vendredi 2 septembre 2016

Okkultokrati : Raspberry Dawn

Pas de suspens : hallelujah, il est là. Le nouveau grand petit groupe goth à cran d'arrêt, statut qui semble maudit puisque déjà The Horrors et The Eighties Matchbox B-Line Disaster semblent avoir succombé de ses suites - ah, pardon, on me signale que The Horrors ne sont pas morts... j'avais pas remarqué ; il paraîtrait même que zZz non plus. Iceage ? Pas tout à fait en règle pour être licenciés de la fédé - mais ça n'empêchera pas Okkultokrati de les bouffer tout crus. Bref, et avant de déflorer trop la suite : ouf, on ne sera pas en désespoir de cause obligé de se rabattre sur les gentils bègues de Pop. 1280.
Bref, évidemment Okkultokrati n'aura pas exactement les mêmes ressorts que l'un ou l'autre de tous ceux-là, et ne nous fera jamais, c'est sûr, un  Skying - quoique... Raspberry Dawn batifole plus d'une fois dans les pâturages d'un rock'n'roll grade "âge d'or" tel que peu d'autres hormis Lecherous Gaze savent en accoucher aujourd'hui - et pour autant reste goth jusqu'au bout de ses ongles aussi endeuillés (goth, punk, je vous refais pas le powerpoint) qu'ils sont noirs ; sans en rien renoncer - cette question : juste un combustible de plus bienvenu dans le Grand Accélérateur - à ses envies de cold clinique, entre Seventeen Seconds et Melting Close, avouées sur Night Jerks - mieux : en les fondant carrément (en émergeant puis y replongeant, comme qui rigole, facile comme un dauphin, dans ces eaux glaciales) à leurs morceaux nouvellement incandescents de ce pur extrait de pan-rock'n'roll solaire, pareil à l'oiseau d'or en fusion de la pochette de The Ascension Attempt : comparez ça à Primary Colours de qui vous savez s'il vous chante, mais niveau soul de congélateur avarié avec fuites du réacteur nucléaire (en cherchez pas dans le commerce, de ceux-là, contactez-moi directement en privé), on est bien au-delà cette fois des habituelles comparaisons à Second Layer et Clockcleaner, on monte même avec "Hard to Please, Easy to Kill" encore plus haut sur ses ailes en feu que le susdit piaf, là où l'atmosphère s'effiloche et le ciel devient indigo et vous dépiaute par lambeaux de chair pantelante de joie, dans une orgie ultra-violette (quand je vous disais que, finalement, Skying n'était peut-être pas hors de leur portée... en fait on y est en plein, en croisière psychédélique ; simplement avec pas tout à fait le même calibre de fièvre) où après tout ils retrouvent, comme on se réunit avec sa moitié d'âme, leur part de black metal, à son état gazeux le plus jovialement chacal ; ensuite, vous allez bien rire si jamais vous avez le malheur de penser à Pop. 1280, en entendant la monstruosité de "Hidden Future" : pas besoin de jouer les méchants et les rampants - pas le temps surtout, quand on a autant d'amour à donner, et d'aussi longs crocs pour le prendre - même pas besoin non plus de donner dans les gros appels du pied à l'EBM, lorsqu'on possède une voix EBM dans l'acception la plus punk de la chose, lorsqu'on sait changer le rock en EBM frénétique : pas davantage qu'il n'est besoin de surjouer l'insolence lorsqu'on possède l'insolence du talent, à échelle aussi astronomique... Et de virevoltants sauter sur un nuage juste à côté qui passe, qui a les yeux de Robert Smith, partir en un vol plané aux allures de shoegaze, dans pourtant l'euphorique stupeur de quoi l'on croit entendre des voix angéliques qui vous caressent d'aussi rassurante façon que du November Növelet - cependant que le morceau continue narquois, ruisselant de feu vital, ses cabrioles rock en plein ciel... et de disparaître, à la manière dont on pousse d'un coup le levier de la propulsion dans le rouge alors qu'on croyait déjà y être depuis longtemps, et se décolle la peau du crâne : dans une grisante traînée de wave-a-billy, comme une version apollinienne d'Alien Sex Fiend ; intitulée "Magic People" : sans commentaire, bandits. Tout le monde sait que l'extase peut être une sensation aigüe et pénible, mais ce n'est pas ça qui rend la chose moins dure à traverser chaque fois ; un peu comme les orgasmes de deux heures de long.
La new-wave à l'échelle prométhéenne : pour sûr, l'âge d'or d'Okkultokrati est juste un peu plus vaste que le tien et que celui de la plupart des groupes, et Raspberry Dawn est de ces albums qui d'un coup viennent rendre visible une trajectoire qui y a peu à peu mené, et dont l'éclat éblouissant rejaillit sur le lustre déjà solide de ce qui l'a précédé - non content d'être en soi un album monstrueusement tubesque (grade "irréfutable" et gravé instantanément dans le marbre) et varié sans pour autant une seconde donner dans le collier de gimmicks alignés avec une absurdité managériale, sans cesser un instant d'être Okkultokrati jusqu'au bout des dents, ce groupe de punk surnaturel pétri de black swamp devant lequel on a pu s'émerveiller avec Snakereigns.
En fait c'est simple, Raspberry Dawn est une fusée à réaction alchimique, l'express éblouissant de cuivre qui relie les sixties tout droit aux eighties - et continue sa course de comète vers le futur, vers des extases encore inconnues, tout droit au fond du noir abrasif du cosmos. Ou aussi bien une qui relie l'enfance et sa violence de joie, sans étape, aux appétits les plus madérisés du fauve adulte. Une sauvage crise d'euphorie, au niveau de la fureur de liberté que Sheep on Drugs avait atteint, comme un palier radieux, une vision d'un futur fait purement de musique, sur One for the Money ; une rafale, une farandole d'attentats à la pudeur qui vous colle au siège du début à la fin, à en briser tous les os, vous laisse avec tout le corps balafré de brûlures d'azote liquide, un sourire crispé de douleur dans les mâchoires, et les pupilles noyées dans les étincelles framboise de cette aurore (wowowow, je l'ai même pas faite exprès, celle-ci) après laquelle vous ne serez plus jamais tout à fait le même. Plus grand que n'importe quoi. Juste comme est censé être le rock. Qui a besoin de post-punk ? Le punk est bien vivant et il t'embrasse bien fort.

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