des calculs avec le doux sourire soucieux du savant fou, à l'appétit inextinguible de questions qui va avec.

Enfin, tout ça pour dire, vous l'avez compris : encore heureux qu'ils ne m'en font pas passer à la médecine du travail, des tests de Rorschach.

Parce que le problème, évidemment, c'est que tout ce que vous venez de lire ne se rapporte qu'à quelques écoutes obsessionnellement focalisées sur Aaron Turner et à ce dont elles ont déclenché le feu d'artifices de fleurs de cerisier dans mon imagination.
Mais l'on ne peut ainsi éternellement parvenir à ignorer qu'il y a deux autres musiciens avec lui, et qu'ils ne le voient pas de cet œil ; le guitariste surtout, qui a joué dans Botch et These Arms Are Snakes, ce qui s'entend : sur du Botch ou du These Arms Are Snakes, cela ne poserait pas de problème ; sur du Black Sheep Wall, en revanche... Cette aérienne guitare a un peu l'effet d'un malencontreux courant d'air sur le sus-mentionné homme de cendres.

dimanche 5 juin 2016

Årabrot : The Gospel

J'attends à présent avec une vive impatience l'album "coming-out de mes racines goth" de Megadeth, et celui de Shellac. Au suivant, traînez donc pas Monsieur, vous ne voyez pas que vous gênez l'avancée de la file ? On a des gagas de Bauhaus de très longue date, qui souhaitent faire enregistrer leur dossier, maintenant que la chose est dépénalisée...
Après le kraut et Carpenter, le goth : qui l'eût cru, il y a encore dix ans ? Enfin, dans le cas d'Årabrot, c'est toujours mieux que l'interminable litanie de disques (mini ou maxi) uniformément braillards, sulfuriques et apoplectiques, qu'ils nous ont infligé sans aucun motif crédible, ni le moindre crime de notre part, depuis leur second album.

Vous en voulez une description moins gotho-centrée ? Allez :

"Tout en se curant distraitement le nez, le mioche relut le sinistre et barbare énoncé :
'En utilisant uniquement des citations des ouvrages de The Birthday Party et The Velvet Underground étudiés dans le programme de l'année écoulée, et en vous référant à la fiche technique ci-après, vous reconstituerez entièrement un album des Melvins, qui seront au programme de l'an prochain si vous passez en Cours Élémentaire.'
Plissant le front, le petit se mit à remplir sa copie, en commençant par le nom dans la marge en haut à gauche : Jim... G... Thirlwell."

Okkultokrati : Snakereigns / Night Jerks

Les deux albums viennent de ressortir sur un seul cd.
Le visuel est très bien, magnétique, et en impose sans ménagement, comme toujours avec eux - mais assurément pas au point de faire le deuil des deux d'origine, au moins à mon sens, et toujours selon celui-ci, sans avoir tenté l'expérience, écouter les deux à la suite doit un peu mettre la tête comme un compteur (si vous avez déjà entendu la voix de leur chanteur, et êtes capables d'imaginer des guitares hybrides de Darkthrone et Clockcleaner, vous voyez de quoi je parle).
N'empêche, joli objet.

Okkultokrati : Night Jerks

Je lui reprochais son manque de tension. L'honneur est sauf, je n'ai pas changé d'avis sur cette absence ; seulement sur ce qu'elle me fait.
Il y a quelque chose à ce disque après tout, conformément à la pochette qu'il se permet d'avoir. Pour ne pas avoir l'air ridicule et risquer de se prendre les pieds dans le tapis persan tapageur qu'on a soi-même tissé, on va laisser de côté cette fois toute considération de goth/pas goth, et de leur sous-texte Pif/Hercule toujours menaçant en germe. On remarquera juste qu'on pense à Clockcleaner, et chacun en fera ce que de droit.
Il y a quelque chose justement dans cette absence de tension d'une musique de toute évidence embourbée dans les ambiances d'alcooliques ; chose qui en fait une musique de monologue, une musique de solitaire, un dont on ne saura jamais s'il est dangereux pour ses congénères ou pas, puisqu'il n'y a aucun risque qu'il en rencontre ; le monologue d'un être nocturne au cœur d'une nuit dont on ne sait si elle est déserte parce que tout le monde dort, ou parce que toute la population a fui vers des latitudes plus méridionales et moins dégénérées depuis un an déjà, sans que ledit monologueur ait jamais suffisamment émergé de sa cuite permanente pour le remarquer ; une musique sourde et lourde, stagnante, comme un épais brouet de pas grand chose, qui rôde en grommelant des idées d'un noir terne et sanguinolent adressées à rien, que l'abîme, le trou au milieu de la pièce de son propre esprit ; une musique de vieux clébard aveugle qui se lèche les plaies, blotti au fond d'une canalisation d'égouts, à se raconter avec une passion empâtée comment il donnera à chacun son dû, enfin venu le temps de sa splendeur ; tragique soliloque auquel le quart d'heure final, instrumental et austère, donne un contexte en plan large chargé de science-fiction mystérieuse (et menaçante bien entendu).
Après, vous connaissez le topo : je vous fais pas tout le film, de toutes les manières on a compris qu'il était solidement nordique, et donc qu'il ne s'y "passait" pas grand chose, et que l'essentiel se nichait dans les ombres de la suggestion et ce qui pourrait ou aurait pu être - une réelle part d'irrésolu, après tout.

samedi 4 juin 2016

Okkultokrati : Snakereigns

Midi, la porte, l’œil et la poutre. J'ai, sans auto-dépréciation faussement modeste, dit largement plus que mon poids en conneries - et j'ai pas fini ; mais j'ai lu, sur RYM, de ces billets sur Okkultokrati, qui les décrétaient, avec un péremptoire mépris pour toute hypothèse de l'inverse, définitivement purs de toute trace d'essence de black metal "hormis bien sûr la nationalité"...

Je veux dire, Snakereigns est un cocktail, outrageusement chargé, de Darkthrone, The Stranglers et Unearthly Trance : où est-ce que vous voyez un interstice pour mettre plus de black et de sang noir, vous ?

vendredi 3 juin 2016

Horse Latitudes : Primal Gnosis

"Que de chemin parcouru !", comme on dit dans les milieux spécialisés... Que l'on songe seulement aux débuts du groupe, et de son sympathique quasimodoom plus ridicule que réellement beau dans sa difformité boiteuse ; et que l'on contemple... ceci. Cette prodigieuse et terrifiante chose.
La meilleure façon possible de s'inspirer de Reverend Bizarre, lorsqu'on ne s'appelle pas soi-même Sami ? Comme si qu'Opium Warlords, à force de chercher l’illumination et l'Esprit imprudemment tout seul sur les hauts plateaux, qui ne sont pas désertés par la vie sans raison, avait finir par faire une mauvaise rencontre - le fameux ours des cavernes-garou - et voici donc contée l'histoire de sa lente et horrible incubation. Croyez-moi, ils se sont pas inspirés du film avec Jack Nicholson. Qui dit Opium Warlords dit religieux, et pour sûr Primal Gnosis est aussi imposant rayon austère terreur sacrée, qu'une version aussi médiévale que brutale de tout ce qu'a tenté Swans depuis Soundtracks for the Blind... Joy Division, Beherit et Burzum s'y font engloutir dans l'immense nuage noir d'orage qui s'amoncelle au-dessus du sommet du monde, dans cette sorte d'aïeul mythologique de l'hiver nucléaire ; le doom qui dévore tout, dans une gaieté générale digne d'une version rituelle du Berserk de Kentaro Miura.
On va pas s'éterniser plus que nécessaire : vous l'écoutez, c'est tout.

9 Men, 5 Bands, 03/06/16, Black Out, Montpellier

Hag : pas vu, la soirée commençait tôt (voir ci-contre). Dommage, j'avais bien-bien aimé ce qu'il avait fait au Machines à Liver, y a une paire d'années.

Pedro De La Hoya : arrivé à la fin, ne se prononce pas - mais ça avait l'air potentiellement enthousiasmant. La reprise de "The Final Countdown" au trombone faisait bien plaisir.

Binaire : la vérité ? Ils m'avaient manqué.
Pour tout vous dire : suite à un changement de politique informatique au bureau, j'ai dû voilà peu faire l'acquisition de mon premier lecteur mp3 pur. Au moment de, en sus des dossiers courants, le garnir d'un matelas d'indispensables et d'infaillibles à toujours avoir sur soi, j'y ai naturellement fourré Filth Abhors Filth et Idole (pourquoi pas Bête Noire ? je ne sais plus, fichiers introuvables sur le pc probablement) ; et du coup je les ai bientôt réécoutés - ça faisait une paye - un jour en travaillant. Quelle ne fut pas mon horreur tiède, de constater qu'ils ne mettaient apparemment plus dans un état indécent instantanément, que je commençais à avoir quelque chose comme du recul sur Binaire et un regard d'inventaire - à me dire qu'ils avaient raison tout compte fait, ceux que le groupe ne sort pas de leurs gonds, lorsqu'ils disaient que ça vire de plus en plus post-hardcore...
La vérité ? Le doute est balayé. On rentre chez soi, la fête est finie, la place de meilleur groupe du monde n'est toujours pas ouverte à candidature.
Son de guitares ultra-chimique simplement ahurissant - c'est très simple, à les entendre en particulier sur "Ground Z", t'as le zen qui brûle comme si tu venais d'aspirer un mur de ké - rythmique funky acide, boîte à rythmes dont le son de gamelle synthétique caoutchoutée paraît instantanément le seul égal de celle de Godlfesh : vieux comme nouveaux morceaux, c'est le retour du Binaire de la toute première fois - Sister Iodine + Sonic Youth + Big Black + The Horrorist sous hélium - en encore rehaussé de plusieurs crans dans la dinguerie, touche de punk indochinois compris, et les textes toujours plus chlorhydriques et fresh à la fois...Que voulez-vous y faire ? Binaire en concert, y a juste rien d'autre, tu peux pas test, tu t'accroches à tes chaussettes.
Ah les petits bâtards.

Seb and the Rhâââ Dicks : one-man-band du genre qui te fait autant - et dans le même temps la plupart du temps - rire que serrer les mâchoires pour ravaler une discrète boule dans la gorge, vous voyez le genre, et il ne se décrit pas. Mention milles bravos à la chanson sur les revivals - "Je suis excité par le futur... et tu es mon futur", avec la voix du vieux rocker cinquantenaire-Gauloises abonné aux tournées sur toute la Saône-et-Loire.

Ayatollah : dur, aux premières notes qu'ils jouent - et barrissent - après tant de musique caustique et décontractée de sa propre violence, de croire qu'on va réussir à se laisser immerger par une musique paraissant aussi frontalement et belliqueusement s'inscrire dans la longue file des groupes fils de Neurosis voire d'Overmars ; on a peur, très peur...
Sauf que, cela ne semble pas dû seulement au fait qu'ils ne soient que trois sur scène, il s'entend - se percute - ici une radicalité qui finalement ne renvoie qu'à Neurosis seuls, dans cette catégorie-là, où ces derniers sont, eh bien, le seul groupe de hardcore ; et Ayatollah renvoie en dehors de cela et malgré des tempos et des dynamiques majoritairement (quelques jouissives accélérations au simplisme punk, juste çà et là ce qu'il faut) apparentées à l'apo-core susdit, surtout au noise-rock le plus acide et obsessionnel - et à Arkangel.
Arkangel meets Under the Sun (et Godflesh le temps d'un morceau assez ébouriffant), a-t-on envie de dire rien que pour, flagrante sur la longue et délétère première partie du morceau d'ouverture, cette singulière humeur aussi ulcérée que harassée, rincée jusqu'au linéaire mais impeccable d'intensité décapante, qui se tisse entre les riffs de Scotch où l'on reconnaît un peu du bruitisme effronté de Binaire, la batterie qui équarrit largement à la hauteur des attentes - on en réhabiliterait presque l'infâme "comme si sa vie en dépendait" - et la voix, donc, qui fait scintiller des liens entre Baldur et Nicolas Dick.
On a toujours peur - de ce que ça va pouvoir donner tout seul en face de la cassette, cette fois - mais on restera ahuri par le phénomène.

On rentre, toujours un peu triste, tôt et hâtivement parce qu'on avait un train à essayer de prendre - et pourtant un gros sourire agrafé quelque part.


mercredi 1 juin 2016

Nuisible : Inter Feces et Urinam Nascimur

Between Shit and Piss We are Born : avouez que, sans rien vouloir dénier à la capacité de percussion de la formule (et en mettant de côté le détail que personnellement, j'aurais mis "Urinamque"), ça prend de suite une autre dimension en latin, pas vrai ? Une, surtout, de machin qu'on ne sait pas d'emblée, quel soulagement rare, où situer, death gorish, black dévot, devise médiévale reprise à son compte par un club de hools ?
Parfait donc pour Nuisible qui ne sont : ni trop admirateurs de Kickback comme on le craint à lecture de leur nom, ni énièmes idiots qui n'ont rien compris au plus succulent dans Entombed, comme on le craint pour chaque groupe - sont-ils légion... - qui s'en réclame, ou même se contente de lancer quelques uns de ces riffs si reconnaissables de paternité - et que l'on peut certes entendre fureter de leur gros groin, dans le présent mini-album.
Non, Nuisible ne se laissent mettre à la niche nulle part, montrant, d'Entombed, le respect qui se doit pour les riffs en tuyaux d'échappement noircis de glaires d'orc, mais aussi la juste appréciation des ambiances desperado du cercle polaire, tirant à la limite du Death Breath - lesquelles ambiances, justement, se marient à merveille à leurs propres pulsions black metal à l'ancienne, punkish au point d'en confiner à du Disfear, à bien y regarder... En fait c'est simple, Nuisible ne s'interdit rien, Nuisible n'a pas de limites, c'est même à ça qu'on le reconnaît : solos stellaires (merde, les mecs ! on dirait Mourning Mist...), sifflées, gruiks brutal death, prises d'appel thrashies calibre All Out War, larsens sludge de toute beauté : tout est pitance à leur punk (eh oui, que voulez-vous : encore ! mais c'est que le hardcore dernièrement est devenu une chose tellement guindée, crispée sur son devoir de toujours plus extrême terreur inouïe dans l'histoire de l'humanité bientôt décimée...) metal de la mort, à tel point qu'on n'est guère loin de leur décerner, en maint virage négocié sur la corde, le prestigieux label "glouton" - mustélidé dont le nom anglophone, puisqu'aujourd'hui c'est un peu cours de langues, est... hé, attendez !
C'est simple - ce mot revient, ce ne saurait être fruit du hasard - il y en a tellement ici pour se régaler, qu'on n'a pas même le temps de regretter de ne faire que lointainement reconnaître - la férocité préhistorique, peut-être ? - au palais les saveurs Carnivore annoncées ; tellement de choses... et tout leur ballet grimaçant seulement gouverné par les lois naturistes de l'appétit et du plaisir, pareil à celui d'avec les copains trouver en temps de peste un rat dodu à se partager, bien juteux à déchirer. Comme qui dirait une version qui sourit à belles dents d'Early Graves, débonnaire comme un glaviot de L.G. Petrov, brillante comme un schlass soudain qui jaillit des profondeurs d'un lourd paletot de fourrure crasseuse.
Du Kickback - s'il en faut absolument, et je vous concède avec plaisir que çà et là, on meurt envie d'en placer, tant Nuisible en démontre le même coupable amour de la connarderie et du vieux deathcore - en plus égoïste qui, avant de penser à ruiner les autres et le spectacle, pense avant tout à sa gueule et à se la bourrer : après, on verra pour éventuellement mettre une raclée à ceux qui la demanderont gentiment; d'abord on assume son goût pour les blagues, Transilvanian Hunger, et toutes choses relatives à la régalade.
Avouez, tout de même, les choses sont bien faites : "frais" est justement une qualité majeure à la fois pour le punk et pour le black metal.