mercredi 30 novembre 2016

Light of the Morning Star : Cemetery Glow

En fait, c’est bien plus simple que je n’avais su le voir précédemment. Vous prenez la quintessence des deux disques de Mortuus, et de De Mysteriis Dom Sathanas – mais ce qui s’appelle la quintessence, ce qu’ils peuvent avoir chacun à leur façon de plus extrêmement black metal, nous disons bien "metal", et cadavérique, et spectral, et dieu sait si les uns comme les autres regorgent de cadavérique, de spectral, de lunaire, de morbide – et vous en faites un petit disque de gothic rock. Vous ne vous contentez pas, non, de faire un disque de black metal de très bon goût – fan ardent de Mortuus, on a dit – qui touche sa bille en ambiance gothiques, non : vous faites du rock goth à l’ADN pollué par ce certain type – je fais un petit rappel des épithètes, ou bien vous les avez encore en tête ? – de black metal. Comme qui dirait, pour un mieux-disant cadavéreux, qui monte en puissance au fil d’un court enchaînement de trois morceaux dont le premier vous paraît juste solidement bon, le second déjà plus cuisant et insolent d’inspiration, et le dernier simplement fatal, la voix de Monsieur Light of the Morning Star (ce discret Britannique préfère garder l’anonymat, je respecte donc son souhait), qui ouvre de nouvelles synonymies entre "sinistre" et "enivrant", y apparaissant alors dans toute la majesté de sa malfaisance et de son vénéneux magnétisme, qui à elle seule, avec sa séduction drapée dans sa menace polaire, résume tout ce que j’essayais de vous représenter plus haut : cette sublimation, dans la lumière violette de cette lune malade qu’on imagine éclairer la scène de la jaquette, elle aussi résume bien la synthèse infecte qui s’opère ici – du black par le gothique et inversement ; parvenant à sonner patibulaire sans en être moins vertigineusement hiératique : un genre de statue funéraire aussi amène qu’un spadassin des steppes tartares. Sublimation, peut-être importe-t-il de le signaler - sinon à l’exactitude, du moins à l’équité poétique - dans de nocturnes rivières de gravier, dans la funèbre humeur de quoi Cemetery Glow coule les héroïsmes respectifs intrinsèques à chacune de ses deux matières premières - pour mieux les emmener dans son propre royaume, qui semble fait de forêts où le pire vampire est le vent terrifiant, avec son appétit sans aucun ventre pour l’emplir.
Fatal.

Bon, en fait c'est exactement comme je l'avais vu précédemment, mais peut-être un poil plus clairement. Dans l'impossible et lugubre clarté du disque lui-même. 

dimanche 20 novembre 2016

King Dude : Sex

Des crocodiles, et des coyotes aux yeux hantés par une faim inextinguible qui leur ronge l'esprit, qui rôdent dans des marais noirâtres sous un affreux ciel blanc, une épuisante lumière morte, un vent vif et léger comme le souffle d'un tuberculeux, le rire de crotalito qui caquette et volette sans qu'on l'entende jamais, et partout, la ruine et la cendre.
Une équipée dans les terres sauvages, mais sans espoir aucun, ni du havre d'une destination ni de repos ou répit d'aucune sorte pour l'âme. A la place, la passion, l'enfermement mental, le feu dévorateur ; les cendres. Le double damné de Star Treatment.
Attention, ce disque s'introduira chez vous comme s'il n'y avait rien de plus naturel et inoffensif, aussi naturel et indolore qu'un  robinet qui fuit, et qui goutte toute la nuit, il vous instillera ce qu'il est, avec ses façons doucereuses et ordinaires, comme s'il n'y avait rien de plus naturel, et c'est la maladie ; et il sèmera la dévastation en vous, et vous mangera ; comme on ronge un vieux quignon, en bavant longuement dessus ; il vous mangera.

jeudi 17 novembre 2016

King Dude : Sex


Évidemment que c’est mal fait avec de mauvaises intentions racoleuses, et que ça a la muflerie de convoquer tout ce qui va bien et de bien le mélanger-caca-d’oie, sans aucun scrupule ni la moindre considération de diététique : Eldritch, Nick Cave époque Let Love In, Iggy Pop et Lou Reed entrelacés, un  rhume pile entre celui de l’empaffé de The Sound et Andrew Weatherall, Timber Timbre, Raymond Watts, Bain Wolfkind, Mark Lanegan, les soundtracks de True Detective et Twin Peaks (mais seulement les passages blues graveleux)… Évidemment, qu’attendiez vous ? Évidemment que King Dude est un connard : c’est un métalleux ; et un ricain par surcroît.
Mais bon : dans le genre, ça sonne quand même bien plus mieux que 95% à vue de nez (qui s’allonge) de la production d’Ordo Rosarius Olibrius – et bien plus sexe, puisqu’ostensiblement c’est le propos dudit, justement, autant que celui de King Dude ; niveau érotisme autoritaire et inquiétant, on est bien plutôt dans les eaux huileuses de When did Wonderland End ?, si vous voulez tout savoir. Alors, qu’est-ce qu’on en a exactement à foutre ? Un "vrai goth", c’est quelqu'un qui a suffisamment pigé le truc pour en livrer une ode comme la présente. Chez certains, c’est un statut qui brûle comme un feu d’artifice, le temps d’une chanson. Chez d’autres, on n’en met pas une dedans du début à la fin des albums… Non, je bluffe : je ne sais pas ce que c’est qu’une fin d’album de Beastmilk. Mais, tant qu’on est dans ces clashes que semblerait-il je ne peux m’empêcher de créer par taquinerie, Sex parvient à maintenir à peu près sur toute sa durée la même ambiance envoûtante et torride que les Tétines Noires ne réussissaient à susciter que sur deux morceaux dans Sea, Sex and Burn – deux morceaux qui, certes, en faisaient tout le prix.
King Dude, c'est aussi un Gira qui au détour de la composition de morceaux pour World of Skin aurait basculé effroyablement du côté libidineux de son œuvre de gourou… Pas bien loin de Type O Negative, tout bien considéré, pendant qu’on est dans le suborneur goth armoire à glace autant que pressant. Sans compter, outre l’imposante liste que nous dressions en préambule, d’imaginaire plus ou moins volontairement convoqué par la musique de King Dude – tiens, on a oublié de glisser une version crépuscule/loups-garous/cache-poussière de Natural Born Killers, c’est idiot - les artistes saupoudrages de goulisme metal pur jus, juste ce qu’il faut, et les basses de face B de Cure circa 81 - jusqu'à Dolorian et HTRK inclus, pour vous dire un peu l'aqueux érotisme de la chose… Ah, pour ça, King Dude a bien tout lu, tout digéré, tout bien pigé – et, ce qui est bien plus important que tous les atermoiements de snob refoulé ci-dessus, le voilà aujourd'hui, inscrit certes dans une tradition voire un panthéon, mais se tenant debout pour lui-même au milieu de ses pairs plutôt que déposant à leur pieds une hypothétique offrande adoratrice, avec précisément cette efficace, artisane humilité que les métalleux peuvent y mettre lorsqu'ils... le peuvent ; et en somme parfaitement à la mesure du costume. Le Grand Méchant Loup.
Une phrase comme "Oh I wanna die in 69" aurait pu être le piteux et transparent résumé, d'un tel disque... vous avez deviné la fin de ma phrase ? S'il n'était pas scandaleusement réussi comme il l'est, bingo, avec un tel instinct, un tel flair permanent qui le guide dans les badlands venteux, qui lui permettent d'y échapper comme le coyote, et de mener sa propre captivante histoire (d'ailleurs, prenez à peu près n'importe lequel de ces morceaux, même les plus somptueux d'apparence pendant leur durée, pris isolément, ils semblent s'enfuir comme une traînée de poussière, alors que le film de bout en bout... remarquable ; comment appelle-t-on cela dites vous ? un album ? remarquable), au gré de son impérieuse voix qui dégueule des cendres. Le Grand Méchant Loup.
Jusqu'à se permettre pour finir, de laisser par surprise glisser à terre le costume, comme la plus fatale des effeuilleuses, comme on se présente devant l'autel dans sa native nudité frissonnante, offert et toutes défenses abandonnées... Nous laissant  d'abord amusés, ainsi qu'il semble nous y encourager ; puis pantois et conquis ; la pop, la cendre, le pathétique le plus ravageusement séduisant.


P.S : oui, vous avez le droit de penser à Daniel Darc

samedi 12 novembre 2016

Negative Plane : Stained Glass Revelations

Ces riffs à facettes, ce black metal à base de magnétite, qui semble vu à travers une conscience transformée en vitrail par l'inhalation de quelque encens des Hashishins, et qui évoque d'un instant à l'autre le noise/jazz new-yorkais particulièrement mental, du Big Black, du psyché orientalisant (Queen Elephantine ou... Occultation, hin hin), de la musique baroque, et la batcave la plus intoxiquée et grinçant la folie - sans que lui ait changé un instant, au contraire de votre esprit qui d'une seconde à l'autre et dans un ralenti irréel vole en éclats d'une joie douce comme le cri de la craie ou du doigt mouillé sur la vitre... Y a-t-il beaucoup de disques qui figurent aussi bien la démence, l'insanité, une chose de cauchemar tellement elle ne laisse aucune place au refuge d'un doute quant à sa réalité parfaitement éveillée - quelque part entre la musique d'Erich Zann et celle de Mayhem, l'infernale saleté et désordre d'une âme qui est comme un poussiéreux manoir abandonné aux rats, aux mites et à la méchanceté des choses enterrées sous leur propre poussière ?
Je ne vais certainement pas vous fournir la clé de lecture de cet album, non pas simplement parce que j'éprouve une relative fierté qui m'appartient jalousement, à m'y être introduit - mais que je ne l'ai pas en main, et que Stained Glass Revelations du reste ne se lit pas. De cet album qui s'il en est incarne le mot de "psychédélique" et celui d' "occulte", et en éclaire horriblement l'association de malfaiteurs - la dégustation, pourrons-nous tout juste indiquer, s'obtient non pas par l'extrême concentration sur son miroitement péniblement soutenable, mais par la disponibilité, le regard non-fixé dans le vide entre les choses, le vague, à attendre patiemment que la chose peu à peu se mette en confiance, sorte des replis où elle se tapit, et lentement s'approche de vous, reptant en apesanteur, vous reniflant avec des chuintements soyeux comme des paillettes de verre brisé.
Un disque à ranger sur la même étagère dans votre bureau que ceux de Mortuus, et à comme ces derniers réserver à une écoute tout les tant d'années, pour respecter sans le brutaliser par une trop grande familiarité son bouquet riche mais délicat et fragile, et le toujours savourer dans un moment où l'on est absolument sûr de n'être pas dérangé, en compagnie d'un spiritueux aussi rare et pénétrant que lui, à l'abri du monde et de l'ordinaire.

lundi 7 novembre 2016

Ulcerate : Shrines of Paralysis

Un – non, plusieurs Niagara de sang. La grande chute tout au bout de l’Univers, voilà ce qu’ils voulaient dire par Ragnarok. Pas une bataille, non : la joie ; la joie de l’effusion de sang aux dimensions de supernova, où toutes choses et principes vivants viennent dans un grand tourbillon furieux épancher et faire bouillir tout leur liquide vital. La grande, héroïque saignée finale.

samedi 5 novembre 2016

Deathspell Omega : The Synarchy of Molten Bones

Best of Deathspell Omega ? Mais je veux, mon neveu ! tout ce que moi j’aime chez eux en tous les cas : la luxure rythmique tout en tête, avec des dérapages contrôlés dignes de Pulling Teeth, les relents sanguinolents de Dazzling Killmen que j’avais un peu oubliés, depuis le temps que je ne les avais entendus, la voix à la gourmandise qui fait comme une sorte de pendant rigoriste ( !) du gus de Funeral Mist, ou Aldrahn, comme un vieil ogre finlandais qui viendrait hanter et tourmenter d’une infecte lubricité dictatoriale quelque immense bibliothèque de théologie – et même les plus franches tentations mathcore, je n’ai jamais été contre, sur le principe, seulement leur rendu raté sur les deux disques précédents : ici on m’évoque Converge et Gaza, je prends avec obligeance.
Et puis la petite fraîcheur supplémentaire de le servir, ce condensé de carrière et de déjà-balisé, en une petite demi-heure, ce qui n’est pas si commun, en fait également au passage peut-être le disque de Deathspell Omega que je sortirai le plus facilement à l’avenir – comme pour préserver ce qui, ça tombe bien, est une autre des caractéristiques majeures du charme DsO pour bibi : la fièvre ; permanente ; elle semble cette fois - vraiment ? ou bien avait-on simplement oublié ? - saillir surtout dans une batterie jamais en repos, rappelant entre tous les fils aimants de DsO les insectoïdes cavalcades tambourinantes d'Imperial Triumphant, et une basse qui, lorsqu'elle ne s'amuse pas à jouer des plans hardcore réjouissamment bestiaux tout en rehaussant leur débonnaire allant, leur groove à la fois heurté et fluide, d'un inimitable cran supplémentaire de vitupération maléfique, donne souvent dans une sorte de swing jazz grouillant, intranquille, quasi-cousin (on reste dans l'entomologie si ça ne vous fait rien) du jazz norvégien le plus féroce et aliéné - qui fait que malgré soit l'on pense à Aluk Todolo, quand bien même la mouche infernale semble comme de juste ne pas avoir piqué la même bête – car voilà bien de quoi il s’agit : DsO n’ayant pas cessé avec Paracletus d’être viscéralement black metal, mais ayant simplement cédé un temps aux penchants les plus sentencieux du genre, retrouve ici le versant le plus animal de la chose, lequel ils peuvent à leur aise saupoudrer comme ils le font d’autant d’échardes de noisecore, mathcore et jazzcore sans craindre jamais de perdre le contact avec... la Bête, également connue sous le nom de Dodheimsgard.
Enfin bref : en 2016, Deathspell Omega nous refait 666 International avec un peu de hardcore new-school dedans. Cool. Je pense néanmoins m'en remettre assez bientôt. D'ailleurs, cela s'est fait le temps que ce brouillon repose ; probablement parce qu'il n'y a pas ici que du hardcore et de 666 : il y a aussi beaucoup, beaucoup de pages de théologie écrites en tout petit à lire avec des petits binocles sur le bout du nez, et que toutes ces pattes de mouches finissent par couvrir le chant ondoyant des frelons, à mon grand dam.

mardi 1 novembre 2016

Hail Spirit Noir : Mayhem in Blue

Voilà un titre qui fait un joli programme, en soi, mais je n’ai aperçu Mayhem nulle part, ni d’ailleurs beaucoup de bleu non plus.
En revanche, j’ai de mes yeux vu, on voit d’ailleurs bien mieux avec les pupilles convenablement agrandies à la taille d’assiettes de lait pour le chat de Cheshire par le truchement d’une bolée de mexicains – au coin du bois, entre les troncs des champignons géants, Dodheimsgard et Flying Pooh qui faisaient subir pis que pendre à Opeth, le faisant grimper à tous les rideaux, bramant tout le jazz qu’il sait, à en perdre haleine et encore après, les yeux révulsés, implorant merci…
Putain de bordel, le disque qui est à la fois A Umbra Omega et Monumental Possession, on l’attendait pas, et il est là, bon sang de bon soir, on va faire quoi ? On reprend une poignée de champignons, non ? Advienne que pourra ? Même si dans la fournée il y a aussi Beyond Dawn qui se tape une hallucination des années 20 dans les ruelles canailles de Pigalle – où dans la pénombre, l’espace d’un instant, on a cru voir reconnaître Dan Nakamura et Michael Patton occupés à d’obscures manigances ?
Bon, après, certains rencontrent Crotalito, d'autres le rencontrent pas, comme on dit... Si vous préférez aller vous tirlipoter sur le nouveau Deathspell Omega je ne vous jetterai pas la pierre : moi les dissert' de philo j'ai jamais compris comment ça marchait, ni la philo du reste ; c'est dommage puisque, crois-je comprendre, c'est censé faire accéder à la même chose que me procure le rock'n'roll, surtout botanique tel qu'est celui de Mayhem in Blue : l'éternité.