samedi 22 octobre 2016

Planes Mistaken for Stars : Prey

Planes Mistaken for Stars se révèlent, enfin ou pas, ceux qu'on avait toujours pressentis : les frères de sang de Twilight Singers, simplement dans une existence moins... luxueuse ? sûrement, mais non moins somptueuse ; moins vieillie hors d'âge et blanchie par les avanies, certainement pas, ni moins cabossée, ni moins doux-amèrement souriante sous le tissu cicatriciel des rides ; moins bourgeois - vite fait - et socialement arrivé - disons : actif - dans la vie, que le gros Greg et sa belle bagnole noir laqué dont il a jamais fini de payer les traites : disons que la différence de statut social ne mesure guère plus que l'épaisseur de revenu utile à carburer aux Craven A pour ses trois paquets de la journée ; ou que le poids familier du cran d'arrêt dans la poche ; disons plutôt que Planes Mistaken for Stars est le frangin qui vit garé derrière une station-service, en changeant simplement de patelin chaque fois qu'il se fait chasser à coup de fusil par un loqueteux des environs dont il a chaviré la régulière - raison probable pour laquelle il dort toujours avec ses santiags déjà aux pieds, calées dans le volant - ce qui, pas davantage que ses joues plus creuses que les flancs d'un coyote et ses cernes d'un bleu morbide, ne réduit en quoi que ce soit le magnétisme ravageur qu'il exerce presque contre son gré partout où il échoue, cause des éternelles rancœurs en question chaque fois dans son sillage... Et dans sa voix culottée au tabac brun et aux tessons de verre, tout aussi vérolée que ses joues, transperce la même infinie délicatesse que chez le Dulli.
Une musique malaisée à étiqueter, du punk, du hardcore, de la soul, ce qui ne paraît pas approprié de toutes manières, et c'est surtout trivial ce qui est encore plus hors sujet, d'ailleurs au fond c'est un disque hors classements pour chanter les déclassés - qui est simplement celle des nuits blanches mais surtout des aubes grises qui les suivent, et du plaisir qu'il se prend à humer l'odeur du tabac froid, du café pisseux et des corps froissés ; il se ressent là une fièvre qui court de Rise and Fall à Dirtfella avec un crochet par The Cure, qui cisaille autant les rotules qu'elle les fait fourmiller d'une irrépressible, douloureuse, exultante tarentelle, un bouillonnement aussi tragique qu'il est affamé de vie, aussi frémissant d'hyper-sensibilité qu'il l'est d'envie de baston. Une tranche chaotique de vagabondage au hasard de la route, ponctué d'épars éclats d'un rire fêlé qui sonne comme une brusque grêle.
Enfin vous avez compris à peu près le topo, on va pas non plus s'enfoncer des heures dans l'impudeur,  et se révéler comme le piètre narrateur qu'on est, quand le disque l'est avec tant d'âpre grâce, et parvient à mettre autant de poésie flamboyante, et pas le moindre bourrelet, physique ou moral, dans un déballage aussi cru et rude qu'il l'est, de propos et de manières. Ca vaut toutes les hallucinations du monde.

3 commentaires:

Raven a dit…

il vaut quelque chose le Year One de Hawks & Doves ? celui-ci je sens que je vais pas résister longtemps à l'achat, mais je réécoute le précédent là, pour voir si ça fera pas trop double emploi émotionnellement

gulo gulo a dit…

Ecouté qu'une fois tout récemment, Hawks & Doves ; évidemment pas mal, mais un peu surchargé, un peu comme Mercy, justement, je me suis refait ces jours-ci les PMFS que j'ai pour en avoir le coeur net sur l'impression que j'avais, que Prey est leur meilleur ; et Mercy, j'irai sans doute pas jusqu'à le refourguer, mais il est un peu à l'image de sa pochette : un peu trop typé metalcore d'une certaine époque, axe Deathwish/Relapse, et un peu trop chargé-dru niveau son, que ce soit les guitares ou le chant d'ailleurs, pas trop dans la nuance et l'ambigu, on a l'impression un peu qu'ils se sont laissés convaincre de mettre le paquet sur tout ce qui les rendait reconnaissable (j'ai été surpris de me rappeler qu'il était pas chez Relapse, d'ailleurs)...
Enfin, je n'ai pas réécouté Fuck with Fire, mais je préfère largement Up in Them Guts et son côté Fugazi bad boy beau gosse à Mercy... et Prey est bien leur meilleur disque.

Raven a dit…

OK, merci -si j'ose dyre... j'ai testé le solo entre temps du coup, il mfait un peu penser à Dax Riggs ce gars (pas seulement son évocation floue de brian warner), mais jme tâte encore. Et Mercy me fait toujours le même truc. En parlant pochette-typée-certaine-époque, j'aime beaucoup celle de ce Prey. D'un côté elle nous ramène tout autant quelques années en arrière à certains labels de barbus floraux (y avait une pochette de jsaispasquel Earth dans un style tout à fait semblable je crois). Elle est bancale, naïve. Et, magnétique. A-t-il voulu faire plaisir à une de ses petites amies, dessinatrice, qui aurait trouvé leurs animaux-totems respectifs ?...(ok, achat...)