lundi 5 septembre 2016

Cowards : Still

Tiens : et si cette fois, pour le groupe avec lequel on allait pomper l'air aux Connards, on prenait Plebeian Grandstand ? Après tout, Still joue de nouveau ultra-dru sur le registre black de leur hardcore chaotique (pour le coup je comprendrais presque cet ami néo-zélandais admirateur du travail de Francis Caste, qui rangeait Rise to Infamy quand je le lui ai recommandé dans les albums enfants de Converge : du Converge, à la rigueur dans le noir, mais qui serait resté bloqué sur Hell Militia plutôt que Slayer ?), et puis déjà à l'époque où l'on avait tout d'abord détesté Shooting Blanks and Pills, on avait bieeeen pensé à Deathspell Omega.
Qu'est-ce donc qui fait que, si l'on compare ces deux groupes qui, en exagérant à peine, jouent tous deux du black post-orthodoxe avec des traces fantomatiques de hardcore - l'un nous paraît plus dangereux, menaçant comme une haleine au ras du visage, que l'autre ? Cowards, puisque ce sont eux qui ont ma faveur, non seulement de toute évidence parce que le hardcore y est moins fantomatique, moins en savant filigrane invisible, mais aussi parce que (est-ce seulement autre chose ?) la sensibilité emo - l'émotion, sous sa forme changeante et vivante, car le black metal ne connaît la plupart du temps que le mépris et la momification - elle aussi ; et que c'est cette passion, ce désir, douloureux, qui hurle de partout et se tord dans les fureurs de ses démangeaisons, qui fait tout simplement que Cowards va vers vous au lieu de vous regarder. Plus simplement encore, quand Plebeian Grandstand - pour liquider une référence au bout du compte mal choisie (comme toujours avec Cowards, qu'on a toujours un peu tort de voir comme un groupe qui ressemble autant à d'autres qu'il y paraît) - joue du metal, urbain autant que vous voudrez mais du metal, Cowards joue du hardcore : embroché comme un genre de fakir taré d'autant de tringles d'acier que vous voudrez, mais de hardcore ; si vous préférez, du black punky comme un pou, nuisible comme pas permis, et doomy-aggressif avec ça, au point que décidément, je vais leur lâcher la petite comparaison avec Creeping qui me démange depuis tout à l'heure : la musique de Cowards est pour sûr beaucoup moins portée sur la forêt et le lycanthropisme (quoique... lorsque déboule l'homme du Calvaiire et des chandails pleins de dents, l'abominable petit homme des bois de Laval...) que celle de Pavlovic et sa meute de cadavres aux yeux qui luisent dans le noir, mais certainement pas moins sur les ambiances de lune rousse ; comme qui dirait la traduction urbaine de ce cri de Nazgûl plus sadique que l'original.
Comme on ne va pas passer la nuit, qui va être longue comme toujours avec eux, à jouer à Pif et Hercule (lequel comme chacun sait est renoi et encule Pif), on ne va pas s'emmerder à dire qui est le plus subtil, chacun choisira son camp, entre le savant et le traîtreux. Cowards, donc, brouille les pistes entre hardcore et black metal, à tel point que le nom parisien qu'on va avoir cette fois l'envie de citer n'est pas celui qui toujours leur pend au nez, mais plutôt Aosoth - et même pas tant pendant les blasts, que les coups de freins langoureux qui, Dieu bénissent, sont plus en nombre que jamais, et bien dirigés droit dans le caniveau, lieu dont Cowards avec Still toujours davantage fait son lit, et son décor d'élection, avec un engagement plus entier et fervent que jamais.
Vous me direz, je suis vachement convaincant à vouloir à toute force vous les faire voir hardcore tout en ne citant que des groupes de beumeu ? Pour sûr, s'il faut absolument citer des groupes de punk extrême, il faudra aller chercher uniquement dans les groupes de hardcore funèbre, les Daggers, les Cult Leader et les Early Graves... et au funèbre ajouter le morbide. En même temps, vous êtes au courant qu'y a un mec d'Eibon, chez eux, oui ? On parle forcément de quelque chose d'aussi hybride et insaisissable que plein de dents. N'est-on pas chacun, très ordinairement, un peu plus que ce que l'on mange ? Il y a, pour sûr, quelque chose de la sauvagerie sanguinaire du black metal dans Still, et le même souffle lourd de la bête que chez Creeping, dans les ralentis comme dans les accès de furie, ou le glapissement glaçant des larsens ; du black metal en civil, alors ; car si la violence de Still me fait penser à quelque chose, c'est surtout au paisible dernier plan du Silence des Agneaux, ce soir d'été tranquille dans lequel paisiblement se fond Anthony Hopkins, libre entièrement et vierge, supposé mort ; des gens normaux, sans hypothétique part de ténèbres à purger, aiment-ils à se décrire, et je les prends volontiers au mot, puisque j'aime à croire que la folie est l'état de n'importe qui, temporairement ou pas, qui cesse de douter des ficelles qui agitent la marche du monde ; et pendant les quelques minutes où il vous fait le coup de l'évier, Still vous débarrasse de tous doutes, et vous montre l'absurde mêlée où vous êtes, de juste un peu plus haut que d'habitude, tout en vous susurrant dans l'oreille ses commentaires narquois - il est bien question de caniveau en vérité : de celui où sans le voir on nage sa vie entière : vous voyez, rien de bien surnaturel ou maléfique, rien que de très normal et quotidien. La folie pour autant que le mot ait un sens, germe sur le quotidien le plus normal. Ah, ils n'aiment pas bien non plus les étiquettes et les épingles à papillon qui voudraient les attacher à une musique de la forêt ?  "Paris' most nothing", hein ? Ça tombe à merveille : on parle ici d'une forêt qu'on connaît tous depuis l'âge le plus tendre : loup y es-tu, m'entends-tu, que fais-tu ? Et on connaît tous depuis tout aussi longtemps le plaisir qu'il y a à jouer à ça. Et si Cowards à la fin c'était un truc très simple, candide et naturel, comme de la bidoche ? C'est pourtant pas faute d'avoir été prévenus.
Voilà ; plus prosaïquement on tient là probablement - sans manquer le moindrement de respect aux galipettes dans le verre pilé de Rise to Infamy, à ses dédales de ronces, ses miaulements inquiétants, sa façon propre à lui d'être non moins inclassable, ses riffs hallucinants, tout ce qui fait qu'il mériterait une troisième chronique, BREF - ou à la nuit hagarde couleur gnôle de Hoarder, ou leur ôter quoi que ce soit de leur précieuse valeur - des châtaignes qui constituent la plus décapante salve des chats de gouttières de Cowards : sinon le plus limpide dans ses intentions (restons sérieux : Cowards ? limpides ? d'ailleurs c'est la particularité des mecs normaux, de ne l'être pas, contrairement aux psychopathes du hardcore négatif dont on sait toujours quoi attendre, le pire évidemment et la destruction du monde moderne au petit déjeuner tous les matins pour commencer du bon pied) du moins dans son impact, d'ailleurs si vous êtes adeptes du terme "imparable" et ne le confondez pas sottement avec "tubesque", c'est le moment de le placer, c'est au point qu'à les entendre pour une fois moins retors on les comparerait presque plus légitimement à... non je ne l'ai pas dit : disons que le terme "rouleau-compresseur" décrit assez bien la limpidité dont je vous parle, une fois la chose enrubannée dans du barbelé ; la chose en étant une expéditive et qui pourtant dans les bornes de son format compact parvient à prendre le temps qu'il lui faut pour s'étaler sur ton museau, dont même la preste rouste qu'elle constitue tire d'autant plus de fraîcheur vivifiante de sa concision qui est en fait concentration dans le pilonnage, qu'il se fasse dans les virevoltes où les caresses à l'enclume - et encore d'autant plus par la façon dont elle se conclut, sur ce qui est à la fois un brutal appel d'air faisant oublier (un peu) toute la touffeur qui la précède, et un coup de marteau supplémentaire sur le clou - qui se trouve être posé au sommet de votre tête.


Car bon, voilà : à la fin, il y a la reprise de The Horrorist.
Est-ce qu'on peut, une énième fois et gâchant ainsi le silence qu'on avait réussi à faire sur le fameux nom pour une fois, comparer cela à Kickback, donc, reprenant Geto Boys ? Sûrement, d'ailleurs Kickback a inventé le concept de reprise, c'est bien connu. Mais :
- Est-ce que ce n'est pas autrement plus décoiffant et moins téléphoné comme idée, Oliver Chessler que Geto Boys ?
- Est-ce que ce n'est pas mortellement réussi, cette espèce de groupe de hardcore corrosif, pollué, strident (mon dieu la basse, cancérigène au dernier degré, bon sang ce riff qui n'est qu'une tige de rouille, doux Jésus cette batterie, moqueuse, moqueuse... vous croyez que c'est donné à tout le monde, de jouer de la techno sur une batterie, et que ce soit aussi bestial ? demandez donc à Paul Ferguson, s'il galère pas comme un chien...), qui vous joue de la house à coups de clé anglaise ?
- Est-ce que le morceau n'explose pas, comme on lâche un langoureux renard, de l'appétit carnassier de le jouer ?
- Est-ce que mon cerveau n'a pas vicieusement bien fait d'oublier, dans un de ses recoins poussiéreux, que les ladres m'avaient confié vouloir la faire, en certaine brumeuse nuit dans les montagnes - afin que je puisse profiter à plein (fouet) de l'extatique surprise de reconnaître les premiers mots de la chanson ?
- Est-ce que leur version n'est pas au moins aussi glauque et horriblement réjouissante que celle de l'affreux Monsieur Chessler ?
- Est-ce que la chose n'était pas faite pour eux et pour le ton, dans tous les sens du terme, de leur odieux guitariste ?
- Est-ce que la chose n'est pas salissante comme du DJ Rush en très grande forme ?
- Est-ce que rayon hardcore, ça se pose pas juste un peu là - comme une tête de chat mort énucléé ?

A toutes ces questions, la réponse est : PUTAIN, OUI.
En voilà du Grand Méchant Loup de la forêt de gratte-ciel, pour clôturer à point un petit disque, brusque comme une mandale, avaleur comme une bouche d’égout, bien à l'image d'une journée dans une grande ville.

A part ça, on trouve également une reprise de Police, sur Still ; je ne dirai dessus rien, je ne connais pas l'originale, mais elle ne PEUT PAS ressembler à ça, c'est une chose sûre ; ne serait-ce que parce qu'elle déchire.
On n'y trouve pas toutes les autres, de reprises, qu'ils m'avaient confié comploter, ladite nuit dans les bois, et sur lesquelles je continuerai donc de préserver un secret de conspirateur en espérant qu'elles voient le jour.

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