mercredi 22 juin 2016

Suicide Commando : Black Flowers

Encore un, à ce qu'il semblerait (je crois que cela faisait des années que je l'entendais dire sans avoir jamais pris le temps de vérifier) qui a connu son pinacle créatif dans ses démos. Les eussé-je acquises alors, que je serais probablement parfaitement heureux de continuer d'en user la bande magnétique, hein ; mais aujourd'hui il est à la fois encore plus savoureux, et un peu déprimant, de voir quelle renommée imméritément boursouflée Johann Van Roy le fâcheux a dû d'abord acquérir, et quelles quantités d'albums effarants il aura fallu qu'il nous inflige, pour enfin parvenir au statut où il est un Artiste qui mérite qu'on réédite dans un luxueux format compact disc ses supposées œuvres des années vertes - lesquelles, on l'a compris, méritent à  nos yeux bien mieux ledit luxe, que ces purges d'albums évoquées.
Oui, ce sacré Van Roy chipait alors tout chez Dive et The Klinik, en y rajoutant juste un peu de cette mufflerie dark-schleu à la Rudy Ratzinger (qui lui-même l'avait volée à Leaether Strip, c'était sa façon à lui de rendre son vil détroussage du travail de Dirk Ivens moins patent) - mais cela suffisait, et du coup le format démo lui aussi suffisait, voire sublimait le sinistre minimalisme désespéré et hyperglauquophile inhérent au style : double ration de misérabilisme ; c'est bien ce qui coince dans la carrière album de Suicide Commando (tout comme, tenez, chez Shining) : les effets spéciaux, les finitions glacées (mais comme le papier et non comme la morgue abandonnée), le luxe de détail, appliqués à une musique en soi simpliste, dont le propos même est le dépouillement, et qu'en particulier le patibulaire Johan Van R. a capacité pour ainsi dire nulle à interpréter en compositions subtiles. C'est ce qui fait le peu de qualité qui survit encore péniblement dans Critical Stage : la candeur de morceaux simplistes, même si déjà plus emo et donc gonflés de prétentions.
Poursuivons même dans la générosité : on pense ça ou là à la période - dépouillée et succulente, elle aussi - Tchernobyl de Front Line Assembly, nommément Gashed Senses & Crossfire, ou a des machineries bien affreuses et sordides de chez Philippe Fichot. Et on salive à l'idée, difficilement répressible en écoutant Black Flowers, du pauvre James Kent se retrouvant coincé au fond d'une impasse déserte et pisseuse, et se retournant pour entendre ces morceaux-ci qui clopinent, clapotent et rampent vers ses mollets frais et tendres.
Bon, après, ce n'est pas parce qu'on nage ici à distance des eaux de l'effarante nullité-vacuité que la suite de Suicide Commando ne partage guère qu'avec Hocico, que pour autant plutôt que ce disque on ne préfèrera pas sdégainer, dans le genre d'une musique factuellement proche et qui pourtant pour sa part ne laisse jamais songer à ses influences plutôt qu'à elle-même, un album de Second Disease, ou carrément, si l'on est déloyal et pour l'emploi excessif de la force, Putrefy Factor 7 ou Mortal Constraint.
Mignon reste, encore et toujours, l'épithète la mieux appropriée à Johann Van Roy.

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