dimanche 5 juin 2016

Okkultokrati : Night Jerks

Je lui reprochais son manque de tension. L'honneur est sauf, je n'ai pas changé d'avis sur cette absence ; seulement sur ce qu'elle me fait.
Il y a quelque chose à ce disque après tout, conformément à la pochette qu'il se permet d'avoir. Pour ne pas avoir l'air ridicule et risquer de se prendre les pieds dans le tapis persan tapageur qu'on a soi-même tissé, on va laisser de côté cette fois toute considération de goth/pas goth, et de leur sous-texte Pif/Hercule toujours menaçant en germe. On remarquera juste qu'on pense à Clockcleaner, et chacun en fera ce que de droit.
Il y a quelque chose justement dans cette absence de tension d'une musique de toute évidence embourbée dans les ambiances d'alcooliques ; chose qui en fait une musique de monologue, une musique de solitaire, un dont on ne saura jamais s'il est dangereux pour ses congénères ou pas, puisqu'il n'y a aucun risque qu'il en rencontre ; le monologue d'un être nocturne au cœur d'une nuit dont on ne sait si elle est déserte parce que tout le monde dort, ou parce que toute la population a fui vers des latitudes plus méridionales et moins dégénérées depuis un an déjà, sans que ledit monologueur ait jamais suffisamment émergé de sa cuite permanente pour le remarquer ; une musique sourde et lourde, stagnante, comme un épais brouet de pas grand chose, qui rôde en grommelant des idées d'un noir terne et sanguinolent adressées à rien, que l'abîme, le trou au milieu de la pièce de son propre esprit ; une musique de vieux clébard aveugle qui se lèche les plaies, blotti au fond d'une canalisation d'égouts, à se raconter avec une passion empâtée comment il donnera à chacun son dû, enfin venu le temps de sa splendeur ; tragique soliloque auquel le quart d'heure final, instrumental et austère, donne un contexte en plan large chargé de science-fiction mystérieuse (et menaçante bien entendu).
Après, vous connaissez le topo : je vous fais pas tout le film, de toutes les manières on a compris qu'il était solidement nordique, et donc qu'il ne s'y "passait" pas grand chose, et que l'essentiel se nichait dans les ombres de la suggestion et ce qui pourrait ou aurait pu être - une réelle part d'irrésolu, après tout.

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