dimanche 23 octobre 2016

Bölzer : Aura

Comment ordonner ce billet pour fidèlement traduire la sincère admiration que j'ai pour Aura malgré tout ? Ah ! "malgré tout" est lâché, et l'on se doute qu'il y a un loup.
C'est que, malgré une rumeur qui empruntait alors (entre autres) de certaines voix que je respectais et écoutais, je ne me suis pas penché assez lorsqu'elle s'est mise sourdement à enfler autour de Bölzer, que de manière très désinvolte, certes largement suffisante dans leur cas pour sentir l'odeur du potentiel, mais sans aller plus loin, attendant paresseusement Hero pour me mettre sur le coup.
Alors, pour sûr le blackdeath de Bölzer sur Aura est particulièrement goûtu, voire relevé, pour sûr même la voix caverneuse a quelque chose en plus que votre déjà surnaturel growl Iron Bonehead/Invictus ordinaire ; et, pour sûr, on reconnaît déjà Bölzer tout craché à une mélodie telle que celle d' "Entranced by the Wolfshook" et sa façon de vous pourchasser toute la journée, avec son étrangeté, à la fois tellement norvégienne et tellement Kylesa... Mais qu'est-ce, en comparaison de celles de Hero, de bordées épiques - riffs comme refrains, lunaires, renversants et préhistoriques - qui entendues une fois pendant un repas du soir fort bavard, m'ont ensuite pourchassé toute la nuit chaque fois que je me suis réveillé pour de récurrentes mictions consécutives aux quantités de bourgogne blanc épongées ? Bien la première fois à la vérité qu'un disque me fit pareil effet. Hero n'est pas comme Aura un album de black metal alien, Hero est un album d'alien metal.
Ceci une fois établi, pour sûr, Aura est un disque qui aura une place, pas forcément la plus étincelante, mais une place irréfutable dans une certaine histoire du metal - tout comme, si vous suivez mon regard, The Hobbit dans une certaine histoire de la fantasy ; mais justement : pour Dol Guldur, suivez le guide dans Aura ; car enfin, Hero avec ses montagnes enneigées autant que ses cieux, où déboulent de partout d'abominables hilares à poil long armés de casse-têtes, il ne pourra pas vous l'offrir, cette visite-là ; tandis que, question forêt violette et nécromancie nocturne, il faut reconnaître que le bouillonnement de riffs qui font Aura, et les quelques incantations en voix non grondée, plus timides avec la prédisposition à l'obscurité que cela suppose... Une chose est certaine, je ne comprendrai pas toutes ces voix que j'entends qualifier les riffs bölzeriens de lumineux, si ce n'est pour vouloir parler de la lueur de folie dans des yeux révulsés par les plantes de sorcier, ou d'un noir phosphorescent tel que celui que la pochette semble suggérer, celui de la lueur perverse des étoiles au travers même des tâches noires des troncs sinistres, une lumière-gouffre qui brouille les définitions de ce qui est solide et ce qui ne l'est pas... Bon, d'accord : il est très bon, votre disque. On parle bien d'un groupe unique.

samedi 22 octobre 2016

Planes Mistaken for Stars : Prey

Planes Mistaken for Stars se révèlent, enfin ou pas, ceux qu'on avait toujours pressentis : les frères de sang de Twilight Singers, simplement dans une existence moins... luxueuse ? sûrement, mais non moins somptueuse ; moins vieillie hors d'âge et blanchie par les avanies, certainement pas, ni moins cabossée, ni moins doux-amèrement souriante sous le tissu cicatriciel des rides ; moins bourgeois - vite fait - et socialement arrivé - disons : actif - dans la vie, que le gros Greg et sa belle bagnole noir laqué dont il a jamais fini de payer les traites : disons que la différence de statut social ne mesure guère plus que l'épaisseur de revenu utile à carburer aux Craven A pour ses trois paquets de la journée ; ou que le poids familier du cran d'arrêt dans la poche ; disons plutôt que Planes Mistaken for Stars est le frangin qui vit garé derrière une station-service, en changeant simplement de patelin chaque fois qu'il se fait chasser à coup de fusil par un loqueteux des environs dont il a chaviré la régulière - raison probable pour laquelle il dort toujours avec ses santiags déjà aux pieds, calées dans le volant - ce qui, pas davantage que ses joues plus creuses que les flancs d'un coyote et ses cernes d'un bleu morbide, ne réduit en quoi que ce soit le magnétisme ravageur qu'il exerce presque contre son gré partout où il échoue, cause des éternelles rancœurs en question chaque fois dans son sillage... Et dans sa voix culottée au tabac brun et aux tessons de verre, tout aussi vérolée que ses joues, transperce la même infinie délicatesse que chez le Dulli.
Une musique malaisée à étiqueter, du punk, du hardcore, de la soul, ce qui ne paraît pas approprié de toutes manières, et c'est surtout trivial ce qui est encore plus hors sujet, d'ailleurs au fond c'est un disque hors classements pour chanter les déclassés - qui est simplement celle des nuits blanches mais surtout des aubes grises qui les suivent, et du plaisir qu'il se prend à humer l'odeur du tabac froid, du café pisseux et des corps froissés ; il se ressent là une fièvre qui court de Rise and Fall à Dirtfella avec un crochet par The Cure, qui cisaille autant les rotules qu'elle les fait fourmiller d'une irrépressible, douloureuse, exultante tarentelle, un bouillonnement aussi tragique qu'il est affamé de vie, aussi frémissant d'hyper-sensibilité qu'il l'est d'envie de baston. Une tranche chaotique de vagabondage au hasard de la route, ponctué d'épars éclats d'un rire fêlé qui sonne comme une brusque grêle.
Enfin vous avez compris à peu près le topo, on va pas non plus s'enfoncer des heures dans l'impudeur,  et se révéler comme le piètre narrateur qu'on est, quand le disque l'est avec tant d'âpre grâce, et parvient à mettre autant de poésie flamboyante, et pas le moindre bourrelet, physique ou moral, dans un déballage aussi cru et rude qu'il l'est, de propos et de manières. Ca vaut toutes les hallucinations du monde.

dimanche 16 octobre 2016

Vermin Womb : Decline

Diocletian meets Weekend Nachos meets Brighter Death Now. Pas mal, avouons le, pour un groupe de grindcore, non ? Celui dont il est question pourrait fort vous rappeler la première fois que vous entendîtes Morbid Angel ; ou Fear Emtiness Despair ; ou les premiers CTTTOAFF ; ou Primitive Man. Vous avez saisi ? si non, le mot que je cherche à vous suggérer est : extrême. Pas très étonnant de voir le disque édité chez un grand fan de The Great City (je me répète ? tout de même pas ma faute si le gars est cohérent !).
Je ne vais pas tenter d'être original, puisque Vermin Womb suggère uniformément à tous ses auditeurs impitoyablement la même image : un torrent de boue, de merde radioactive, de vermine, d'immondice, de boyaux corrompus.
Est-on ici dans le post-grind ? Il est vrai que Vermin Womb possède quelque chose qui le met aussi bien sur un pied d'égalité avec Last Days of Humanity ou Gored, qu'avec toute la génération du blackened omnicore (oui, tout : jusqu'à l'absurdité de The Acacia Strain, que je retrouve ici par endroits) d'aujourd'hui - ou celle du dégueulmetal tout aussi bien - en même temps qu'il irradie par-dessus son nauséeux rythme spasmodique une lente pulsation de morbidité dont le seul parent proche en metal serait un certain MoRT - mais les vrais cousins à chercher, on l'a compris, du côté du death industrial et du power electronics ; en filigrane glacé de son inépuisable furie putride qui fait sans autre intervention de votre part les parallèles avec Impetuous Ritual, l'immobilité glacée de la mort, appuyée sur une faculté de tout l'ensemble à plonger dans les trous noirs dont on connaît peu d'équivalents hormis la voix de Lasse Pykkö, et aussi de faire de sa petite verdâtre palette de blasts une sordide symphonie de miasmes clapotants (ils sont au moins aussi volubiles que le dégradé de ternerie qui constitue le corps riffique du disque, et au moins aussi salubres).
Pas mal pour ce qui reste tout du long, n'en doutez pas un instant, un putain de disque de grindcore. Rien à voir avec un truc pour séance de fitness comme Nails, s'il faut être clair.

samedi 15 octobre 2016

Noxagt : Brutage

Il paraît que les mecs de Noxagt sont des jazzeux, que Noxagt est un groupe assimilé jazz. Ouais ouais, c'est ça. Enfin, je crois que MoE aussi est réputé jouer du jazz. Ce doit être un mot de norvégien, qui veut pas du tout dire ce qu'on entend par "jazz" chez nous, je vois que ça.
Vous prenez le pire de Kaspar Brötzmann (lui aussi, tiens, on a voulu nous faire accroire qu'il jouait du jazz), de Bästard, de Sister Iodine, de Godflesh, des guitares qui sirotent des mégastructures industrielles entières aussi facilement que l'araignée suce le jus liquéfié de sa proie dans la canette qu'elle lui a tissé autour au préalable, vous prenez aussi un batteur qui n'a de batteur que le nom, puisque son vrai métier, celui qu'il exerce dans Noxagt, c'est équarrisseur - vous les lancez sur un thème bien patibulaire et inquiétant (voir les titres des morceaux, c'est pas fait pour les chiens surtout lorsqu'ils vous aident avec l'histoire comme c'est le cas présentement) : rarement a-t-on été battu comme plâtre, rossé, débité, concassé, assommé ainsi que le fait Brutage - celui-là, de mot, je ne sais pas ce qu'il est supposé vouloir dire à la base mais... enfin, vous parlez français comme moi (voire mieux à ce qu'on dit), pas vrai ?
En fait je disais jazz de mémoire, mais il semblerait que je l'aie rêvé, et que Brutage soit classifié dans le noise rock : ça me va mieux ; j'avais assez peu trouvé de grain à moudre jusqu'ici, je crois, dans l'amusante homonymie entre le et la noise - je me rappelle jamais lequel est masculin et lequel féminin - entre noise rock et power noise/rhythmic noise... Enfin, jamais à part avec Staer qui, quel hasard extraordinaire, est classifié copains de Noxagt. Mais alors, là, question Converter joué avec un armement rock'n'roll par une escouade de pachydermes écumants de bave rabique et chargeant sur place : on y est ; en plein. On a largement le temps d'en profiter, aussi, avec le gabarit de ces morceaux entièrement pensés pour et voués à l'abrutissement et la soumission tremblante. Laisser couler un lent filet de bave au coin d'une mâchoire tétanisée, sera le seul mouvement exigé de votre part.

vendredi 14 octobre 2016

Uniform : Ghosthouse

Oui : il arrive un moment, où le revival fonctionne, où l'insolence de cette fameuse jeunesse - qui commence doucement à vieillir, à peut-être aussi être encore supplantée par une encore plus jeune, c'est le principe de la jeunesse, comme de la hype - une qui est encore plus effrontée et irrespectueuse de tout que la précédente - celle qui découvre non seulement la discographie entière de votre groupe culte le plus occulte en une après-midi tueuse de rétine sur internet, mais tout un courant, et aussi tout un autre qui a un peu à voir mais aussi un peu rien du tout - ou tout cela fonctionne, et à plein régime donne des monstruosités inédites et évidentes telles que Uniform.
Pop.1280 sont déjà vieux et recyclables, et les voilà d'ailleurs dans le cyclotron avec Suicide et Whitehouse et les Brainbombs et le A389-core le plus brûlé de la tête et... on se fout de qui d'autre, au bout du compte : ça sort sur un label de connards, ça mélange tout comme des connards de jeunes propres-à-rien, qu'on croirait Orange Mécanique, et d'ailleurs ça n'aspire qu'à tabasser, rosser, rouer de coups, à perdre la vue et le sens dans une spirale stroboscopique de violence gratuite comme une cuite carabinée... C'est, on l'a compris, une énième mue-renaissance du punk, ou du blues de l'ère post-industrielle si on préfère, toujours plus cru, toujours plus radical et acculé, du Joy Division post-Summer of Love et post-World Trade Center, pour un monde qui a déjà cramé tous ses neurones et toute sa capacité morale.
Haust qui se tapent une révélation EBM arctique alors qu'ils ont juste rencontré l'Obsessis de BDN en cherchant un raccourci que jamais ils ne trouvèrent ; Girl Band qui se tapent une descente d'acides en total mode nettoyer le scum de la street, tu vois - même incapables qu'ils sont d'ignorer qu'ils font partie de le scum. Brutal shoegaze cramé à l'acide de batterie. Plus aucune frontière qui ne se corrode et corrompe, entre punk hardcore, industriel, cold wave, power electronics - et doom, oui oui oui ! à preuve en guise de conclusion cette bon dieu de reprise de Black Sabbath façon Big Black (ou Spahn Ranch, leur faux-jumeaux aggrotech) en para-boots quarante-trous, chourées à Claus Larsen pendant qu'il s'étouffait avec la salive écumante d'un poteau de speed un peu trop bonhomme, à moins que ce ne soit, bon sang c'est bien sûr ! la férocité hallucinée de cette martiale cadence ? c'est l'auteur de Wish, voire de "March of the Pigs", dont on reconnaît les ricanants descendants - ah çà ! pour toucher à ce niveau de connardise étincelante, à part les Connards en chef et leur récente reprise de The Horrorist, y en a pas légion.
Vous ne situez pas bien ce Ghosthouse ? C'est très simple, pourtant. HARD.

jeudi 6 octobre 2016

Numb : Numb

Du The Klinik hallufrigogénique presque pur jus (rien que la jaquette, pas vrai ?) - juste, fatalement, accommodé ce qu'il faut façon vieux frigofunk-new-jack canadien fraîchement (hin, hin) sorti du néo-romantique, école vieux Skinny/vieux FLA : la famille, sisiii - et le mec a la voix couleur de Doug McCarthy. Mais bon sang, pourquoi en vingt-cinq ans personne ne m'a-t-il dit qu'il n'y avait qu'un album, de Numb à écouter, mais qu'il FALLAIT, vraiment, l'écouter ?
Accessoirement, on tient ici un ancêtre - ce qui en soi n'a aucune valeur à mes yeux sauf lorsqu'il est encore bien verdoyant, comme est le cas présentement - d'un sous-genre de l'aggrotech particulièrement cher à mon cœur : l'electro-indus de laboratoire d'essais bactériologiques tombé à l'abandon, où rôdent de salaces autistes au milieu des cuves à l'étanchéité compromise : Pain Station, voyez ?