samedi 23 juillet 2016

Fange : Purge

Y a pas photo : voici venir du sludge, certifié misère ricanante et qui bouche les artères.
Pourtant cela ressemble sourdement à du Converge, ne serait-ce que (pour ne pas encore et toujours citer When Forever Comes Crashing et The Poacher Diaries) dans la voix de Matthias, laquelle sonne comme Jacob Bannon qui aurait avalé le groupe - tout le line-up, oui - de beumeu parisien le plus dépravé et SM que tu peux imaginer dans tes coupables rêves ; puis à du Diapsiquir aussi dans certaines plaintes de guitare (c'est bien simple d'ailleurs : avec Purge et le prochain disque de Cowards, on a la vivifiante impression que deux groupes au moins, ce qui suffira amplement, ont digéré l'héritage s'il y en a un à faire du jeu et du ton de Toxik Harmst, et savent, plutôt que le réciter absurdement, en tirer le strict nécessaire du suc sans les défauts et auto-complaisances), au passage, puis à du Entombed en mode bourrée du bourreau, et à du larsen glapissant de maître du scalpel contaminé... Y a même un morceau qui démarre sur une rythmique traînante à la lisière du trip-hop, embraye sur un riff-lézard elwizardien... avant de virer à nouveau au Bunkur de backroom.
Purge ressemble surtout au hideux ruisseau qui s'écoule de l'arrière-cour du boucher, entre les pavés, vers l'égout ; au remake de Videodrome dans l'Yonne, par Gaspard Noë (celui de Carne, pour rester dans le même genre d'intitulé, tenez) ; Purge vous suffoque d'envie de vous vautrer dans le sang, la tripe, le boudin, les tentacules et la merde la bouche ouverte, pour les baiser, les boire ou s'en gaver comme une oie à en avoir les organes qui éclatent, on ne sait - du diable si on s'en soucie ; Purge, on s'y adonne à l'aveugle, comme à un bas penchant, à une pulsion, on s'y ouvre de toutes ses terminaisons nerveuses, les intérieurs à l'air, on s'y colle-serre comme si on pouvait se faufiler dans la moite mêlée de boyaux de son illustration de couverture, et bien vite on se fait, se mélange, s'amalgame à son ardeur nauséeuse, à sa bestiale absence de grâce et de chichis intelligents, à ses façons directes et sans fard, à l'homogénéité délicieuse qui se cache derrière son apparente difformité, à sa visqueuse pente. Wolverine blues goes to hell.

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